Asphalte

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Saynètes tendres mais inégales de six personnages en quête d´amour.

Le ton est donné dès l’ouverture : dans une barre d’immeuble de banlieue, sans âge et sans charme, la caméra monte jusqu’à une réunion de co-locataires. L’ascenseur ne fonctionne plus, le syndic ne fait rien, il va falloir mettre la main à la poche soi-même. On vote, tout le monde est d’accord, sauf un, Sternkowitz. Il habite au premier et ne se sert que peu de l’ascenseur. Tout le monde va dans la pièce d’à côté, vote pour que Sternkowitz puisse ne pas payer mais soit alors interdit d’ascenseur. Il acquiesce. Dans la scène d’après, un accident lui impose le fauteuil roulant, d’où l’utilisation de l’appareil en secret. C’est un peu cruel, assez drôle, plutôt poétique, à l’image exacte de la couleur du cinquième long métrage de Samuel Benchetrit, prolongation à l’écran de deux de ses Chroniques de l’Asphalte, gros succès en librairies. Si le film est joli, c’est qu’il épouse assez bien la même ambition de “raconter la banlieue différemment” (dixit Benchetrit en dossier de presse) en prenant le temps d’observer six personnages avec tendresse et une grande économie de mots – c’est d’ailleurs là qu’Asphalte tranche avec la filmographie de Benchetrit, a priori plus réservé qu’à l’époque de J’ai toujours rêvé d’être un gangster (2008), au bagoût prononcé.

Il y a Sternkowitz (Gustave Kervern) donc, qui s’improvisera photographe ayant voyagé “aux trois-quarts” du monde pour séduire une infirmière de nuit (Valeria Bruni-Tedeschi, merveilleusement sur le fil), alors qu’il n’a jamais quitté sa banlieue. Il y a Jeanne Meyer (Isabelle Huppert, égale à elle-même), actrice connue des années 80 que son jeune voisin (Jules Benchetrit, fils de Samuel et Marie Trintignant et une révélation) va tenter de remettre en scène. Et il y a Madame Hamida (Tassadit Mandi, formidable découverte), mère esseulée depuis que son fils est en prison, qui va prendre sous son aile un jeune astronaute (Michael Pitt, subtil) tombé par hasard sur son toit. Il faut prendre le temps de tous les citer, tant l’écriture des personnages est ce qui prédomine dans le film ; de même que l’interprétation des acteurs, tous irréprochables, est ce qui fait que ce fragile château de cartes tient debout. Car peu importe finalement la situation dans laquelle Benchetrit les jette, c’est ce qui circule entre eux qui compte : petites humiliations, grande solitude et besoin éperdu de se trouver dans l’autre.

En les observant comme un entomologiste regarderait des insectes, avec le même intérêt et la même passion, Asphalte peut se passer des mots et déployer sa mise en scène élégante, longs plans séquences qui disent l’immeuble comme boîte d’échanges forcés et comme petit théâtre de marionnettes. C’est sur ce même flanc que le film échoue à emporter tout à fait, quand il devient simple prétexte à l’expérimentation de situations cocasses et nostalgiques, donnant une amère impression de fabrication plus que de vies à proprement parler. Très soucieux de tous les caractériser, Benchetrit oublie parfois de les faire pleinement exister – à l’exception de ceux qu’il connaît par cœur, comme la vieille dame maghrébine facétieuse qui regarde Amour, gloire et beauté et prépare religieusement son couscous quotidien. Inégal dans son accomplissement, Asphalte ménage néanmoins de belles scènes, et livre une charmante démonstration de l’amour de ses personnages.

Titre original : Asphalte

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Durée : 100 mn


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