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La Meute

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Un western rural gore ? Un torture porn potache ? Peu importe le rayon dans lequel il sera rangé, « La Meute » est un sympathique film de genre, à la fois drôle et malsain.

Franck Richard est un filou. Avec ce premier film, on croit être embarqués dans un énième torture porn façon Saw, mais pas du tout. On croit à une trame tragico-psychologico-maternelle qui motiverait La Spack (Yolande Moreau) à vider de leur sang de jeunes gens qu’elle kidnappe à l’aide de Max, son angélique fils (Benjamin Biolay), mais pas tant que ça. On croit à un happy end qui verrait Charlotte (Emilie Dequenne), la final girl, échapper à son funeste destin grâce à son inaltérable instinct de survie. Encore raté. Définitivement, le jeune réalisateur français se joue des habitudes du film de genre pour mieux surprendre. Et même si tel n’est pas toujours le cas (pas très original le coup de l’auto-stoppeur, un peu naïve l’histoire des monstres-mineurs), le scénario a au moins le mérite de travailler le décalage en montrant l’horreur dans ce qu’elle a de plus triviale, voire mécanique, de l’ancrer dans un paysage rural familier – la campagne belge –, et de faire du bourreau, La Spack, un personnage bicéphale, ordinaire et sanguinaire à la fois, capable de découper à la scie à ruban des membres humains juste avant d’étendre son linge.

 

Dans un décor mi-rural, mi-western, La Meute affiche une certaine fraîcheur, un dynamisme indéniable (le film ne dénombre que très peu de temps morts), et des dialogues à l’humour potache souvent hilarants (de Franck Richard lui-même) et interprétés par un casting royal. On connaît le penchant de Yolande Moreau pour les rôles de tordue. Elle excelle encore ici, en psychopathe nourricière, trônant sur sa chaise à bascule, fusil de chasse à la main (tel le consanguin au bandjo accueillant Burt Reynolds et ses petits camarades de randonnée dans Délivrance), tout en chantonnant d’une voix haut perchée un air tout à fait délicat. D’aucuns diront qu’elle fait ici du « Deschiens » bis, mais ses intonations et son jeu particuliers, tout en intériorité et imprévisibilité, apportent une tension permanente et un sentiment fort de violence imminente. Quant à Emilie Dequenne, dont l’allure est manifestement marquée du sceau de la dessinatrice Tanxxx (à qui l’on doit le fameux Rock Zombie et qui a collaboré au story-board du film) elle apparaît tout en rage, tatouages et maquillage, et brille dans les scènes de panique. A côté de ces deux personnages féminins extrêmement forts, voire invincibles (du moins jusqu’à un certain temps), Benjamin Biolay paraît, lui, bien terne, incarnant un personnage faussement tiraillé entre complicité et compassion, pas très bien dessiné, un peu mou du genou… De son côté, la meute de goules n’est pas particulièrement originale, on apprécie ou pas leurs tortillements excessifs lorsqu’ils sortent de terre, on apprécie ou pas le monstre en bleu de travail (un côté « Emile le tueur » un peu gênant).

Pour un premier long métrage, Franck Richard impressionne par la maîtrise de son sujet. La mise en scène et les cadrages sont particulièrement soignés, parfois astucieux, jouant sur un hors-champ dont l’usage ne sert pas forcément à suggérer l’horreur, mais plutôt à jouer avec nos attentes, à mener vers de fausses pistes. Certaines scènes sont exhaussées par une partition musicale signée Chris Spencer (Unsane) et Ari Benjamin Meyers (Einstürzende Neubauten), manifestement influencée par John Carpenter et ses partitions minimalistes répétitives ; et par de petites originalités visuelles ou auditives : le flashback embué révélant la tentative d’empoisonnement de la Spack à l’endroit du « chérif » Chinaski (Philippe Nahon), ou encore l’altération du son coïncidant avec la perte d’audition d’Emilie Dequenne lors de la scène d’attaque des monstres. Un seul bémol demeure : l’appréhension des principaux espaces du film – la ferme/bistrot de La Spack et la cabane du terril – est particulièrement difficile, trop elliptique. Franck Richard semble s’être davantage focalisé sur le motif humain et pèche par un manque flagrant de distance par rapport à l’espace. On aurait aimé que les décors hyperréalistes du film, servis par une belle photographie, prennent un peu plus de place et de sens (qui dit séquestration, dit lieu dans lequel on maintient la victime enfermée. Que serait Le Sous-sol de la peur sans le travail de Wes Craven sur l’espace ?).

Malsain, surréaliste et drôle, La Meute est un bon film de genre, parfois audacieux, parfois moins, mais laissant présager de bonnes choses pour le cinéma fantastique français.

Titre original : La Meute

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Durée : 85 mn


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