Select Page

Cahier intime

Article écrit par

Cher journal… C´est dur, dur d´être un ado. Grand Prix Écrans Junior à Cannes en 2008, et aussi attachante soit-elle, cette petite production ne surmonte malheureusement pas les défauts de ses qualités.

Leonora, alias Leo, retrouve son père après dix ans d’absence muette. Elle veut lui cracher sa rage à la figure. Le cours de théâtre qu’il donne sera le parfait défouloir. Mal de vivre et questions métaphysiques ponctuent ses déambulations et sa métamorphose physique. Plaquée par son copain, seule et révoltée, la petite bien mouchée se transforme en poupée gothique.

Pourquoi suis-je ici ? Qu’est-ce que je fais parmi ces gens ? Comment peuvent-ils être heureux ?

Ces interrogations peuvent faire sourire les adultes amnésiques que nous sommes. Le film colle toutefois bien à la réalité adolescente : la frustration d’être un grand trop responsable sous-estimé par ses parents, tiraillé entre ses idéaux et la contrainte sociale, mais néanmoins gros bébé en mal d’amour, prompt à se réfugier en position fœtale sur les canapés. Les plus de vingt ans peuvent aussi s’y reconnaître. La semaine dernière, le teenage movie Be Bad ! présentait ses caricatures de héros à la capacité méditative limitée. Aujourd’hui, place à l’authentique jeunesse italienne.

Leo n’est pas si seule au monde : son histoire est articulée avec celles d’Ali (plutôt habilement, autour d’une soirée pivot en boîte de nuit) et de Michele. Le romanesque Ali, dessinateur enjoué et tchatcheur, se scierait en deux pour séduire la jolie et populaire Maria. Et Michele ? Sa famille partie en vacances, Leo est payée pour prendre soin de celui qui pourrait être son grand-père. Le croisement entre la vieillesse, ici quasi impotente, et l’adolescence, quasi impuissante, est assez pertinent. Michele a grosso modo les mêmes soucis : infantilisé par ses enfants, on prête une attention condescendante à ses délires, du moment qu’il avale ses pilules et son petit déjeuner tristounet allégé en matières grasses… Jusqu’à ce que les deux adolescents débarquent dans sa vie, le faisant renouer avec ses premiers émois.

Je veux me balader toute la nuit. Je veux être forte. Je veux parler toutes les langues du monde. Je veux me sentir bien.

Attilio Azzola doit la fraîcheur de ses acteurs et ses chroniques attachantes à la dimension socio-éducative de son projet, développé aux abords de Milan avec des jeunes anonymes. A l’issue d’un an de cours de théâtre et de séminaires, le scénario a été établi avec la contribution des étudiants. D’où la spontanéité des personnages qui échappent certes aux stéréotypes, mais pas à l’amateurisme. L’ensemble du film manque singulièrement de rythme, à l’exception peut-être du deuxième volet, sauvé par la vivacité d’Ali, incarné par un Amine Slimane pétillant. Malgré quelques rares effets visuels (jeux de lumières, cadrages webcam, …), et le clin d’œil à Caro Diario de Nanni Moretti, on reste encore bien proche du téléfilm bon enfant, cette impression étant aggravée par une musique trop résolument « variétoche ». Dommage que l’équipe n’ait pas bénéficié du budget de Be Bad !.

Titre original : Diari

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Durée : 90 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La Terrasse

La Terrasse

« La terrasse » est une œuvre à la charnière de deux époques qui vient sonner le glas de la comédie à l’italienne. La satire grinçante livre sans concession un portrait en demi-teinte et au vitriol de la crise existentielle de cinq quinquagénaires vieillissants qui évoluent dans une sphère intellectuelle de gauche sclérosée. Les scénaristes de légende Age et Scarpelli prennent ici le pouls d’une société italienne malade de son conformisme.

Le Soldatesse (des filles pour l’armée)

Le Soldatesse (des filles pour l’armée)

« Le Soldatesse » porte un regard féministe existentialiste sur ces femmes en déshérence, butin de guerre, enrôlées de force afin d’approvisionner les bordels militaires de campagne lors de l’invasion hellénique par les troupes d’occupation italiennes expédiées en 1941 sur une rodomontade du Duce. Illustrant une page sombre de l’occupation italienne, ce road-movie sur fond de guerre chaotique fut ignoré à sa sortie pour le défaitisme et le fiasco militaire qu’il traduisait par son naturalisme. Décryptage.