Grigris

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Polar franco-tchadien à N´Djamena.

En mai dernier, la présence de Grigris en Compétition officielle au Festival de Cannes avait surpris : si des films comme Un homme qui crie (2010) ou Daratt (2006), les précédents de Mahmat Saleh-Haroun, avaient impressionné, celui-ci semblait ne refléter quasiment aucune autre volonté de la part des sélectionneurs que celle de présenter un long métrage africain, le seul de la Compétition. Une sorte de discrimination positive donc, qui n’avait pas que du mauvais puisqu’un film franco-tchadien, on a quand même rarement l’occasion d’en voir, et que le cinéma de Saleh-Haroun est loin d’être dénué d’intérêt. Mais Grigris déçoit un peu, perdu dans un mélange des genres pas très réussi et une ambition flottante.

Grigris, c’est le surnom d’un jeune Tchadien qui vivote à N’Djamena en dansant dans les bars où, avec sa patte folle, il ravit les foules mais ne se fait pas beaucoup d’argent. Quand son beau-père tombe malade, il décide de rejoindre un groupe de contrebande de bidons d’essence afin de pouvoir assurer les frais hospitaliers. Entre-temps, il rencontre Mimi, très belle et dont il tombe amoureux, mais qui semble être un peu « la femme de tout le monde ». Double ambition dans Grigris : celle d’une peinture réaliste de la capitale tchadienne, du quotidien de ses habitants avec son lot de désespérances d’une part ; inscription du film dans le genre du film noir d’autre part.

 

Sur le premier plan, c’est réussi, notamment dans les séquences de nuit que Haroun tourne avec précision, avec une belle palette de couleurs où les noirs et les rouges sont légion. Et comme dans Un homme qui crie, le fait de filmer une capitale africaine n’est jamais prétexte au moindre exotisme : N’Djamena est filmée à hauteur de rues, à hauteur de ses habitants, sans virer à la curiosité touristique. Plusieurs scènes sont très belles : celle de la rencontre avec Mimi notamment, alors que Grigris fait encore des portraits chez un photographe. Elle doit faire une série de clichés pour un concours de mode ; il est soufflé par sa beauté et sa chevelure incroyable, lui demande maladroitement de poser comme ci ou comme ça, de poser la main droite sur la hanche. La séquence est un peu à côté, prête à penser que l’histoire ne se fera pas. Quelque temps plus tard, c’est une nouvelle histoire de cheveux qui la scellera : la crinière de Mimi est en fait une perruque qu’elle enlève au moment de se coucher. Grigris est l’un des rares à le savoir.

C’est dans l’inscription du film dans le genre du polar que Saleh-Haroun convainc beaucoup moins. Le cinéaste peine en effet à instaurer le climat d’inquiétude qui devrait aller de pair avec l’histoire qu’il déroule : ici, difficile d’avoir vraiment peur pour Grigris, de s’inquiéter de son sort quand le récit semble cousu de fil blanc – l’inverse d’Un homme qui crie, film perpétuellement angoissé. Ça commençait pourtant très bien dans la scène du transfert de barils d’essence du Tchad au Cameroun de manière illégale, avec une traversée à la nage et une scène de course-poursuite où l’on tremblait pour Grigris jusqu’à que la voiture soit rentrée au garage, lui sain et sauf au volant. Car Saleh-Haroun suit son personnage avec une belle ténacité : de dos, de face, en plans rapprochés ou au loin, au milieu des paysages de la brousse, il ne le lâche pas, le filme comme s’il en faisait l’étude quasi ethnologique. C’est d’ailleurs le principal intérêt du film, qui dit aussi la course à la modernité de l’Afrique, comment le retour aux sources et aux vraies valeurs passe toujours par un départ de la ville. Ailleurs, ce sont les portraits de femmes qui accrochent : là où le cinéma de Saleh-Haroun avait été jusqu’à présent très axé sur les hommes, il leur fait ici une grande place, qui ne sauve pas totalement le film mais témoigne une nouvelle fois d’une belle sensibilité.

Titre original : Grigris

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Durée : 101 mn


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