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Algunas bestias

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Huis-clos chilien sur une île à la manière de Buñuel.

« Famille, système clos, je vous hais »

Si ce film chilien de 2020 fait largement penser à L’ange exterminateur de Luis Buñuel (1962), il n’en a pas la subtilité vénéneuse. C’est simplement l’argument initial du film du maître espagnol qu’il faut considérer, à savoir des bourgeois enfermés en un lieu et qui ne peuvent plus en sortir, pour des raisons psychologiques, magiques, surréalistes. Ici, une famille se retrouve enfermée dans un île avec une vieille maison isolée alors que le gardien, qui avait été engagé pour la durée du week-end, s’est volatilisé et qu’il n’y a ni réseau téléphonique, ni embarcation disponible pour s’échapper. Il faut d’une part accepter cet a priori, mais aussi le fait que cette famille de nantis chiliens sont des décadents et que le père en voudrait au compagnon de sa fille, justement parce qu’il est d’origine apparemment autochtone. Décidément aucun pays n’est épargné actuellement à cause de la cancel culture et n’a de cesse de tourner le couteau dans la plaie. Ici, les malheurs du Chili de Pinochet affleurent même si rien n’est dit avec précision.

« Les bourgeois, c’est comme les cochons… »

En effet, Dolores et Antonio, couple de bourgeois qui portent en eux bien sûr toutes les tares, sont invités sur une île reculée par leur fille Ana, son mari Alejandro et leurs deux adolescents pour concrétiser un projet financier. Médiapart par la plume de Cédric Lépine qualifie le film en ces termes : « L’horreur familiale donne ici le vertige au profit notamment d’une description globale d’une classe sociale aisée enfermée sur elle-même comme sur cette île et qui est aussi décomposée en elle-même qu’à l’égard du reste de la société chilienne. » C’est une belle analyse sauf qu’on ne sait pas pourquoi ces parents sont devenus aussi mauvais, quelles sont les motivations qui les poussent à agir de manière aussi égoïste envers leur propre fille, leur gendre et les deux petits-enfants, allant jusqu’à l’inceste en ce qui concerne le grand-père et sa petite fille. Le parti-pris narratif qui semble vouloir aller crescendo est à accepter tel quel d’emblée, mais le spectateur est en droit de se demander quelles sont les raisons de cette violence : le racisme et l’intolérance de la classe dominante, même s’ils peuvent être envisagés, sont montrés de manière trop frontale et presque inutilement. Nous avons évoqué le film de Luis Buñuel précédemment, mais il n’en possède pas la subtilité avons-nous dit. On pourrait également aller regarder du côté de Salò de Pier Paolo Pasolini, mais sans la dimension cruellement et radicalement politique, proche de la folie.

Le couteau dans la plaie

Si Algunas bestias, avec son titre zoologiste qui se veut désinvolte, est remarquablement interprété par les sept personnages en quasi huis-clos, dont on retiendra surtout les deux parents interprétés par Paulina Garcia et Alfredo Castro particulièrement remarquables, il n’en demeure pas moins problématique sur ses intentions. S’il est une satire d’un certain monde social, il n’est alors pas assez ni caricatural, ni pamphlétaire. S’il est une comédie à tendance surréaliste, il manque de folie et de poésie. Et s’il est un pensum politique, il devient vite ennuyeux car les situations décrites deviennent par leur énormité presque des clichés tant sur l’avarice supposée des bourgeois, que sur la folie sexuelle qui peut les conduire à l’inceste ou au meurtre. « Algunas Bestias est un miroir, un portrait de la société chilienne, déclare le réalisateur dans le dossier de presse. C’est un film douloureux, naturaliste et urgent, qui s’attache à faire réfléchir le public, d’une manière franche et douloureuse. » On est bien d’accord, mais on aimerait qu’on nous explique en quoi cette peinture est seulement chilienne, on aimerait qu’elle soit universelle pour apporter une pierre supplémentaire à l’édifice de l’ethnologie.

 

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Durée : 95 mn


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