Serge G. : au-delà du mythe, l’artiste.

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Gainsbourg sans le dévorant Gainsbarre, laisse la part belle à Serge, mélomane et mélodieux, artiste énigmatique et perfectionniste.

Mythique et énigmatique, Gainsbarre souffle à Gainsbourg une partie de son art. Création schizophrénique et absolue, l’œuvre du grand Serge pourrait se qualifier par des milliers d’adjectifs. Boulimique de travail, ordonné et précis, amoureux et irrascible, tous les Gainsbourg ont leur place au sein d’une exposition qui se déroule en ce moment même à la Cité de la Musique. On aurait pu craindre le pire, à l’image de ses dernières années au cours desquelles le sacro-saint média télévision exposait, dans une orgie de vapeurs d’alcool et de nuées de fumée de cigarettes, les dérives d’un Gainsbarre dominant et manipulateur.

Force est de constater que le plasticien sonore Frédéric Sanchez (commissaire de l’exposition « Gainsbourg 2008 »), dans une labyrinthique succession de cubes sonores et visuels, fait la part belle à l’artiste Gainsbourg, l’exorcisant comme par enchantement des outrages de son double démoniaque. Chaque recoin murmure une confidence, les informations deviennent des trésors. Il y a ainsi des histoires qui ressemblent à des secrets, parce que « l’opinion publique », un jour, a décidé de ne pas s’attarder sur ces instants. Pour exemple, peu se rappellent que, dans le Valmy d’Abel Gance, Gainsbourg tenait le rôle du Marquis de Sade.

En découpant l’œuvre de Gainsbourg en quatre périodes (« La période Bleue », de 1958 à 1965 ; « Les idoles », de 1965 à 1969 ; « La décadanse », de 1969 à 1979 ; « Ecce homo », de 1979 à 1991), l’exposition rend un hommage indirect aux influences de sa vie. Gainsbourg se place dans une série de courants artistiques (le surréalisme, le pop art,…) qu’il conjugue avec des emprunts à des personnalités qui l’ont touché (Bela Bartok ou Boris Vian entre autres) : il ne parle pas que de musique… En artiste complet, c’est aussi par la littérature et la peinture qu’il s’exprima.

Mais c’est le cinéma qui lui fera rencontrer sa plus célèbre égérie : Jane Birkin. Tourné en 1969 (cela ne s’invente pas…), Slogan retrace les amours passionnées d’un réalisateur de publicité (Serge…) et d’une jeune anglaise naïve (Jane…). Une bande son psychédélique et prémonitoire (à l’époque, l’utilisation du gatham et des tablas ne se faisait qu’en Inde, d’où ils sont originaires), appuyant de rapides mouvements de caméra et des plans courts, accentue le sentiment d’urgence créatrice et de boulimie vitale. Un film qui a presque valeur de documentaire !
 

Serge Gainsbourg, sarcastique, un jour avait dit : « Rendre l’âme? D’accord, mais à qui? ". Aux anges peut-être ? Mais avec Gainsbarre au creux de l’oreille de Gainsbourg, rien ne saurait être aussi évident…  


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