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La Fontaine d’Arethuse (Törst)

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Adapter les nouvelles de Brigit Tengroth, c’est arpenter le chemin sinueux des relations amoureuses par l’intermédiaire d’un entrelacs varié fait de souvenirs et d’expériences de vie, entre souffrances, fatalités et obligations. Pour cela, Bergman entreprend une partition qui privilégie la polyphonie vocale d’une galerie de personnages interagissant continuellement, rompant ainsi avec l’idée même du récit […]

Adapter les nouvelles de Brigit Tengroth, c’est arpenter le chemin sinueux des relations amoureuses par l’intermédiaire d’un entrelacs varié fait de souvenirs et d’expériences de vie, entre souffrances, fatalités et obligations. Pour cela, Bergman entreprend une partition qui privilégie la polyphonie vocale d’une galerie de personnages interagissant continuellement, rompant ainsi avec l’idée même du récit linéaire, bien trop académique pour développer ses thématiques. S’interrogeant sur l’usure du couple, il préfère nous plonger dans les méandres torturés de ses personnages et utiliser un temps multiple entre passé et présent.

Explorateur de la psyché humaine, Bergman porte un regard lucide mais implacable sur les doutes qui assaillent un couple traversant par le train une Allemagne d’après-guerre en ruines. Si l’association d’un tel décor aux tourments des personnages nous rappelle les films de Rossellini, Bergman y apporte une touche très personnelle par le rythme soutenu des dialogues, des situations de crises et des imbrications temporelles. La grande qualité de ce premier chef-d’oeuvre réside sans nul doute dans la capacité du cinéaste à s’emparer de thèmes (l’usure du couple, l’incompatibilité entre les sexes, l’enfer de la solitude…) pour les triturer jusqu’à l’épuisement.

Le jeu continuel des souvenirs filmés entre deux disputes, est un moyen proposé par Bergman, pour disséquer les rapports homme – femme avec brutalité. Rien n’est laissé au hasard et Rut comme Bertil semblent emprisonnés par leur passé. Cet apport de la psychologie soulève la modernité du film et l’aisance d’un réalisateur à mélanger les tons et les approches de mise en scène, n’hésitant pas à dynamiser son métrage pour que celui-ci soutienne la force des propos délivrés. Si la guerre des sexes a bien lieu dans La Fontaine d’Arethuse, elle conforte néanmoins l’idée que se fait Bergman sur le besoin de coexistence.

Les séquences parallèles sont à ce titre d’une noirceur froide et distinguent conséquemment l’homme de la femme dans son rapport social. La femme est souvent trompée, trahie ou seule. Raoul ment à Rut (premier souvenir) et n’avouera son statut d’homme marié qu’après avoir été confondu par son épouse. Abandonnée et blessée dans sa chair (elle se fera avorter), Rut ne peut plus concevoir les relations avec la gente masculine de la même manière. D’une certaine lâcheté, Bertil n’ose pas affronter la vérité de sa relation adultérine avec Viola. Celle-ci, harcelée par son psychiatre et séduit par son amie d’enfance, se jettera à l’eau. La somme de ces expériences font du couple Rut-Bertil un réceptacle aux disputes, aux heurts, aux rancoeurs mais aussi à un certain parcours de vie qui les rapproche. Cette unique dimension assure l’incroyable complexité du cinéma bergmanien sur les relations entre les êtres.

Malgré les envies de fuite et de meurtre qui planent au-dessus des deux amants, Bertil demande à Rut de rester près de lui. Si la vie est semée d’embûches, Bergman délivre un message : il vaut mieux affronter la vie en couple que de la subir seul.

Titre original : Törst

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Durée : 88 mn


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