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Chantons sous la pluie

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« You’ve seen one, you’ve seen them all. »

Beaucoup connaissent la scène dans laquelle Gene Kelly danse et chante sous la pluie, en s’accrochant à un réverbère et en partageant sa joie avec un policier dubitatif, scène qui a donné au film son titre et n’a en effet rien volé de son succès.
Il ne faudrait pas, pourtant, que cette séquence légendaire phagocyte le film dont elle est issue, ou qu’on réduise Singin’ in the rain à un simple enchaînement de scènes musicales, tout aussi réussies soient-elles – piège d’ailleurs afférent au genre de la comédie musicale dans sa globalité.
A l’image de Singin’ in the rain ou d’un entraînant « Good Morning » entonné en chœur par les trois protagonistes après un verre de lait, le film de Stanley Donen et Gene Kelly propage, pour rester dans le thème de la météorologie, un vent de fraîcheur et de bonne humeur contagieuses, qui peut nous apprendre à braver les tempêtes de la vie.
Encore une fois, il ne faut cependant pas en oublier l’histoire que le film narre. Un acteur star du muet y tombe amoureux d’une chanteuse à l’heure où l’on produit les premiers films parlants – il est, autrement dit, d’hier et elle, de demain.
Contrairement aux nymphettes énamourées qui s’agglutinent en masse à ses premières ou aux flagorneurs hypocrites qui y sont également légion, Kathy tient tête à Don Lockwood. Sa franchise décontenance d’abord la star avant de le séduire.
Mine de rien, le film fait réfléchir sur le divertissement, la machine à rêves d’Hollywood et ses ficelles. C’est en effet toute une réflexion sur le rôle du cinéma qui innerve le film, et ce même jusque dans les numéros musicaux, qu’on aurait été, peut-être, tenté de taxer au premier abord de gratuité.
« Make ’em laugh », par exemple, porté par le drôlatique Donald O’Connor, incarne cette question et donne une réponse, très claire : le septième art doit divertir, faire rire et chasser les soucis, au moins provisoirement, nous lancé l’énergique comédien, un sourire têtu posé sur son visage mutin.
L’intérêt aussi du scénario, imputable à Adolph Green et Betty Comden, consiste à se situer à une période charnière de l’histoire du cinéma, à savoir le passage du muet au parlant, d’abord accueilli avec condescendance et circonspection par des producteurs aussi éminents que frileux. A l’heure où les studios hollywoodiens multiplient remakes, suites et autres reboots ad nauseam, la question du manque d’inspiration et de réchauffement de plats déjà moult fois servis s’avère tout à fait actuelle.
En jeu se trouve aussi, en filigrane, la mise en question de l’idéal souvent assez douteux proposé par l’usine à rêves hollywoodienne : Don Lockwood déteste en fait celle qui incarne à l’écran son inséparable moitié, et c’est Kathy qui va doubler la fameuse diva Lina Lamont subterfuge finalement révélé au grand jour par la vedette et son producteur.
Il émane du film une ingénuité, une candeur, également une impression d’achèvement quant aux numéros musicaux et à la manière non artificielle dont ils sont intégrés à l’intrigue évoquée. Les interprètes principaux déjà cités, auxquels il faut ajouter la sémillante Debbie Reynolds, achèvent enfin d’emporter la sympathie du spectateur. Comme Kathy à Don en parlant de ses films de cape et d’épée, on pourrait dire, mais de façon élogieuse cette fois, à propos de Singin’ in the rain et des comédies musicales : « You’ve seen one, you’ve seen them all.« 

Titre original : Singin' in the rain

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Durée : 103 mn


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