Nina Wu

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Après le « tsunami » de MeToo, Midi Z réalise un beau film qui, paradoxalement, ne donne pas en-vie de faire du cinéma.

Réalisateur taïwanais d’origine birmane, Midi Z ne laisse personne insensible et son film Nina Wu, présenté dans la section Un certain regard, complète une filmographie qui oscille entre documentaires comme City of Jade (2016) et fiction, notamment Adieu Mandalay (2016 aussi) qui avait marqué les esprits. Nina Wu commence comme un documentaire sur une jeune actrice chinoise qui veut réussir à tout prix, et s’avance peu à peu sur la voie du film témoignage sur l’univers machiste et destructeur du cinéma taïwanais, et mondial. Midi Z ne nous épargne rien et son film, d’une beauté glacée, va crescendo dans la folie du monde de la fiction imposée par le cinéma. Nina Wu est une jeune fille qui a quitté la campagne pour s’installer à Taipei afin de devenir une star. Pour le moment, elle vivote en figurant dans des court métrages et des pubs, prêtant aussi son image à des conversations coquines sur Internet. Jusqu’au jour où son agent, Mark, lui trouve un rôle dans un film d’espionnage dont on ne saura pas grand-chose tout en assistant à son tournage.

 

C’est ici que l’intelligence du réalisateur se fait amplement sentir puisqu’on entre dans une sorte de mise en abyme, chère à Fellini par exemple, de son film dans un autre film en train de se faire. Des séquences de visionnages de rushes font penser à Huit et demi certes, mais aussi au Mépris de JLG. On pourrait d’ailleurs dire que ce film est un Mépris post #metoo qui met en scène de façon très explicite le mépris et l’exploitation sexuelle des jeunes femmes par le Golem cinéma, adorateur de chair fraîche. Le film tourné souvent dans des teintes rouges carmin évoquant l’enfer et le stupre culmine d’ailleurs dans une séquence à la limite du supportable où le producteur, pour choisir entre deux actrices, les oblige à jouer le rôle de chiens. Balançant sans cesse entre le monde rural avec ses parents petits commerçants et l’univers qui se veut glamour du cinéma, Nina Wu navigue très habilement dans sa narration, grâce à un scénario très intelligent, un montage complexe et l’utilisation parfaite des espaces et des décors. Sans parler bien sûr du talent des actrices, surtout, dont la beauté hiératique force le respect, notamment Wu Ke-xi dans le rôle titre, et Sung Yu-hua dans celui de Kiki.

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Durée : 103 mn


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