Dans la vallée d´Elah

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A l’approche de la 80ème cérémonie des Oscars, Hollywood prépare les armes. Quatre années après le début de la guerre en Irak, le cinéma américain daigne enfin s’immiscer dans le débat. Avec un soupçon de retard peut-être ? Paul Haggis, à qui l’on doit déjà le fameux Collision, ouvre le bal d’une saison marquée par […]

A l’approche de la 80ème cérémonie des Oscars, Hollywood prépare les armes. Quatre années après le début de la guerre en Irak, le cinéma américain daigne enfin s’immiscer dans le débat. Avec un soupçon de retard peut-être ? Paul Haggis, à qui l’on doit déjà le fameux Collision, ouvre le bal d’une saison marquée par ce thème et s’inscrit directement dans la course aux Oscars avec son dernier poulain, Dans la vallée d’Elah.

Hank Deerfield (Tommy Lee Jones), ancien militaire, décide de reprendre ses vieilles habitudes de policier lorsqu’il apprend la disparition de son fils Mike. Ce dernier, de retour d’Irak le temps d’une permission, est désormais considéré comme déserteur. Emily Sanders (Charlize Theron), jeune officière chargée de l’enquête, accepte rapidement l’aide non discutable de Hank pour résoudre cette affaire. L’horreur de cette guerre se dessine au fur et à mesure de la collecte des indices et glisse lentement vers la dénonciation de l’absurdité du conflit.

Lentement seulement. Car là où l’idée de combiner thriller policer et film « politique » semblait séduisante, dans la mesure où le spectateur découvrirait crescendo la réalité odieuse de la guerre, la réalisation restreint plutôt la portée du propos qu’on lui avait promis. En effet, si le suspens se maintient efficacement dans l’ensemble, le film a hélas trop tendance à oublier son background pourtant essentiel. La prise de position du réalisateur vis-à-vis du conflit, en plus d’arriver tardivement, s’avère encore trop timide. On déplore la jeunesse des soldats, lâchement envoyés à l’abattoir, tels des milliers de « David contre Goliath dans la vallée d’Elah », mais on ne déplore pas le conflit lui-même.

Les remontées amères du Viêt-Nam ne tardent pas. La guerre d’aujourd’hui ressemble étrangement à celle d’hier. Comme à l’époque, les plus fervents défenseurs de la patrie laissent échapper des larmes de crocodiles. Les enfants se meurent parce que leurs parents s’obstinent. Des fantômes flottent dans les étendues vides. La nuit effraie autant que la lumière du jour. Le temps et les distances s’allongent entre les personnages. Tout le monde est seul finalement. Dans la vallée d’Elah bousille une fois de plus la confiance des Etats-Unis en eux-mêmes à travers ses personnages déchus. Les mythes s’écroulent, les certitudes avec. Mais pour combien de temps ?

L’incursion en pointillés des vidéos prises en Irak avec le portable de Mike incarne toute la brutalité du film. Telles des lames tranchantes de culpabilisation, elles entrent douloureusement en Hank. Tommy Lee Jones, et les nombreux plans serrés sur son visage marqué, donne sa prononciation dramatique au film. Le personnage de la mère, joué par Susan Sarandon, le fait carrément basculer dans le pathos. Dans la vallée d’Elah, si les femmes sont faibles, les hommes restent forts. Emily Sanders quant à elle, devient rapidement l’élève de Hank, rappelant ainsi curieusement la relation entre la gentille Hilary Swank de Million Dollar Baby (dont Haggis est le scénariste) et de son mentor Clint Eastwood… Tradition quand tu nous tiens !

On pourrait donc reprocher à Paul Haggis le même argument qui desservait Collision. Une réalisation peut-être trop cadrée, qui marche sur les plates-bandes d’un propos qui contient quelques ambiguïtés gênantes. Les récompenses aux Oscars ne tarderont pour autant pas à pleuvoir, on peut le parier, tant les égratignures politiques causées par le film sembleront grandioses dans la cour hollywoodienne. En attendant les autres sorties sur le sujet…

Titre original : In the Valley of Elah

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Durée : 120 mn


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