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36ème Festival du film de La Rochelle : tentative de bilan

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La 36ème édition du festival du Film de La Rochelle est l’occasion de se laisser provoquer des rencontres : pays, époques, genres, cinémas aussi divers que possibles, réunis en un seul lieu, pour le plaisir de partager une passion.

Le Festival de la Rochelle est à l’image de la ville : un port. Le rapprochement est facile aux bords de l’Atlantique, sans doute, mais traduit bien l’esprit de cet événement qui avant de juger, acclamer, évaluer, accueille simplement des œuvres, venues du monde entier. Evidemment, c’est une occasion à saisir pour les cinéphiles les plus curieux.

Derrière les deux tours qui enferment le vieux port, à l’abri des tempêtes de l’actualité, des flash et des prix, abordent les bateaux les plus diverses. Des grands navires transatlantiques, Nicholas Ray, côtoient des chalutiers locaux, dont la traversée de l’histoire du cinéma fût sans doute plus périlleuse, comme la famille tribu Stévenin, Raymond Depardon, faisant la place qu’ils méritent à quelques ferries européens qui naviguent solides et sans crainte de festival en festival : Mike Leigh par exemple, mais surtout Werner Herzog, que Sylvie Prat (directrice artistique du festival) fera bientôt transiter sur terre jusqu’à Paris, au Centre Pompidou, dans un élan digne de Fitzcarraldo.

300 pages de catalogue pour 10 jours de festival témoignent bien de la richesse de la programmation. Cela peut sembler convenu de dire que la qualité d’un festival réside dans la diversité de son offre, mais jamais cela n’aura été aussi vrai. La raison se situe dans une liberté éditoriale, d’un festival non compétitif. Autrement dit, avec leurs propres mots, « préférer la comparaison à la confrontation des œuvres ». Et ça marche. La Rochelle c’est un lieu où l’ on peut approfondir la connaissance du cinéma, à travers un panel des films qui va des classiques hollywoodiens au cinéma expérimental (hommage à Braquage), en passant par le nouveau cinéma belge francophone, à l’honneur cette année dans la section découverte. Avant-premières, tables rondes, présentations et débats témoignent d’une volonté pédagogique, d’un accompagnement des films auprès d’un public en général de seniors très fidèles.

Au vu de cette diversité, il est très difficile de faire un bilan de la manifestation. En cinéphiles solitaires, on s’est laissé bercer entre les films et les salles, se laissant surprendre, guider par un titre, porter par des intuitions plutôt que par un programme précis. On a pu ainsi découvrir en avant première le film du canadien Guy Maddin, Winnipeg mon amour, qui mérite d’être signalé. Le film, qui sortira en salle en 2009, est une sorte de journal intime en voix off du cinéaste, qui mêle souvenirs personnels et histoire de la ville, dans un montage frénétique d’images d’archives et reconstitutions, pour un résultat assez novateur et franchement étonnant, quoique un peu brouillé. Iceberg de Dominique Abel et Fiona Gordon, qui était passée injustement inaperçue lors de sa sortie en 2006. Tout joué sur des plans fixes, de gags burlesques, et un humour d’antan, ce film quasiment sans dialogues a pu ainsi profiter de la générosité de ce festival pour y rencontrer à nouveau le public, qui, à juger de rires dans la salle, a bien apprécié.

 Mais encore plus qu’un lieu de découverte, le Festival de La Rochelle, permet surtout de re-découvrir des films, les arrachant aux compressions DVD, aux passages nocturnes à la télé, à l’ennui des séances universitaires. Quel bonheur de voir Rapaces, ou d’autres chef d’œuvres de Von Stroheim ou Sternberg accompagnés au piano, ou de pouvoir apprécier à nouveau les couleurs et la grandeur du cinémascope de Nicholas Ray, sur des copies en parfait état. On s’étonne à nouveau, à l’ère numérique, de la beauté de la salle et de la copie : heureusement que les festivals existent.

A cette époque incertaine et trouble, entre la remise en questions de financements pour la culture et le développement de la consommation culturelle rapide et jetable, le choix de prendre le temps d’apprécier les films, d’en parler, les dépoussiérer, sans aucun but lucratif, tient presque du courage dont faisait preuve le copiste au Moyen Age… transmettre, diffuser, partager : une véritable passion.


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