Stalag 17. Sortie DVD/ Blu Ray chez Rimini Editions

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Plus qu’un film de guerre (puisque l’action se passe dans un camp de prisonniers de guerre en Autriche fin 1944), Stalag 17 est une comédie à suspense, la question étant de démasquer un mouchard qui, dans une baraque d’Américains, travaille pour les geôliers nazis. Le coupable ne sera pas forcément celui que tout paraissait désigner, mais au contraire le moins soupçonnable des détenus. Nouvel opus très brillant de Billy Wilder.

 

Issu d’une pièce de théâtre montée à Broadway en 1951 (écrite par Donald Bevan et Edmund Trzcinski[1], ce dernier faisant une apparition dans le film), Stalag 17 (grand succès commercial qui valut l’oscar à William Holden) est théoriquement un film de guerre, puisqu’il se déroule dans un camp de prisonniers dont des Américains en Autriche fin 1944, au moment où les nazis lançaient leur dernière offensive à l’ouest dans les Ardennes. Mais dès le départ le ton est donné par un narrateur (Cookie/Gil Stratton) qui s’exprime en off : «  J’en ai plein le dos de tous ces films de guerre » avec leurs histoire de chars ou d’avions (ici il s’agit d’aviateurs américains faits prisonniers après que leur avion ait été abattu : il n’y a pas de scène de guerre).

En fait, c’est à une sorte de huis clos que le spectateur assiste, dans une des baraques du camp dénommé « Stalag 17 » (certaines scènes se passent cependant en plein air : dans la cour boueuse du camp, devant le bâtiment où réside le commandant, ou près d’un local de douches voisin). Le plus original est que Billy Wilder en ait fait une comédie : il y a de nombreux gags parfois très réussis, un vrai duo de clowns (Shapiro/Harvey Lembeck et Tête molle ou Animal/Robert Strauss), tandis que les Allemands apparaissent comme de ridicules mais cruels gros lourdauds (cela est souligné par le thème musical éléphantesque qui accompagne leurs apparitions à l’écran). Sans doute aujourd’hui n’oserait-on plus adopter ce ton pour évoquer la Seconde Guerre mondiale (mais il s’agit d’un camp de prisonniers de guerre, régi par la Convention de Genève, et donc très différents des camps de concentration ou d’extermination hitlériens).

Le problème que pose le film n’a pourtant rien de comique : c’est celui de la cohabitation forcée dans une prison d’hommes très différents, de surcroît sous la surveillance permanente d’un mouchard allemand. En effet (comme on l’apprend tout de suite), parmi les Américains de la baraque IV se cache un espion, qui raconte tout des projets de ses codétenus aux autorités du camp dont le sergent Schultz (Sig Ruman) et le colonel von Scherbach (interprété par le réalisateur d’origine autrichienne Otto Preminger). D’où une tension qui s’installe après qu’au début du film deux Américains qui tentaient de s’évader aient été incompréhensiblement cueillis immédiatement et abattus par les gardes nazis du camp. Qui est le traître ?

L’intéressant, c’est la colère de ces hommes enfermés va rapidement se muer en recherche d’un bouc-émissaire, dans un climat de fièvre obsidionale : au détriment du moins conformiste d’entre eux, du plus malin et du plus débrouillard (puisqu’il n’hésite pas à traficoter avec les Allemands pour améliorer son ordinaire, avec comme acolyte le narrateur, Cookie). Cette victime, c’est le sergent Sefton (William Holden), qui a aussi contre lui de dire toujours la vérité sans fard. Sans illusion sur la nature humaine (vu qu’à son arrivée au camp il a été dépouillé par d’autres détenus qui lui ont pris ses maigres richesses) il a décidé de ne faire confiance à personne et de ne chercher que son seul profit personnel ; ce faisant il est même devenu le grand organisateur d’activités récréatives pour tous, moyennant finances évidemment : paris sur des courses de souris – la monnaie étant la cigarette ; fabrication de schnaps à partir de pelures de pommes de terre ; télescope payant pour pouvoir observer le passage des prisonnières femmes à la douche dans une autre baraque ; etc. On pourrait voir dans la séquence où tournent en rond les souris affolées une métaphore pour tout le film. Cependant, malgré ce genre de « services » Sefton paraît tellement cynique, dépourvu de scrupules et de jugement supérieur, qu’il s’attire la jalousie ou la haine des autres détenus. Quand débarque par hasard dans la baraque un lieutenant (James Dunbar/Don Taylor) il se le met immédiatement à dos en lui rappelant comment il a obtenu ses galons : pas par son talent, seulement grâce à sa fortune personnelle qui lui a permis d’être pistonné à l’inverse de Sefton, resté sergent !

