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Bolivia

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Second long métrage d´Adrian Caetano, Bolivia, réalisé en 2001, marque le début de la reconnaissance internationale du cinéaste en remportant notamment, le Prix de la Jeune Critique à Cannes. En France, seul son Ours rouge (2002) était parvenu a traverser l´atlantique. L´été 2007 tente apparemment de rattraper ce retard en offrant au public français l´opportunité […]

Second long métrage d´Adrian Caetano, Bolivia, réalisé en 2001, marque le début de la reconnaissance internationale du cinéaste en remportant notamment, le Prix de la Jeune Critique à Cannes. En France, seul son Ours rouge (2002) était parvenu a traverser l´atlantique. L´été 2007 tente apparemment de rattraper ce retard en offrant au public français l´opportunité d´accueillir son dernier film Buenos Aires 1977 (sorti le 27 juin) et Bolivia. Adrian Caetano, réalisateur uruguayen émigré en Argentine, propose avec Bolivia d´aborder un thème universel et toujours aussi actuel, celui de l´exil et de l´intégration.

Freddy, père de famille, arrive seul de Bolivie avec dans ses minces bagages, l´espoir de redonner à sa vie la dignité qu´elle mérite. A Buenos Aires, il est employé comme cuisinier dans un petit café. Clandestin, il va rapidement être confronté à la réalité de la société argentine et à ses dangers… L´eldorado imaginé devient lieu de cauchemar où les habitants, frappés de plein fouet par le chômage et la précarité accueillent d´un mauvais oeil l´arrivée de cet inconnu aussi désespéré qu´eux.

Tourné presque totalement en huis clos dans un véritable café, Bolivia conjugue les deux tendances cinématographiques du << néocinéma argentin >> : réalisme à vocation documentaire et récit elliptique aux tonalités universelles. << Bolivia est un petit conte. Les histoires de plusieurs personnes qui s´entrecroisent. Une histoire simple qui ne prétend pas être plus. Bolivia est honnête >> souligne Adrian Caetano. Filmée en caméra DV et enrobée d´un noir et blanc granuleux, l´image qui défile durant ces 75 minutes semble à la fois proche et lointaine. L´abus de plans serrés sur les visages des personnages tend d´ailleurs à provoquer l´étouffement du spectateur. Néanmoins, le réalisme de Bolivia, à l´image du néoréalisme italien des années 40-50, est aussi fortement servi par la participation d´acteurs non professionnels.

Le << conte >> d´Adrian Caetano, malgré quelques longueurs qui peuvent parfois le desservir, reste juste, sobre et plein d´encouragement pour le cinéma argentin. Le peu de moyens qui est actuellement attribué à ce cinéma a permis à Bolivia d´être un film étonnant par sa forme et profond par son histoire. Car l´oeuvre du réalisateur fait finalement cohabiter plusieurs tranches de vie, celle de Freddy bien sur, mais aussi de Rosa la serveuse qui va le séduire, des clients, tous plus déchus les uns que les autres, et du patron qui, malgré une position sociale plus élevée, ne sera jamais préservé de la menace du chômage. On comprend dès lors la multiplication de plans rapprochés sur ces individus à l´apparence commune. La caméra tente de se les approprier un à un et de les faire se rencontrer, se confronter. Le huis clos semble rappeler à chacun l´impasse dans laquelle il est enfermé.

Car Bolivia est aussi et surtout une histoire symptomatique de l´Argentine actuelle. La crise économique a engendré chez ses citoyens un repli sur soi, une méfiance de l´autre et une certaine désillusion. Une fois encore comme dans le néoréalisme italien, il s´agit de constater et faire ressentir les lendemains de dépression de tout un pays, et par là même de toute une génération… L´ouverture du film sur l´entrée de Freddy dans le café, immédiatement suivie d´images d´archives d´un match de football entre l´Argentine et l´Uruguay, est totalement révélatrice. L´identité nationale est bien en train de renaître, mais de quelle manière ?

L´intolérance et l´individualisme, voilà deux craintes qu´Adrian Caetano a, semble-t-il voulu mettre en perspective. Or si ces personnages transpirent la solitude et le désespoir, le cinéma argentin lui, s´offre ici une douce lumière au bout du tunnel.

Titre original : Bolivia

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Durée : 75 mn


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