My name is Hallam Foe

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Il rêve… ou peut-être pas. Pour sûr, Hallam est bel et bien dans son monde. Aux confins entre l’enfance et l’âge adulte… l’adolescence? Non… pire: l’adulescence!

My name is Hallam Foe s’ouvre sur un générique sous forme de dessin animé. Il y a des oiseaux et des arbres, le ciel est bleu et la végétation luxuriante. Un tel choix esthétique en prémice d’une œuvre cinématographique laisse présager d’un développement, sinon comique, du moins ironique. Mais avec Hallam (Jamie Bell), rien n’est jamais si simple. Le générique donc, serait peut-être une évocation du monde complexe et énigmatique de ce jeune adulte. Ce garçon décalé aux airs de premier de la classe, cache derrière ses jumelles une douleur qui le guide au quotidien. Il y a deux ans, Hallam a perdu sa maman. Depuis, sa seule et unique occupation est d’espionner les autres (surtout dans des situations où ils sont dénudés…) de son arbre-cabane : un voyeurisme salvateur et réparateur, permettant au jeune Hallam de devenir poète de sa réalité. Ses jumelles le tiennent à distance du monde réel. Il peut ainsi l’interpréter à sa guise, tout en ayant l’impression d’être le spectateur privilégié de la vie. Il s’invente à chaque instant un univers proche des comics, qui le protège tout en ne l’excluant pas totalement. C’est sa façon bien à lui de vivre avec la mort.

L’existence d’Hallam ne se réduira pas à cette cachette presque secrète. Remarié avec sa secrétaire, son père lui impose cette marâtre trop sexy pour être honnête. De difficiles relations avec son paternel se conjuguant à d’ambiguës attitudes de la belle-mère, agrémentées par le départ de sa sœur, Hallam n’a d’autre choix que de quitter la campagne écossaise, en secret, pour se rendre à Edimbourg. Une attirance mythique de la ville qui permettra à Hallam de se libérer du fardeau familial. La complexité du personnage d’Hallam permet toutes les audaces scénaristiques et esthétiques. La ville est un terrain de jeu, Hallam y vit tel un aventurier. Prêt à tout parce qu’au fond, il n’a vraiment plus rien à perdre. Au détour d’une rue (qui n’est pas s’en rappeler des images de Jack L’Eventreur), l’adolescent fera l’expérience d’une apparition divine venue de l’au-delà. L’espoir naît à cet instant, magique et insaisissable. Dès lors il n’aura qu’un seul objectif : suivre et apprivoiser la jeune Kate (Sophia Myles), au visage rond et doux, au sourire et au regard maternels.

Employé le jour dans l’hôtel où Kate travaille, caché la nuit dans une tour ayant l’avantage d’avoir une vue directe sur les fenêtres de la jeune femme, Hallam (toujours armé de sa paire de jumelles) s’incrustera dans un quotidien qu’il va finir par faire sien. Tour à tour complices, amants, amis et ennemis, Hallam et Kate formeront un duo insolite. Leur relation évoluera sans cesse au gré des confidences. Finalement, ces deux être solitaires s’apprivoiseront : l’un est le reflet de l’autre et renvoie  indubitablement à son double l’image que chacun tentait de dissimuler. Plus qu’un amour passionné, Hallam règle son œdipe avec Kate. Il n’est donc jamais trop tard. Ce deuil (renoncer à tuer son père afin d’épouser sa mère), en engagera inévitablement un autre. Car comment aurait-il pu auparavant accepter la mort de sa mère? Cela s’appelle devenir adulte, peut-être. Cela s’appelle surtout vivre sa propre existence. Car en intégrant le contenu préétabli de la mort en soi, une vie ne sommeille plus, elle s’épanouit ! Confrontation avec son double. Confrontation avec la mort.

Ce qui aurait pu être un film gras et vulgaire, se révèle consister en un conte poétique sur les forces de l’amour, sur les difficultés du deuil, la compréhension et la capacité à pardonner. Hallam, personnage déroutant, presque pervers, est filmé avec tendresse dans une mise en scène pudique aux couleurs automnales. My name is Hallam Foe est un beau film. Émouvant et attachant. Comme son personnage principal. Une oeuvre qui peint la vie des adultes dans le regard d’un enfant. Tout est dit :  « il faut regarder toute la vie avec des yeux d’enfants » (Henri Matisse).

Titre original : Hallam Foe

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Durée : 95 mn


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