Entretien avec Ludovic Bernard

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« Il n’y a qu’une seule méthode, il faut savoir s’adapter, comprendre ce que souhaite le réalisateur. » Ludovic Bernard sait de quoi il parle, l’un des meilleurs assistants-réal de sa génération nous a convié à un entretien précis et efficace, à l’image de son boulot !

Comment vous est venue cette passion pour le cinéma ?

J’ai grandi à Cannes. A chaque festival, je distribuais des magazines en échange de places pour les films. J’ai pu voir des films exceptionnels. J’ai  toujours été fasciné par la lumière, l’ambiance que l’on peut créer dans un film, le jeu des acteurs.

Pourquoi avoir choisi de devenir assistant-réalisateur ?

C’est la position la plus proche de la réalisation, celle qui implique une réflexion, des décisions, un arbitrage. Je suis au cœur de l’action.

Pouvez-vous me raconter votre parcours ?

J’ai travaillé longtemps à Londres, où j’ai été documentaliste sur de nombreux documentaires. Une fois à Paris, j’ai d’abord continué à travailler pour des productions anglaises. J’ai débuté sur des fictions avec Josée Dayan avec qui j’ai beaucoup appris. J’ai eu la chance de travailler avec de nombreux metteurs en scène, comme Mathieu Kassovitz, Richard Berry, Guillaume Canet et de faire des films qui ne sont pas passés inaperçus (La Haine, Assassins, La  Boîte noire, Ne le dis à personne, Mesrine…).

Vous avez tourné avec quelques grands noms du cinéma français. Y a-t-il une méthode ?

Il n’y a qu’une seule méthode, il faut savoir s’adapter, comprendre ce que souhaite le réalisateur.

Avant de tourner avec le cinéaste, comment créez-vous l’échange afin de travailler pleinement ?

Nous échangeons et discutons de ce qui nous plaît mutuellement. Quels films nous ont marqués, pourquoi. Plus particulièrement quelle scène, comment elle est découpée, amenée. Naturellement des liens se tissent. Pour conclure, c’est toujours le réalisateur qui a le dernier mot, c’est son film.

 

       

Revenons à Mesrine. Comment vous êtes-vous retrouvé sur ce tournage ?

J’ai été contacté par le producteur exécutif Daniel Delume. A l’évocation du nom de « Mesrine » on tient déjà quelque chose d’important. A la première lecture des scénarii, j’ai su qu’il ne fallait pas laisser passer ce projet. Par  la suite j’ai rencontré Jean-François Richet et Daniel Delume, et nous avons commencé un début de préparation en septembre 2006.

Ce doit être votre plus gros tournage ? Comment gérer toute cette armada ?

9 mois de tournage, cela implique une longue préparation. Il faut savoir PREPARER, c’est là que réside le secret d’un tournage. Rien ne doit être sous-estimé. Ensuite, il faut faire circuler les bonnes informations et le puzzle de la journée se met en place. Il est certain que la moindre erreur engendre beaucoup de retard. Un film d’époque 17e se tourne généralement dans un environnement dit « facile », campagne etc. Pour les deux Mesrine, qui relataient sa vie de 60 à 79, le tournage devait se faire à Paris, avec tout ce que cela implique. Un braquage de banque en plein Barbès, des avenues de Clichy fermées temporairement à la circulation. Il s’est agi de recréer une vie, des enfants, des gens, des voitures, des commerces, tous les détails auxquels nous ne faisons pas attention et qui définissent une époque, pouvoir dès la  première image se situer dans le temps. Cela nécessite beaucoup d’intervenants.

 

       

Y a t-il eu des séquences qui ont créé quelques difficultés ?

Oui bien sûr, mais voilà qui montre encore une fois l’importance de la préparation . Il faut également savoir mettre un terme à la réflexion pour passer à l’action. La séquence de la porte de Clignancourt par exemple, fut réussie car Daniel Delume et moi-même avons vite compris l’importance d’une répétition générale de cette séquence. Nous avons répété le trajet de toutes les voitures la veille sur un immense parking : toutes les rues étaient dessinées au sol. L’après-midi les neuf cadreurs et assistants furent placés à tous les points stratégiques que nous avions mis en place avec Jean-François Richet et le chef opérateur lors de nombreux repérages. Le lendemain nous avons tourné à l’heure prévue et tout s’est parfaitement bien déroulé.

Comment travaille-t-on avec Jean-François Richet ?

Il faut être d’une totale disponibilité et savoir s’adapter à toutes les situations. Jean-François veut se laisser une grande marge de manœuvre, il évite au maximum de se laisser enfermer. Il a une idée précise mais veut pourvoir la contourner à chaque instant.

Question sur le film, sur le résultat ? Voyez-vous certaines erreurs ?

Non, pas particulièrement. En règle générale, ce qui déplaît dans un scénario est rarement amélioré en salle.

 

Revoyez-vous régulièrement certains des films dans lesquels vous avez travaillé ?

Cela m’arrive rarement car j’ai l’impression de les connaître par cœur. C’est pourtant très agréable car cela permet de revivre certains moments, de revoir les gens que l’on a croisés, des lieux que l’on a aimés. Finalement, ces films sont de grands albums photos de ma vie professionnelle.

Vos projets ?

Encore un film comme assistant, celui de Richard Berry L’immortel avec Jean Reno.

Pensez-vous un jour prendre la caméra pour tourner votre propre film ?

Oui, j’écris un long-métrage, que j’espère réaliser très vite.

 


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