Gloss

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Portrait sans concession de la Russie actuelle, de ses oligarques et des jeunes filles prêtes à tout pour fuir leur campagne et la pauvreté. « Gloss », le dernier film d´Andreï Konchalovsky, est tout simplement remarquable.

Galya est une jeune ouvrière qui rêve de devenir mannequin, de quitter sa campagne et des parents pas très commodes pour le monde pailleté de la mode. Elle y vit par procuration, grâce à la télé et aux magazines disponibles dans son trou perdu. Au culot, elle monte à Moscou et se fait engager comme petite main chez le Karl Lagerferld local, avant de finir au service du directeur d’une « agence » de jeunes femmes vendues ou louées, selon les besoins, à des oligarques. La nouvelle vie de Galya à Moscou sert de prétexte à Andreï Konchalovsky pour dresser un portrait sans fards d’une Russie aux mains d’oligarques, sorte de compromis entre chefs mafieux et hommes politiques.

Gloss s’apparente à un conte de fées dans la Russie contemporaine. Blanche Neige a perdu ses illusions de petite fille depuis longtemps, avec l’alcoolisme de sa mère, la folie de son père et sa brute épaisse de petit ami. Les nains sont des proxénètes, menacés par la maladie ou la mafia, et les princes se vautrent dans le luxe et la luxure pour oublier l’ennui que l’argent n’arrive décidément pas à faire oublier. Le modeste train de vie des provinces et de ses habitants contraste avec les extravagances des milieux de la mode et des oligarques dans la capitale. Seul point commun de ces deux mondes : la violence des mots y est aussi marquante que celle des actes. Par petites touches, Gloss rend aussi hommage aux grands intellectuels russes, et évoque les grands épisodes politiques de ce pays.

La trame narrative d’Andreï Konchalovsky est posée. Il s’est donné le temps et les moyens d’exposer pas à pas son propos. Même quand il semble dériver, c’est pour mieux ramener le spectateur au cœur de l’intrique. Sa mise en scène est pour le moins remarquable. Son casting, porté par l’incarnation gouailleuse de Yulia Visotskaya (Madame Konchalovsky à la ville) et les seconds rôles ciselés, est une merveille. Comme un microscope qui mettrait en exergue la réaction d’un organisme face à une invasion microbienne, Konchalovsky montre des femmes et des hommes qui essaient de se défendre dans un milieu hostile. Les dialogues sont impertinents et truculents. Le cynisme des personnages insuffle la verve nécessaire à ce pamphlet cinématographique. Konchalovsky est coutumier de l’exercice, et il ne laisse jamais indifférent, surtout dans son pays où son œuvre n’a pas reçu un très bon accueil. Il en avait déjà été de même pour Le Bonheur d’Assia, son deuxième film, histoire également d’une jeune ouvrière au temps des kolkhozes. Il n’aura droit de cité que 20 ans après sa sortie en 1969, pour cause de censure.

Andreï Konchalovsky semble avoir développé un art consommé pour observer et rendre compte avec subtilité, en tout cas vu d’ailleurs, de sa contrée natale. Ses œuvres russes se distinguent fortement des américaines – le cinéaste s’est installé aux Etats-Unis dans les années 80 – par leur engagement. Konchalovsky a ainsi croqué presque toutes les Russies. Son dernier portrait est une réussite, avec en prime un clin d’oeil mémorable à Bollywood. Deuxième cerise sur le gâteau, il fait renaître une vraie princesse, Grace Kelly, à l’écran. Des paillettes pour saupoudrer un message fort, le concept fait de Gloss un film brillant.

Titre original : Glyanets

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Durée : 117 mn


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