Blue Steel

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Létale attraction.

Baptême du bleu

Bleu; le titre annonce la couleur. Un programme colorimétrique totalement tenu. Amir Mokri, le directeur photo, officie tel un bon disciple d’Yves Klein en sélectionnant et soulignant le moindre objet apparemment insignifiant, comme les gobelets ou autres packagings, pour saturer l’écran. Le bleu des faisceaux lumineux diaphanes dont Spielberg aime inonder ses nuits inquiétantes. (Plus largement, la teinte est un marqueur esthétique indéniable des années quatre-vingt). Le Bleu des yeux de Megan Turner (Jamie-Lee Curtis), dans lesquels se lisent tous ses espoirs et sa détermination. Bleu comme le doux qualificatif dont on aime affubler un novice lors de sa prise de fonction, la naïve Megan illustrant ici parfaitement l’archétype.

Le bleu d’un uniforme policier généralement réservé à la gente masculine dans les polars hollywoodiens dopés à la testostérone. Mais derrière la caméra, une femme, Kathryn Bigelow, redistribue les costumes. Girl Power en marche, c’est Megan qui porte légitiment un flingue à la ceinture. Si la jeune femme a encore besoin par moments d’une épaule pour verser quelques larmes, le corps tout en muscle sait s’imposer dans l’adversité. Megan, un personnage de la trempe de l’inoxydable Sarah Connor, traçant la voie aux valeureuses et athlétiques combattantes qui triomphent aujourd’hui sur pellicule et dans les jeux vidéo. Face à elle, le trader psychopathe, incarné par un Ron Silver qui n’a jamais malheureusement jamais brillé par sa finesse de jeu, se prend pour un mâle dominant lorsque le hasard met entre ses mains un rutilant et perforant six-coups.

Leçon de géométrie

Bigelow inverse les rôles mais sans révolutionner le genre pour autant. Pour son premier « gros projet » hollywoodien, la réalisatrice joue  la carte de l’assurance en se lançant dans un classique exercice de style. Un travail de bonne facture, carré, efficace. Menée tambour battant, l’action ne faiblit pas, laissant juste le temps pour introduire une dose de psychologie nécessaire à l’empathie. Le pitch, un amant qui vous veut du mal, ne brille nullement  par son originalité. Et le scénario qui s’obstine à en suivre la direction finit par multiplier les rebondissements redondants. Dont une musique souligne trop fortement les enjeux.

La touche Bigelow ne manque pas de s’affirmer dans la mise en scène. On appréciera son sens du cadrage, le soin apporté pour saisir la verticalité des situations, comme lors de la scène de la cérémonie d’intronisation où les nouveaux agents de police respectent fièrement leur rang. Ce désir constant de rappeler la rigidité, l’enferment de son personnage principal pour qui le métier est avant tout un devoir moral. Les dilemmes ne doivent pas obstruer le désir de justice. La lumière accentue les traits saillants et volontaires du visage de l’actrice principale, contrastant avec la douceur de son regard. Pour rappeler la dualité d’une femme qui doit encore travailler sur elle même pour réussir à s’imposer totalement dans un univers des plus rugueux.

 

 

 

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Durée : 100 mn


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