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Sempre vivu ! (Qui a dit que nous étions morts ?)

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Les habitants d’un village corse, n’ayant pas vérifié si leur maire était mort ou encore vivant, s’entremêlent dans des quiproquos et des mensonges sur fond d’identité corse et de retrouvailles familiales douces-amères. Robin Renucci, dont c’est le premier long-métrage, double cette histoire d’une mise en scène loufoque où se croisent Commedia dell’arte, tradition corse, cinéma […]

Les habitants d’un village corse, n’ayant pas vérifié si leur maire était mort ou encore vivant, s’entremêlent dans des quiproquos et des mensonges sur fond d’identité corse et de retrouvailles familiales douces-amères. Robin Renucci, dont c’est le premier long-métrage, double cette histoire d’une mise en scène loufoque où se croisent Commedia dell’arte, tradition corse, cinéma burlesque, surréalisme, tragédie grecque & music-hall.

Le plus surprenant est sans aucun doute la cohabitation entre burlesque et réalisme. D’abord choqué par une certaine immoralité, on est ensuite entraîné dans une déconcertante floraison d’images et de situations surréalistes. Suivant le maire du village, fil conducteur et voix-off, nous allons à la rencontre des habitants. Plus pittoresques les uns que les autres, ils offrent un éventail artistique agréable et réussi tant on pouvait être septique face à cet éclectisme. Plus précisément, Ange, le maire du village et sa femme forment un couple antagonique inspiré du cinéma burlesque, l’un parlant trop et l’autre pas du tout. Ce n’est pas tout fait Laurel et Hardy mais on s’en rapproche à grands pas. Se détestant gentiment, on est séduit par la cocasserie de la femme et aux mimiques moqueuses d’Ange.

Plus loin, le spectateur se confronte au surréalisme. Insérés au récit, des séquences, prenant au pied de la lettre chaque réplique, transposent les paroles des personnages en saynètes cocasses. Contribuant au ton léger et enfantin du film, Robin Renucci s’amuse à transformer des propos sérieux en imageries. Le cadrage bancal aidant, on quitte le réel pour l’onirisme et le dépaysement. Dans quel imaginaire sommes-nous : dans celle du mort déambulant près de ces proches désemparés ou bien dans la nôtre ? Le questionnement est superflu tant on préfère être bercé par la subtile fantaisie de Robin Renucci. Certains pourront trouver Sempre Vivu invraisemblable, loufoque et irraisonnable, mais Robin Renucci a le mérite de proposer un film hybride, bannissant les règles classiques pour faire partager qu’une chose : son amour pour l’art du spectacle.

Les thèmes, quant à eux, collent à l’actualité et au quotidien. D’entrée, on croise le fils aîné, haut fonctionnaire nostalgique d’avoir quitter sa terre natale pour Paris. Allusion immédiate à l’abandon progressif des campagnes par les jeunes. Pourtant, arrivant au cœur du village, on garde espoir en voyant l’énergie déployée par un groupe de jeunes adolescents pour monter un spectacle de théâtre. Vivant en parfaite harmonie avec les anciens, leurs activités mêlent traditionalisme et modernité, à l’image du groupe de rock chantant dans la langue de l’île. Village traditionnel, on est confronté au sujet inépuisable de l’identité corse.

Dialogue bilingue, le spectateur n’est pas déboussolé par ces alternances surprenantes. Au contraire, elles favorisent une immersion dans le quotidien du village comme si on devenait corse nous-même. Ce sujet est aussi relayé par le frère cadet, traditionaliste ayant séjourné en prison. Bien qu’il soit en désaccord avec son frère aîné, sa femme et son père, tous sont solidaires et aucun ne se déchire réellement. Le spectateur ne peut qu’être charmé par ses sentiments humanistes et ressentir de l’empathie envers les personnages.

Toutefois, le sujet principal du film n’est autre que la culture et le combat des hommes pour la sauvegarder. Mais gardant l’esprit du film, le sujet est traité sous forme de farce : le maire souhaite construire un théâtre pour son village de 150 habitants. Projet utopique selon nous, on est surpris de voir arriver le ministre pour l’accord d’aides financières. Cette situation délivre le message du film : croire et se battre pour sa passion. Le réalisateur a aussi fait cohabiter des valeurs à première vue rivales : les jeunes et les anciens, la modernité et le traditionalisme, la vie et la mort, le vrai et le faux…

Robin Renucci, acteur reconnu, peut désormais compter parmi les réalisateurs les plus originaux et audacieux du cinéma hexagonal. Sempre Vivu ! concilie réalisme et fantaisie dans une cohérence d’abord choquante puis évidente. D’un travail formel riche, ce film n’est pas dénué de sens et livre un regard doux-amer sur notre rapport aux traditions et à la culture. Tordu, épatant, poétique et engagé.

Titre original : Sempre vivu !

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Durée : 90 mn


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