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Black Moon

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Lily fuit. Elle fuit la guerre, les combats, la mort. Elle fuit jusqu´à cette maison isolée où elle se laisse lentement glisser dans l´imaginaire. Un peu comme si Alice, au lieu d´atterrir directement au Pays des merveilles, prolongeait sa chute à travers le trou du lapin pour se préparer à un arrêt définitif dans le […]

Lily fuit. Elle fuit la guerre, les combats, la mort. Elle fuit jusqu´à cette maison isolée où elle se laisse lentement glisser dans l´imaginaire. Un peu comme si Alice, au lieu d´atterrir directement au Pays des merveilles, prolongeait sa chute à travers le trou du lapin pour se préparer à un arrêt définitif dans le monde des songes.

La fuite, c´est aussi le recours et l´ambition du cinéma. Pour ses créateurs et pour nous autres spectateurs, le cinéma constitue un éloge de la fuite vers l´imaginaire. L´industrie du spectacle nous l´a asséné plus d´une fois : le cinéma est un divertissement visant à permettre aux << gens >> d´oublier l´espace d´une heure ou deux leurs soucis de tous les jours, leurs guerres et leurs combats quotidiens. Pourtant ce cinéma là, capable de nous immerger dans l´inconnu, est rare. Et donc, d´autant plus précieux. Ces films nous demandent d´abandonner toute logique avant de pénétrer à l´intérieur de leurs univers. Ils ne s´adressent pas aux esprits férus d´analyse, de concret et d´explications. Ici, deux et deux peuvent faire cinq. Oubliez que vous êtes réveillés et que vous contrôlez un minimum votre vie et ce qui vous entoure. Vous n´avez plus de conscience, votre inconscient vous a englouti et vous le fait savoir : << tout n´est qu´illusion >>. Tout ceci n´est qu´un rêve.

Le rêve, ce monde à la fois familier et inconnu où l´esprit réinterprète ce que nous avons vécu, ce que nous vivons, et met les choses sans dessus-dessous. Black Moon nous emmène de l´autre côté du miroir, à travers une collection d´images se télescopant les unes les autres, se poussant et s´entrechoquant sans aucune retenue sous les coups de baguette du sorcier-réalisateur Louis Malle. Objets réels et fantasmes oniriques ne font plus qu´un dans un monde où Lily se découvre une licorne comme meilleure amie. L´irrationnel nous prend par la main et nous entraîne le long de ses contrées infinies. Infinies comme l´imagination, cet immense pouvoir, sans doute le plus grand que nous possédions.

Black moon est un rêve éveillé. Il s´en trouvera probablement quelques uns pour tenter le coup d´une analyse psychanalytique. Entreprise vouée à l´échec et qui ne pourra les conduire, au mieux, que vers leurs propres interprétations de la toile d´images. Même les films les plus étranges de David Lynch ne sont pas entièrement rétifs à une tentative d´explication. Ce qui n´est pas le cas de l´univers de Louis Malle.

Voici une oeuvre que l´on aime pour son pouvoir de création, pour sa faculté à exciter nos sens (notamment au travers d´un énorme travail sur la bande son et la photographie). Un film que l´on déteste parce qu´il ouvre le sol sous nos pieds et que le continuum espace-temps s´en trouve imperceptiblement ébranlé. Parce que l´angoisse provoquée par la rencontre entre le merveilleux et l´horreur pointe son nez dès la première séquence et culmine jusqu´à une intense scène d´opéra.
Il nous rappelle que le cinéma est plus qu´un divertissement et qu´il peut provoquer en nous d´étranges résonances.

<< Tout n´est qu´illusion >>, même la guerre que Lily croit fuir. Il n´y a pas de réalité pour elle, uniquement des fantasmes. La réalité se situe au-delà de l´écran, dans notre regard. Or, si tout est illusion dans le monde de Lily, pourquoi tout ne serait pas illusion dans le nôtre ? Les rêves ne pourraient-ils pas être la réalité et la réalité telle que nous croyons la connaître n´être rien de plus qu´un songe ?

Titre original : Black Moon

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Durée : 90 mn


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