Amnesia

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Une réflexion sur l’Histoire louable dans ses intentions, mais désuette dans son traitement.

Parmi ces réalisateurs « vétérans » qui s’orientent, au crépuscule de leur carrière, vers des formes de cinéma plus épurées, deux tendances semblent s’esquisser. Chez certains, ce dépouillement se fait vision du monde, expression d’un état, s’il n’est de sagesse, tout au moins d’apaisement, ou d’acceptation. Chez d’autres, cette simplicité a quelque chose de rigide, de scolaire, qui confine à une forme de platitude. Avec Amnesia, Barbet Schroeder officie plutôt dans la seconde catégorie.

Le récit, bâti sur un large éventail d’associations dialectiques (la jeunesse et la vieillesse, le passé et le présent, la musique classique et l’électro,…), se fixe comme projet de mélanger l’ancien et le nouveau pour parler d’un monde qui évolue, d’un pays – l’Allemagne – dont la fuite en avant ne saurait effacer les traumas historiques. Ainsi, pour comprendre et accepter, ce qui est enfoui doit revenir sur le devant de la scène – en l’occurrence, sur une côte sauvage de l’île d’Ibiza, où Martha a trouvé refuge, coupée du monde depuis plusieurs décennies. C’est l’arrivée dans la maison voisine de Jo, jeune musicien électro lui aussi allemand, qui va agir sur Martha comme un révélateur. À mesure que leur complicité se noue, que leur amitié mue en amour, au rythme lancinant de la vie qui s’écoule, imperturbable, sur ce bord de mer préservé du monde des hommes, le halo de mystère qui entoure Martha se fragilise – les non-dits éclatent, et la vérité est sommée de refaire surface. Cette femme qui a fait de sa vie une page blanche reprend l’écriture de sa propre histoire au contact de Jo, et, ce faisant, renoue avec l’Histoire.
 

Si le nom de la boîte de nuit où travaille Jo, qui confère au film son titre, participe d’une symbolique grossièrement esquissée, le dernier opus de Barbet Schroeder ne traite finalement pas tant d’amnésie que d’aveuglement. Amnesia est l’histoire d’une femme prisonnière d’une idée – une conviction qui la pousse à renier son pays et sa culture, alors qu’elle n’a pas été victime des traumas qui la hantent. C’est dans un mode de vie extrêmement austère, d’une simplicité presque originelle, qu’elle trouve le moyen d’annihiler le passé, et du même coup, le monde actuel, sur lequel il s’est construit. Dans la deuxième moitié du film, Barbet Schroeder ne lésine pas sur les dialogues explicites pour enclencher l’évolution de l’héroïne : sa conduite durant toutes ces années n’était pas tant une rébellion qu’une fuite de la réalité. On saura gré au cinéaste d’interroger ainsi, sans passer par le truchement du film historique, le poids de l’Histoire, pour le remettre en perspective dans une époque qui en est dénuée. Il n’en demeure pas moins que la prise de conscience de Martha et Jo sur la complexité de l’humain, suite au discours du grand-père de ce dernier, paraît bien naïve dans son exécution.

Au final, le comble pour cet Amnesia, film sur la trace (celle qu’on dissimule, puis qu’on accepte) et la persistance de la mémoire, c’est bien qu’il ne laisse aucune empreinte sur un spectateur ballotté tout au long du récit entre l’agréable (la naissance d’une liaison affective), l’embarrassant (les séquences musicales, porteuses d’une vision particulièrement surannée), et le laborieux (la seconde partie, qui vire à l’exercice démonstratif).

Titre original : Amnesia

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Durée : 96 mn


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