Un Homme et son chien

Article écrit par

Ou quand le mélo… tourne au drame !

J’avoue  tout : effectivement, je n’ai pas vu Umberto D., dont s’est inspiré Francis Huster pour réaliser ce film. Effectivement, pour moi, Jean-Paul Belmondo c’est avant tout un « grand nom » du cinéma français avant d’être un acteur dont  je connais parfaitement la filmographie mais… non, ca ne peut pas tout expliquer !

Charles (Jean-Paul Belmondo) se trouve mis à la porte par une séduisante veuve (touchante Julika Jenkins) qui l’hébergeait jusqu’alors. Il doit ainsi affronter la rue, n’ayant plus que son chien comme point de repère. Enceinte de père inconnu, Leïla (Hafsia Herzi), la jeune employée de maison, ne peut que lui offrir son affection et son sourire. Plongé dans la misère, aucune main ne se tend vers lui et la dignité lui interdit de tendre la sienne. Il affronte cette situation jusqu’au jour où il décide d’en finir avec la vie…

Les tableaux se succèdent et, bien que différents, se ressemblent : lents et inaboutis ; on assiste à une succession de départs mais à aucune réelle «arrivée», d’où ce sentiment d’inachevé.
L’image est belle… trop belle, trop lisse. La recherche de l’esthétique semble se faire au détriment de l’émotion. Ainsi, les plans successifs ne permettent pas au talent – pourtant indéniable – des comédiens de transcender les scènes pour parvenir au spectateur. Françis Huster semble filmer pour filmer et non pour s’exprimer à travers la caméra,  faire de son œil un témoin sensible.
Les scènes dramatiques ne se contentent pas de l’être, il faut encore  et toujours plus dramatiser : à une situation pénible viennent s’ajouter de chaudes larmes, auxquelles viennent s’ajouter les notes graves d’un piano mélancolique, au cas où le spectateur n’aurait pas compris que la situation était dramatique. Cette superposition d’effets a, au final, l’effet contraire de celui escompté : on n’est pas touché, on est presque gêné d’être témoin de scènes faussées.

Le dramatique vire au pathétique, voire au ridicule, le comique peine à faire sourire ; c’est finalement une certaine fadeur qui ressort de cette succession de tableaux.
On ne peut qu’être déçu d’avoir à faire ce constat, compte tenu de la pléiade d’acteurs talentueux  – de Christiana Reali à Pierre Mondy,  en passant par Michèle Bernier, José Garcia, Jean Dujardin, Charles Aznavour, Anthony Delon, Françoise Fabian… –  présents au générique. Jean-Paul Belmondo ne réussit pas à tirer son épingle du jeu. Lisse, il est cet homme se retrouvant dans une situation pénible et… c’est tout. Si certains personnages se trouvent profondément touchés par Charles et son amour pour son chien, cette capacité à émouvoir ne traverse pas l’écran, et le spectateur ne voit au final qu’un vieil homme à la limite du pathétique dans les situations auxquelles il se retrouve à devoir faire face.

C’est ainsi l’image – certes  en bonne partie fondée sur les « on dit » – de Jean-Paul  Belmondo que j’avais avant de voir ce film que je préfère garder : celle d’un « mythe » du cinéma français. Et puis, je dois avouer… Je suis plutôt chats !


Titre original : Un homme et son chien

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 94 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..