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W.

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Le dernier film d´Oliver Stone est une belle oeuvre de ciné-fils. Un peu de cinéphilie, beaucoup d´émotions, et surtout une figure paternelle qui renforce le message du cinéaste.

L’histoire, tout le monde la connaît. Bush Jr devient président en l’an 2000 après avoir légèrement battu Al Gore au cours d’une campagne électorale mouvementée. Jusqu’en septembre 2001, Bush enchaînera gaffe sur gaffe jusqu’à cette triste date qui entraîna les USA dans l’un des plus tortueux conflits de son Histoire. 7 ans plus tard, des milliers de morts et une économie en dents de scie, Bush est toujours présent, quitte à dégoûter définitivement ses détracteurs. Ce petit bonhomme a toujours été dessiné comme un débile conséquent, illettré et profondément bourrin, or l ‘erreur est humaine, car nous savons tous qu’il est plus facile de se gausser des facéties visuelles et verbales de ce personnage. N’oublions pas que cet ancien alcoolique a relevé le menton d’une façon si spectaculaire qu’il réussit à empocher le mandat de gouverneur du Texas, et surtout à se hisser au sommet du pouvoir suprême. Le mystère n’est pas si entier et le cinéaste Oliver Stone tente de le percer en apportant une réponse assez simple et naïve à la fois : tout est question de famille !

W. est une œuvre intéressante car empreinte d’une émotion qui se distille lentement et dont la force est liée à une narration fluide et respectueuse de son sujet. Oliver Stone n’a jamais été aussi à l’aise avec une caméra, et son acuité du regard est totalement bouleversante, tant il ne prend à aucun moment de haut son personnage, le sous-estimant comme l’avait fait dans un autre registre, son confrère Michael Moore (voir Fahrenheit 9/11). Même si la partie la plus faible réside dans le passé mouvementé du fiston, W. s’oriente très vite vers un drame habile dont le fil conducteur se pose délicatement sur les séquences étirées de Stone. Il faut voir la mise en scène utilisée dans les scènes de brainstorming à la Maison Blanche. Le génie de l’auteur de JFK est de placer ses personnages tels des pions sur un échiquier bancal. Tous, de Condoleeza Rice à Colin Powell, tous ont des raisons d’y croire et tous ont un temps de parole équitable. Regardez la position de Josh Brolin (interprète-titre), observez ce jeu tout en retenue que la lumière de Phedon Papamichael (Chef op de Walk the Line et de 3h10 pour Yuma) met tragiquement en valeur. Stone a saisi la règle d’or d’un biopic : ne jamais valoriser son héros, quitte à le triturer progressivement.

Là où Stone frise le génie, c’est dans ce fil conducteur qu’il choisit de développer. Cette relation filiale est d’une parfaite constante, offrant quelques séquences surprenantes et tendres. Lorsque Bush Sr demande à son fils de l’épauler dans la compagne présidentielle de 1988, on atteint le paroxysme de l’imaginaire et de la cinéphilie. De Moonfleet (Fritz Lang, 1955) à la série des Antoine Doinel, c’est tout un pan du cinéma qui est convoqué par Oliver Stone. Selon lui, le cinéma est la seule opportunité de se trouver une famille, un père ou un sens. Dans W. , il choisit de filmer un jeune homme qui a toujours voulu plaire à son père, qui a toujours désiré être compris, être pris par la main et emmené vers je-ne-sais quel horizon. Certaines figures paternelles refusent de faire tomber leur masque devant des fils désespérés et c’en est regrettable car le temps avale tout sur son passage, et les regrets forment toujours une légion imparable. Lorsque Bush Sr désire féliciter son fils d’avoir obtenu le poste de gouverneur, il choisit de le faire par écrit. Toute la compassion de Stone devant cette relation se trouve dans cette lettre, mais il n’oublie pas pour autant de présenter un personnage qui voulait devenir entraîneur de base-ball !

Titre original : W. - L'improbable Président

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