Ces rencontres avec eux (Quei loro incontri)

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Ces rencontres avec eux s’affiche en tant qu’exception dans le panorama des sorties en salles de ce début d’hiver 2006. Le film se caractérise par sa spécificité, sa différence évidente qui se situe à plusieurs niveaux. Œuvres autoproduite et tirée d’un roman italien de Cesare Pavese, publié en 1947 et intitulé Dialogues avec Leuco (Gallimard, […]

Ces rencontres avec eux s’affiche en tant qu’exception dans le panorama des sorties en salles de ce début d’hiver 2006. Le film se caractérise par sa spécificité, sa différence évidente qui se situe à plusieurs niveaux. Œuvres autoproduite et tirée d’un roman italien de Cesare Pavese, publié en 1947 et intitulé Dialogues avec Leuco (Gallimard, 1964), Ces rencontres avec eux est un film auréolé d’un processus de fabrication original qui prend vie à partir de rencontres entre le couple Straub et Huillet et les lieux du tournage, entre un village perdu dans la campagne toscane, Buti, et ses habitants (devenus acteurs pour l’occasion), et surtout, entre ces acteurs et un texte sur lequel ils ont travaillé durant une année entière, en étudiant chaque lettre comme chaque pause, chaque mot comme chaque silence. Liberté incontestable d’une forme et d’une construction liée de façon profonde et indissoluble au sujet de la narration.

Premier constat : les Dieux présents dans les cinq épisodes nous sont présentés comme des humains à part entière dans leurs vêtements comme dans leurs visages, occupés à converser sur les hommes. Ces Dieux éprouvent de l’envie pour les humains, pour leur mortalité qui rend leur vie si importante à leurs yeux, de leur ignorance des lois du destin qui les mène à adorer le divin, qui les pousse vers le métaphysique, vers le mont Olympe, vers le sommet où se trouvent les dieux dans la mythologie grecque. Les hommes, que l’on peut considérer à plein titre comme étant les protagonistes du récit, vivent dans l’aspiration du ciel, de la sanctification et de l’ascension. Ils sont dissimulés dans un hors champ tandis que la caméra, posée près des Dieux, suit leurs mots et entreprend avec eux un parcours fictif vers les hommes, vers la terre enviée en somme.

Dans le premier épisode, on voit les Dieux au sommet du mont (l’Olympe ?), dos à la caméra. Leurs regards se perdent au-delà de la haie, vers le monde qui se situe en bas. Ils sont légèrement orientés vers le coté droit du cadre. Au fur et à mesure que le film avance, la position des Dieux devant la caméra évolue : dans le deuxième épisode ils sont de profil, dans le troisième, ils sont filmés de haut, dans le quatrième, ils sont face à la caméra. Et enfin, dans le dernier épisode, les personnages nous sont montrés de face et l’espace derrière eux est enfermé par de grands rochers. On remarque alors que le dernier épisode est construit comme le miroir du premier. Les Dieux parlent et regardent le sol, parfois ils lèvent les yeux au ciel : en direction gauche cadre, donnant l’impression d’un espace qui se referme entre le premier et le dernier épisode, d’une boucle qui toutefois ne peut pas se boucler.

La caméra suggère ce parcours vers la terre renforcé par la forte plongée du troisième épisode. On s’aperçoit, sans que rien ne soit dit explicitement, que les discours et les dialogues ont amené les Dieux, et nous avec eux, jusqu’à la rencontre des hommes, jusqu’à voir Buti de plus près, jusqu’au dernier plan. A ce moment là, à travers un lent mouvement panoramique, la caméra nous reporte vers le sommet du mont, isolé symboliquement de la terre par un fil électrique. Cette maîtrise silencieuse et précise du dispositif de la mise en scène suffit déjà à rendre le film exceptionnel, cependant bien d’autres éléments contribuent à cet effet.

Le jeu rythmé, immobile et monocorde des acteurs, les subtils reflets d’ombre et de lumière qui filtrent entre les feuilles du bois et arrivent à éclairer un texte d’une rare efficacité poétique, la sobriété de l’ensemble que rien ne soustrait à la hauteur de la réflexion philosophique. Faire du cinéma quelque chose d’autre qu’un simple divertissement, envisager la salle comme un lieu de réflexion, voir la projection comme un partage d’idées entre le metteur en scène et le spectateur : voilà des grands défis que nous a laissés Danièle Huillet avant de nous quitter. A nous, spectateurs, de les relever…

Titre original : Quei loro incontri

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Durée : 68 mn


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