Dans leur quête du traître les autres prisonniers vont s’entendre pour accuser sans la moindre preuve Sefton, qui est lynché, dépouillé, et mis en quarantaine. Mais ce n’est pas lui le mouchard. Ceux qui ont vu le film ou qui le (re)verront sauront. Ce que l’on peut seulement révéler (pour ne pas éventer le suspense), c’est que le traître était l’homme à priori le moins soupçonnable. Avec ses compatriotes allemands (car c’était en fait un Allemand introduit sous une fausse identité parmi les Américains) il avait mis au point un stratagème ingénieux : il cachait régulièrement des messages destinés au sergent Schultz dans une pièce creuse d’un jeu d’échec (une reine noire), et le code pour avertir Schultz qu’il y avait quelque chose à récupérer était d’enrouler au-dessus du plateau de jeu le câble de la lampe électrique (à Schultz alors de faire évacuer la baraque pour pouvoir en toute tranquillité récupérer le message). Ainsi, malgré les apparences, ce sont bien ces lourdauds d’Allemands qui (jusqu’à ce que le stratagème soit dévoilé aux autres par Sefton, qui le premier l’avait repéré) mènent le jeu pendant l’essentiel du film (un peu comme dans le film d’Hitchcock de 1943 Lifeboat, c’est Willy l’Allemand qui manipule les autres naufragés).

Stalag 17 peut donc s’appuyer sur une vraie intrigue policière. C’est aussi un film bien enlevé, avec des trouvailles comiques, visuellement réussies : par exemple quand le commandant von Scherbach pour téléphoner à Berlin enfile ses bottes (il était en chaussettes), uniquement pour pouvoir devant le combiné faire claquer ses talons (il les enlève ensuite, dès la fin de la communication…). Très spectaculaire également est la « leçon de nazisme » : la direction du camp a offert aux détenus un exemplaire de Mein Kampf et les détenus font semblant de s’y mettre. Ils se rassemblent devant l’un des leurs (doué pour les parodies et les imitations) qui, livre en main et petite moustache sous le nez, fait semblant en hurlant de leur en lire des extraits. Arrive alors Schultz, qui voit cela avec stupéfaction : tous, qui n’étaient vus que de dos, se retournent alors comme un seul homme, faisant de gros yeux et tendant le bras, affublés de la même ridicule petite moustache, pour singer Hitler. Irrésistible ! Surtout qu’au premier rang se tient Animal/Robert Strauss aux yeux globuleux, qui est dans le film une sorte de gros nounours libidineux toujours prêt à se moquer de Schultz et de ses « raus, raus » (cela veut dire « dehors ») qu’il déforme en aboiements en se faisant l’expression absurde d’un clébard…

Il y a donc de quoi justifier la récente restauration du film, sorti en DVD et Blu-ray (+ un livret), aux éditions Rimini.

Stalag 17. Sortie DVD/ Blu Ray chez Rimini Editions

 

 

 

[1] Tous deux furent effectivement détenus au Stalag 17 pendant la guerre.

Otto Preminger est le commandant du Stalag 17

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Durée : 120 mn


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