Prince of Texas

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L´Americana et les losers.

Les amitiés et collaborations nombreuses de David Gordon Green ont souvent empêché de débusquer, si tant est qu’il en avait, une ligne directrice dans son parcours. Né en Arkansas, il fut affilié à la sortie de L’autre Rive (Undertow, 2005) – produit par Terrence Malick – à Jeff Nichols et Craig Zobel, ses amis cinéastes du Sud des Etats-Unis. En réalisant Délire Express en 2008 (Pineapple express) et trois ans plus tard Baby-sitter malgré lui (The Sitter, 2012), c’est de l’écurie de comédie Apatow qu’on l’a rapproché. Il fut aussi réalisateur de plusieurs épisodes de la série HBO Eastbound And Down, où officie son ami et collaborateur de longue date Danny McBride.

De projets hétéroclites regroupant réussites (Undertow) et films poussifs (Snow Angels, 2007 ; Votre Majesté, 2011), Green a toujours conservé une aura d’auteur, justement parce qu’il n’est jamais resté assez longtemps dans la même « team » de production pour être proprement affilié à quiconque. Si Prince Avalanche (titre original) semble a priori marquer le retour vers le film de Sundance de ses débuts (Georges Washington en 2000), il faut plus y voir un déplacement géographique vers un territoire propice à l’indépendance, cette fois-ci réelle.

Le film lui-même se réclame dès son ouverture d’un contexte géographique particulier : une forêt entièrement brulée, comme l’ont été 43 000 hectares de nature texane en 1987. En situant le film une année après l’incendie, le cinéaste vient coller sa trame de comédie au fait divers, comme pour mieux insister sur les deux notions qui tiraillent son film : la démesure et le pathétique.
 

Ni plus ni moins qu’un road movie qui ferait du sur-place, Prince Avalanche isole deux personnages au cœur d’une forêt immense, avec pour seul contact à la civilisation un poste radio et quelques comics. L’immensité du territoire naturel désolé et brulé semble constamment désavouer la trivialité de ses deux clowns. Alvin et Lance, employés pour l’été à la voierie, sont chargés du tracé des routes de campagne. La tâche qui leur incombe est à la fois immense et vaine : marquer les routes américaines, redessiner les pourtours d’un territoire blessé avec une machine brinquebalante. La tension entre l’ambition de la mission et leur minuscule efficacité rive la comédie sur les traces de grandes épopées tristes comme L’Epouvantail (Jerry Schatzberg, 1973) ou Une histoire vraie (David Lynch, 1999).

La dynamique du duo comique est construite sur le même type de contradiction, entre un Robinson Crusoé quadra dépressif et un post-ado ignare, impatient que le week-end arrive pour rejoindre la ville et ses attraits (alcool, filles). Volontairement modeste, les enjeux d’amitié ou de maturité qui les guettent à la fin de l’aventure ne viennent pas alourdir la rencontre entre un espace naturel et des figures humaines qu’on pourrait rapprocher des petits personnages des Sims. De longues scènes dialoguées où les deux se chicanent et travaillent ensemble tant bien que mal font l’effet d’une greffe artificielle à un décor trop grand pour eux. Couper du bois, pêcher, tracer de parfaites lignes jaunes, monter son campement pour la nuit redeviennent des actions dignes d’une épopée essentielle puisque la nature est, fondamentalement, un terrain de jeux pour les personnages. Comme si, en se débarrassant des manières sentimentales de la production indie américaine, David Gordon Green retrouvait l’intérêt du genre, son minimalisme, qui avait fini par rendre insupportable une bonne quantité des films.

Ce mouvement s’exerce justement dans la mise en scène et son faux rythme, jamais vraiment fluide, jamais heurté non plus. De scènes tout en étirement jusqu’à celle complètement onirique où Alvin rencontre une femme « fouillant dans ses propres cendres », en passant par un moment de beuverie carrément clippesque, le film ne semble respecter aucune règle, aucune continuité dans sa mise en image. Cette instabilité, appréciable, se retrouve dans les tonalités comiques. Naviguant du pathétique burlesque à la bouffonnerie dynamique, le cinéaste ose jusqu’à la blague à froid (la femme invisible). Si Emile Hirsch et Paul Rudd y sont pour beaucoup, le cinéaste le leur rend en tendresse : les losers n’ont jamais été si héroïques.
 

Titre original : Prince Avalanche

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Durée : 94 mn


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