Vingt dieux

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Un vrai faux documentaire d’apprentissage et d’émotion !

Ne vous laissez surtout pas distraire par le thème du film qui vous sera sans doute résumé par les réseaux sociaux. Bien sûr, il est question dans ce film d’un jeune paysan qui reprend la ferme de son père et tente de faire le meilleur comté de la région. Mais ce n’est pas seulement un documentaire sur les malheurs de la vie à la, campagne ainsi que des films magnifiques les avaient, il y a peu, dépeints magnifiquement tels que Petit paysan (Hubert Charuel, 2017) et La ferme des Bertrand (Gilles Perret, 2023). Ici, pour son premier long-métrage, Louise Courvoisier va encore plus loin que son court-métrage, Mano a mano, qui célébrait le milieu de cirque dont elle est issue. Mêlant fiction et réalité, Vingt dieux est lancé comme ce juron qui l’a longtemps intriguée et qui est comme un cri que l’on jette au visage de la vie qui pousse parfois le bouchon un peu trop loin !

Le film commence en effet comme un documentaire. La caméra de Louise Courvoisier qui a longtemps vécu à la campagne dans cette région de la Franche-Comté qu’elle décrit bellement, erre dans une foire de campagne et, en deux plans, elle décrit par des images ce qu’elle ressent : une jeune génisse qui se prélasse dans une voiture à la manière de Kusturica et un jeune blondinet, un peu saoul, qui se fout à poil et montre ses fesses à la caméra et le reste à ses copains éméchés, agglutinés autour de la table qui lui sert de scène. C’est Totone qui va briller comme un soleil avec sa tignasse blonde dans tout le film, incarné par le jeune Clément Faveau que l’on retrouvera sans doute au cinéma car il a déjà en lui tout le talent d’un jeune Benoît Magimel. La jeune réalisatrice est prometteuse elle aussi car elle a le sens de l’image et surtout elle connaît parfaitement la direction d’acteur car elle dirige de main de maître ces jeunes souvent non professionnels et nous propose sans doute l’un des plus beaux films en cette rentrée morose et sans surprise. Il faut dire qu’après une enfance à la campagne, elle a choisi de faire un baccalauréat cinéma, puis l’école de cinéma La CinéFabrique de Lyon. Les images sont magnifiques et inoubliables et elles sont dues à Elio Baleziaux lui aussi diplômé de La CinéFabrique, session 2019, et chef opérateur sur le dernier fim de Sébastien Lifshitz, Madame Hoffman. Présenté cette année au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, Vingt dieux vient confirmer le talent de celle qui, pour le court-métrage Mano a mano, avait obtenu le Premier prix de la Cinéfondation à Cannes en 2019.

Composé comme un western rural, on pourrait dire que ce film redonne vie à la campagne, lui offre un chant d’amour à travers l’apprentissage (voire l’initiation) d’un jeune homme, qui aurait pu sombrer dans le désespoir et l’alcool, à la beauté du geste – la fabrication d’un délicieux fromage -, la direction d’une ferme à une époque où le monde paysan est méprisé par les élites européennes et françaises et, bien sûr, la découverte de l’amour, en passant par l’éducation sexuelle, qui reste quand même le fond de commerce principal de l’art cinématographique. Mais traité ici avec finesse et humour par cette jeune réalisatrice découverte elle aussi par La CinéFabrique comme récemment Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon pour leur film Mourir à Ibiza en 2022. On parlera sans doute beaucoup de ce film, du moins on l’espère, car il fait éclore de jeunes talents admirables, mais pas seulement au niveau de la caméra et du jeu, mais aussi de la musique. Louise Courvoisier le confie dans le dossier de presse du film : « Quant à la musique, elle est signée par mon autre frère et ma mère : Charlie et Linda Courvoisier. Nous avons cherché des sonorités ensemble, notamment celles qui sont propres au western. Je souhaitais une musique à la fois épurée et expressive. C’est aussi ma famille qui a interprété la musique et les voix, mes parents étaient musiciens professionnels avant de se reconvertir dans l’agriculture. » Le film a reçu le prix Jean Vigo du long-métrage 2024 et c’est bien mérité !!

 

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Durée : 90 mn


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