DVD « La Gifle »

Article écrit par

Une mini-série australienne à la narration originale et pertinente. De la gifle physique à la gifle psychologique.

Qui n’a jamais rêvé de mettre une bonne claque à un gamin ? Qui n’a jamais eu envie d’utiliser la force de sa main ferme pour calmer les ardeurs d’un petit garçon turbulent, pleurnichard et violent ? On se retient et pourtant il le mériterait… Le mérite t-il vraiment ? Est-il une victime ou un coupable ? La Gifle est une mini-série australienne adaptée du roman éponyme de Christos Tsiolkas qui s’intéresse aux relations d’une famille et d’une bande d’amis à la suite d’une torgnole dévastatrice adressée à une petite tête blonde mignonne mais diabolique (sans prendre parti, bien entendu). La punchline commerciale un peu agressive « Choisissez votre camp » nous plonge directement dans l’ambiance. Il s’agit de s’interroger sur les conséquences de l’acte répréhensible mais aussi sur les causes et les différents points de vue des personnages présents le jour du « drame ».

Le crime a eu lieu le jour de l’anniversaire d’Hector (Jonathan LaPaglia). Entouré de sa femme, de ses parents, de son cousin, de ses amis et de tous les enfants qui vont avec. En pleine crise de la quarantaine, il va devoir gérer les tensions de tout ce petit monde littéralement choqué par l’évènement tragique qui va bouleverser la journée et le reste de sa vie. La victime nous est présentée comme étant un petit garçon horrible, la volonté de nous faire détester un enfant étant réalisée avec succès tant c’est un soulagement de voir le cousin d’Hector, Harry (Alex Dimitriades, le Nick de Hartley, cœurs à vif (Ben Gannon et Michael Jenkins, 1994-1999)), lui coller une gifle alors qu’il menace son fils avec une batte de cricket.

C’est le point départ de la série qui va davantage s’orienter vers les personnages que sur la situation. Huit épisodes centrés sur huit personnages présents à l’anniversaire. L’intérêt principal du projet est d’inverser la structure narrative habituelle de la série télévisée. Les personnages ne se construisent pas progressivement à travers l’intrigue mais c’est bien la chronologie des évènements qui nous sera dévoilée à travers le quotidien et le point de vue de chaque personnage. Chaque épisode nous permet de comprendre un personnage pour, par la suite, analyser son comportement face aux autres protagonistes de l’histoire mais aussi face à cette fameuse gifle. On pénètre donc dans leur monde et autant dire que ce n’est pas joli joli.

L’univers dépeint respire les secrets, les mensonges, la frustration et la haine. Il y a bien malgré tout un peu d’amour qui se dégage de tout cela, mais il semble avoir abdiqué (pour mieux renaître de ses cendres ?). À travers des amis qui se déchirent et une famille tiraillée entre deux camps qui s’affrontent autour du procès d’Hector, La Gifle s’interroge sur la définition des liens du sang et des liens plus implicites qui concernent des amis de longue date. La morale est vite éludée, on est dans le concret. Il en résulte un sentiment étrange de vouloir absolument assister au dénouement de cette histoire sans avoir aucune empathie avec un des personnages présentés. Ils sont tous logés à la même enseigne. Ils sont tous bourrés de failles et de contradictions. Ils possèdent sûrement quelques qualités coincées quelque part au fond d’eux mais là n’est pas le propos. On est bien dans La Gifle, pas dans la caresse.

Un épisode peut être assimilé à un moyen métrage sur un personnage. Bien qu’ils soient relativement tous pertinents et bien équilibrés, on notera des petites différences de traitement entre certains épisodes. Alors que ceux consacrés à Harry et Rosie (Melissa George) sont puissants et originaux, les épisodes concernant Aïsha (Sophie Okonedo) et Richie (Blake Davis) manquent de profondeur et recensent même quelques lourdeurs et facilités. Mention spéciale tout de même à l’épisode sur le père d’Hector, Manolis (Lex Marinos), un vieil immigré grec qui observe le comportement de la jeune génération avec dégoût et pincement au cœur.

La Gifle est une série exigeante, loin des standards du genre, qui mérite largement le coup d’œil et qui propose une foultitude de pistes de réflexion intéressantes sur la société occidentale, la notion de famille et l’éducation, sujet difficile à développer ici sans en révéler toute l’histoire. À regarder calmement, loin des enfants…
 
 

 
La Gifle
de Tony Ayres, Robert Connolly, Jessica Hobbs et Matthew Saville
Coffret DVD édité par les Éditions Montparnasse – Sortie le 3 septembre 2013.

Titre original : The Slap

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 408 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..