Cyrus

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Représentant d´un cinéma farouchement indépendant, les frères Duplass livrent une comédie douce-amère qui pêche parfois par manque d´ambition.

Divorcé de longue date, John est sorti de sa léthargie par son ex-femme, qui l’invite à une soirée huppée au cours de laquelle il rencontre la pétillante Molly. Tombé amoureux, il la suit chez elle, et tombe sur Cyrus, le fils de Molly avec qui il entretient une relation fusionnelle. Entre les deux hommes, le courant ne passe pas si bien qu’ils le font croire…

Comme le remarquait fort à propos un critique anglo-saxon, Cyrus aurait pu tout à fait être un véhicule comique pour Adam Sandler. Le pitch du premier film de studio de Jay et Mark Duplass (Baghead) a tout d’une comédie-concept facile à détourner en machine à gags : d’un côté, Cyrus, le fils à maman prêt à n’importe quelle machination pour garder sa mère près de lui, et pour lui seul ; de l’autre, John, le quadra acariâtre qui se laisserait volontiers prendre au jeu de cette guerre des nerfs. Un genre de Mon beau-père et moi, mais inversé.

L’affiche du film tend d’ailleurs à vendre Cyrus pour ce qu’il pourrait être (une comédie de plus), alors qu’il s’agit avant tout d’une chronique feutrée et particulière, sur la difficulté, dans notre société parfois désespérément artificielle, de se « connecter » sincèrement avec un univers étranger au nôtre. Bien que sympathique, John n’est ainsi pas un homme sans défauts : il grommelle, se morfond dans son mépris de lui-même depuis sept ans, parce qu’il sait que sa femme a eu raison de le quitter. Solitaire à tendance nostalgique (il garde depuis des années ses mêmes baskets Adidas, que sa femme lui avait offertes), John ne fait finalement rien pour s’attirer la sympathie de l’étrange Cyrus. Homme-enfant manipulateur, ce dernier possède une étrangeté qui confine parfois au malaise, et contraste avec le réconfort apporté aux deux hommes par Molly.

Leur rocambolesque duo à trois connaîtra bien sûr quelques rebondissements et prises de becs à la mauvaise foi réjouissantes. Mais la team Duplass se refuse, tout au long du film, à verser dans la facilité et à céder à l’hystérie : leur œuvre, qui doit beaucoup à Cassavettes, s’attache plutôt à capturer les regards, les non-dits et ces moments de magie qui constituent une relation, qu’elle soit amoureuse ou amicale.

Avec sa caméra portée, ses zooms opportuns, sa musique folk et ses dialogues en partie improvisés, Cyrus a, malgré tout, récupéré les ingrédients principaux du bon petit film indépendant américain. Un sous-genre en soi, qui même avec l’addition incroyable des talents de John C.Reilly, Marisa Toméi et Jonah Hill, ne parvient pas à être ici transcendé. Pas même quand les réalisateurs osent une fin apaisée, optimiste sans être béate. Malgré sa sincérité, cette histoire-là a tout simplement un goût de trop peu.

Titre original : Cyrus

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Durée : 92 mn


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