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Digger

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« Tout a un rythme. Ce qui compte c’est ce que voient tes yeux, pas ton esprit (…) Est-ce que tu aurais du tabac ? Pour une cigarette. »

Quand le fils de Nikitas revient le voir pour lui annoncer la mort de son ex-femme, c’est la rupture. Entre l’énorme société qui ne cherche qu’à construire une route au travers de sa forêt et son étranger de fils qui lui réclame de quoi payer la maison de sa mère, Nikitas ne sait plus où donner de la tête. Après des années à planter ses arbres un à un pour ne faire pousser que ce qu’il y a de mieux. Voguant de bataille juridique en menaces physiques avec ce que les habitants appellent ici « Le Monstre », il se demande si cela vaut vraiment le coup de se battre pour sauver son chez lui. Chez lui, ce sont ses quarante hectares de terrain, son cheval, ses poules, son chien et une petite cabane de fortune dans laquelle il vit seul, un brin ermite. S’il avait pu il serait resté avec sa femme pourtant, mais il était tombé amoureux de la forêt avant de tomber amoureux d’elle alors quand elle en a eu marre : les noisetiers et les pommiers ont gagné. 

Digger, que l’on pourrait traduire par « celui.elle qui creuse » en français, est un titre de choix pour le premier long métrage de Georgis Grigorakis. Que ce soit Nikitas, son fils, ou la compagnie, chacun.e s’entête, malgré les événements, incapable de prendre le recul nécessaire pour prendre mesure de la situation. Alors évidement : tout s’envenime. Dans une Grèce rurale en proie avec la crise financière, Le Monstre apparaît comme un sauveur avec ses promesses d’emplois et son argent à distribuer à tour de bras. Mais quel prix paie-t-on quand on accepte de se vendre ? Grigorakis se tient à distance, refusant d’opter pour la facilité d’une réponse usuelle attendue, il préfère mettre en lumière une réalité multiple, nuancée. Un monde dans lequel rien n’est jamais vraiment tout noir ou blanc.

Alors est-ce vraiment Le Monstre qui a eu raison de Nikitas, ou simplement est-il trop fatigué par la vie ? Trop occupé à se raccrocher à son exploitation il n’a pas su voir la souffrance d’un fils qui a grandi en quête d’un père. C’est dans la plus grande pudeur que Grigorakis fait se (re)trouver ces deux âmes en perdition. Confrontant le père et le fils dans des silences assourdissants de souffrance. Alors épuisé de s’être battu Nikitas se retrouve à se noyer, réalisant enfin qu’il a peut-être manqué l’essentiel. 

Article écrit dans le cadre du festival Premiers Plans.

Titre original : Digger

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Durée : 100 mn


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