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Les Espions (Spione)

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Au regard de la filmographie de Fritz Lang, on comprend pourquoi son aura est toujours intacte et sa source d’inspiration aussi intarissable. Que ce soit Metropolis et son architecture futuriste ou M, Le Maudit et le thème de la double identité, le cinéaste allemand fut le plus novateur des années 30 et sut imposer des […]

Au regard de la filmographie de Fritz Lang, on comprend pourquoi son aura est toujours intacte et sa source d’inspiration aussi intarissable. Que ce soit Metropolis et son architecture futuriste ou M, Le Maudit et le thème de la double identité, le cinéaste allemand fut le plus novateur des années 30 et sut imposer des codes encore inchangés à ce jour. Les Espions, tourné en 1929 dans les studio de la UFA, quitte l’esprit futuriste de Metropolis, son précédent opus, pour s’inscrire dans un réalisme bluffant. Ce film muet étonne grâce à son écriture avant-gardiste et à son scénario aux multiples ressorts.

Des documents secrets volés dans le bureau des archives du consul de Novonie oblige le Ministère de l’Intérieur à engager son détective le plus compétent pour régler cette affaire : N° 326, alias Donald Tremaine. Pour contrer cette enquête, le chef du réseau d’espionnage, Haghi, envoie sa collaboratrice Sonja. Le charme de Tremaine ne la laisse pas indifférente et l’efficacité de son travail est entravée. Décidée à abandonner cette mission, Haghi la contraint toutefois à poursuivre afin d’obtenir la date et le lieu d’échange de documents secrets avec l’Espagne. De son côté, Tremaine est effondré par la véritable identité de Sonja. Mais malgré les menaces de mort et la déception, il continue sa mission et parvient à découvrir la tête pensante du réseau.

Inspirée de faits réels, Théa Van Harbou, scénariste et femme de Fritz Lang, signe une magistrale histoire d’espionnage dont les codes et les filons seront employés, par la suite, avec brio ou désastre. Dans un décor dépouillé (faute de budget), les personnages deviennent le point d’attention du spectateur. Haghi, cloîtré dans un bureau sophistiqué, est un chef de réseau manipulateur et machiavélique. Son sourire cynique, son autorité et sa soif de pouvoir permettent une identification de « l’ennemi-type ». Face à lui, Songa, sa collaboratrice, fait l’objet d’une recherche dans sa personnalité et devient ainsi le personnage le plus exploité. Archétype de la femme fatale et partagée entre son amour et son devoir, sa palette d’expression surprend.

De surcroît, le personnage d’agent secret Tremaine séduit par son charme et son jeu comique et tragique. Mais le plus insolite est la ressemblance qui vient à l’esprit du spectateur : vêtu élégamment, séducteur, beau-parleur et sensible aux mailles de l’amour, il rappelle un autre grand agent secret devenu populaire et immanquable depuis son entrée au cinéma : James Bond. Le nom de Tremaine pour son directeur est d’ailleurs un chiffre : N° 326. Le ton du film surprend par son modernisme. Des gadgets électroniques (un micro-appareil photo, première antenne de communication) ainsi que les nombreux travellings durant les courses-poursuites inscrivent ce film dans une intemporalité.

On pourra reprocher une approche trop simple et facile de l’histoire basée sur des clichés et des archétypes : le séducteur, la femme-fatale, l’espionne entre devoir et coup de foudre…Mais on ne peut rester que pantois devant la structure infaillible du scénario. Plongeant les spectateurs, dès la première scène, dans un vol de documents de la plus haute importance, Thea Van Harbou abuse de nœuds dramatiques tous aussi crédibles les uns que les autres. Elle trouve la parade à l’ennui et aux arcs scénaristiques outranciers. Multipliant les rebondissements, le spectateur est pris dans le tourbillon de l’espionnage et de l’enquête, ponctué par le romantisme du couple. Le seul bémol serait la trop longue mise en place de l’intrigue. Apres les premières scènes qui annonçaient un rythme haletant, le film souffre d’une lenteur et d’une confusion des personnages. Au final, Les Espions est un modèle du genre que personne n’ose contester, définissant intrigue et personnages.

Au delà du scénario, Fritz Lang garde sa patte esthétique et insère ses thèmes de prédilection : la culpabilité et le pouvoir. Ici, le Ministère de l’intérieur devient l’objet de rumeurs moqueuses à son égard. Il a donc recours aux agents secrets. Quant à la culpabilité, elle est retranscrite par Songa, résignée à son travail d’espionne. C’est aussi avec brio que Fritz Lang met en scène. Héritage de son passé de peintre, les cadres délimitent l’action jouée et les images regorgent de jeu d’ombres et de lumières (sans aller dans l’expressionnisme). L’ingéniosité de Lang est aussi présente dans le contournement de règles du muet. En fait, les informations entre Haghi et sa secrétaire défilent dans la pancarte automatisée remplaçant les cartons habituels.

Dans un rythme haletant, Les Espions impressionne par la maîtrise du suspens, le dynamisme des actions, l’affirmation des codes du genre et par l’esthétique langienne.

Titre original : Spione

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Durée : 90 mn


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