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Jane Got a Gun

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Un western professionnel mais très mineur. Pour le plaisir de voir Natalie Portman en découdre.

C’est toujours la même loi du Far West, que chacun a appris à connaître, qui tisse une fois encore le récit de ce western de Gavin O’Connor, déjà réalisateur de films honnêtes mais très oubliables comme Le Prix de la loyauté (2008) ou Warrior (2011). Autrement dit, le langage est celui de la violence, des têtes sont mises à prix, ici en l’occurrence celle du bandit Bill Hammond pour avoir trahi son propre clan, les Frères Bishop, afin de sauver la femme dont il est tombé amoureux, Jane, d’une vie passée au lupanar. Et dans cet univers hostile aux paysages nord-américains aussi arides que somptueux : « If you’ve got no gun » … Justement, Jane, avant tout armée de la détermination naturelle de Natalie Portman, se trouve vite dans l’obligation de compléter sa force d’un efficace gun pour se préparer à l’assaut des frères Bishop qui ont laissé son époux à moitié mort. Celui-ci alité et donc incapable de l’aider, Jane s’en va demander secours à son premier mari et père de sa première fille, qu’elle croyait avoir perdu à la guerre. Toujours amoureux d’elle et bien que détestant Bill Hammond, Dan Frost finit par accepter de l’aider à transformer sa maison isolée en piège pour vaincre le gang ennemi.
 

A partir de ce canevas assez simpliste sombrant souvent dans le cliché et souffrant de failles scénaristiques, se greffent sans surprise des personnages caricaturaux propres au genre. C’est ainsi que les nasty Frères Bishop présentent les grossiers attributs physiques de vils bandits (l’un a un tatouage menaçant sur le visage, un autre est balafré, un autre encore franchement attardé). Seul Ewan McGregor, cheveu corbeau et faux airs de Daniel Day-Lewis, ayant troqué son accent britannique contre un truculent parler de l’Amérique profonde, tire son épingle du jeu en machiavélique chef de gang. Les deux hommes de la vie de Jane, quant à eux, Dan Frost et Bill Hammond, forment de pâles figures qui rappellent les rôles attribués de manière générale aux femmes dans les westerns…

Aussi, si l’on excepte quelques scènes visuellement réussies (l’assaut final), la sympathie du film réside plutôt en son héroïne. Elle s’inscrit dans la courte liste de femmes de l’Ouest qui sont autre chose que des faire-valoir. Eloignée de la Jennifer Jones de Duel au Soleil (King Vidor, 1946) ou de l’inoubliable Vienna en chemisier jaune de Johnny Guitare (Nicholas Ray, 1954) elle est plus proche de la contemporaine Haille Steinfeld du True Grit (2010) des Frères Coen, jeune fille sûre d’elle et inflexible dont le but était de venger la mort de son père. La profondeur de Natalie Portman, qui s’essaye ici au western en personnage décidé et singulier, donne son charme à ce divertissement professionnel mais assez quelconque.

Titre original : Jane Got A Gun

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Durée : 98 mn


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