Indivision

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Les oiseaux vont mourir à Tanger…

Dernier tango à Tanger

Ce film, à la photographie magnifique due à Eric Devin, veut trop en dire et, du coup, devient un peu foutraque. Dommage. Du reste, le dossier de presse va aussi dans ce sens, abondant et parfois légèrement abscons. Leila Kilani n’en est pourtant pas à son coup d’essai, après trois documentaires et un long-métrage de fiction, Sur la planche, présenté au festival de Cannes en 2011. Indivision, comme son nom ne l’indique peut-être pas, est un film sur la transmission de l’héritage au Maroc, mais aussi sur l’observation des oiseaux, le crime et la situation politique et ses embrouilles et manigances. Mais ce qui importe le plus dans ce film, c’est le Tanger des origines, la ville matricielle de la réalisatrice dans laquelle est située la belle maison qui risque de disparaître. Mais, à l’instar des oiseaux qu’on voit à peine ou pas assez, la ville marocaine pourtant si photogénique est à peine évoquée derrière les grands arbres de la propriété. « J’essaie toujours d’échapper à ma géographie et à ma généalogie, déclare Leila Kilani dans le dossier de presse du film. Mais j’y reviens toujours malgré des efforts d’enfant désespéré buvant à chaque fois la tasse. C’est une puissante histoire d’amour entre moi et Tanger. Je reviens toujours à Tanger, ni la mythique, ni la bohème, ni la chic. Tanger l’extra-utérine qui change tous les jours. Être à Tanger, c’est comme être dans une voiture dont on a perdu le contrôle. Sous nos yeux, sous nos pieds, tous boyaux et cavités à l’air libre. Il suffit de lever le nez, un ciel bleu et des chantiers de construction, des grues, des digues, des trous, des excavatrices… et des oiseaux. »

Famille à la Mauriac

C’est donc l’histoire d’une famille un peu à la Mauriac, qui se serait installée dans la tiédeur de cette ville un peu sulfureuse, mais très provinciale par ailleurs, de Tanger et qui se déchirerait pour le partage d’un bien en indivision. Mais c’est aussi l’observation des oiseaux d’un père et sa fille qui n’a pas la langue dans sa poche et qui pourrait bien être la réalisatrice enfant, bien sûr. Mais c’est aussi l’histoire de la fin d’une enfance, de l’arrivée de la sexualité, de l’amour, de l’envol, de la perte. Mais c’est en plus l’histoire d’une grand-mère autoritaire qu’on appelle la Générale, et du Maroc par petites couches. C’est l’histoire d’un film incandescent, auquel il ne manque plus que les senteurs orientales et tant pis si on ne le comprend pas totalement, et tant pis aussi s’il est un peu mal fagoté. Comme toutes les successions, celle-ci se passera mal en fait et on aura même recours à un faux mariage pour tromper famille et alliés. Tout ceci vu évidemment par les yeux d’une enfant, mais aussi par les yeux d’une femme – la réalisatrice – qui semble vouloir attaquer le patriarcat, sauf qu’ici c’est une vieille femme qui gouverne tout ce petit monde qu’on dirait rescapé du temps de la colonisation.

Être une femme

Et, dans le dossier de presse, la réalisatrice a ces mots merveilleux qui étonnent un peu de nos jours : « Être une femme m’aide beaucoup. J’aime être une femme et faire des films. Que vous soyez une femme ou un homme, si vous êtes obsédé par ce que voulez faire, vous devez le faire, dans le monde arabe ou ailleurs. » Rien que pour cela, le film mérite d’être vu et apprécié à son juste et difficile prix. 

Titre original : Birdland

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Durée : 127 mn


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