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Coffret : Trilogie « Jurassic Park »

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Rien de plus naturel, en cette période de fêtes de fin d´année, que de commencer cette chronique par un conte…

Octobre 1993. C’est du haut de mes dix printemps que je quitte l’air embrumé de Paris pour rejoindre, le temps de deux semaines de vacances méritées (un C- en maths, ça se fête), au fin fond des Landes, la paisible station balnéaire de Biscarrosse Plage. Bémol : la mer en octobre, c’est tout se suite moins attractif. C’est pour cette raison que, pour la première fois, la possibilité d’emmener avec moi un copain d’école m’était accordée. Me voici donc avec Julien (si tu lis ces lignes, tu me dois toujours 15 francs), passant mes journées pluvieuses à faire du vélo et jouer à Sonic 2. Irritée par les bruits que nous faisons devant l’écran de télévision, ma grand-mère a cette idée de génie de nous bloquer le plus longtemps possible dans une salle de cinéma. Sans le savoir, Julien et moi allions vivre la première grosse claque cinématographique de notre vie : le film le plus long qui passe cette semaine là au Renoir de Biscarrosse Bourg est Jurassic Park (à une semaine près, c’était Cliffhanger, la chronique aurait donc été plus courte).

Nous voilà donc dans la salle, abandonnés, assis dans le noir, sans aucune information sur le film qui va débuter (Il était une fois le cinéma n’existe pas, ni internet d’ailleurs). Au bout de dix minutes de film, comme tout gamin stupide de dix ans, je m’ennuie déjà, même si bizarrement une curiosité timide et irréelle s’immisce dans mon petit corps irrégulier. Et puis, vint une scène, LA scène. LE choc. Tout comme Laura Dern qui stoppe net sa diatribe devant une feuille d’arbre quelconque, soi-disant du paléolithique, mon regard se fige. La caméra de Spielberg pivote légèrement et nous laisse enfin comprendre pourquoi : plusieurs brachiosaures vident un arbre de ses feuilles, tranquillement, en famille. Hein ? C’est du cinéma petit : du cinéma. Je me souviens encore avoir été littéralement transporté par cette histoire de parc de dinosaure mal sécurisé et, pour la première fois de ma courte existence, ressenti des milliers d’émotions (au moins) en seulement deux petites heures. Après le film, ma grand-mère nous récupère et se félicite de son initiative. Plus un son ne sortira de nos bouches de toute la journée. Bienvenue à Jurassic Park.

Au-delà des souvenirs enfantins, n’oublions pas que Jurrasic Park ouvrait une porte béante dans l’animation visuelle, celle des images de synthèse. La pluie de bonus que contiennent les galettes de cette réunion DVD de la trilogie montre assez nettement cette évolution, en expliquant toutes les étapes de la découverte de ce nouveau procédé qui fut l’une des nombreuses raisons du succès de la franchise. Par ailleurs, ce succès n’était-il pas déjà prévisible à l’époque ? Des dinosaures dans un parc d’attraction, de jeunes et beaux héros : tous les ingrédients étaient réunis pour engranger le maximum de jeune public. Au delà de ce simple constat, Jurassic Park est avant tout l’histoire banale d’un homme sans fibre paternelle obligé de protéger des enfants d’une horde de vélociraptors. Une morale facile mais à l’issue surprenante puisque le professeur Grant (Sam Neill) n’aura toujours pas de descendance à son nom dans Jurassic Park 3. C’est que la compagnie d’une tribue de méchants dinosaures sanguinaires, peut calment les envies de fonder une famille. Il y a d’ailleurs toujours un enfant à sauver dans ces films de dinosaures, comme une manière de nous encourager à protéger l’avenir au lieu de raviver le passé. Comment ne pas identifier le riche propriétaire fondateur du parc à Steven Spielberg ? Comme le cinéaste, voici un homme venu de nulle part, devenu multimillionnaire et dont l’ambition principale est de faire plaisir au plus grand nombre malgré les exigences de l’avocat cupide de ses assureurs et les désirs malsains du marketing de masse. Et si le parc ne fonctionne pas parce que des dinosaures impolis grignotent les visiteurs, tant pis, on en fait un autre. Une théorie observée davantage chez Steven Spielberg que chez un certain Terrence Malick (lui-aussi signataire d’une fameuse séquence de dinosaures).

La trilogie Jurassic Park possède aussi certaines caractéristiques propres à Spielberg qu’il est amusant de relever éternellement. Tout d’abord, cette incroyable faculté à faire avaler des incohérences ubuesques sans aucune appréhension. Un vélociraptor qui ouvre la poignée d’une porte avec sa patte ? Une gamine de 12 ans qui hacke le système informatique du parc en une minute trente ? Une boucherie finale évitée grâce à l’intervention du T. Rex qui géométriquement n’aurait jamais pu entrer par la porte ? Ca passe. Spielberg aura appris au moins deux choses des Dents de la mer : le spectateur est prêt à tout croire si on le divertit et offrons lui un peu de mystère sur ce qu’il désire éperdument apercevoir, la bête. Les premières scènes où apparaissent les dinosaures et le grand requin blanc dans leurs films respectifs se situent le plus loin possible dans l’intrigue, leur offrant une valeur légendaire fondée sur la frustration et le désir. Et ce sont les retrouvailles avec ce désir qui dominent cette édition collector de la trilogie Jurassic Park. Certes, la HD souligne certains défauts techniques et les trois films sont de qualité inégale, mais l’abondance de bonus et de dinosaures ne peut que vous rappeler quelques excellents souvenirs.

Coffret édité chez Universal.


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