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Masters of Horror (Saison 2)

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Le concept des Masters of Horror est parti d’une idée toute simple : pourquoi ne pas rassembler tous les plus grands noms du cinéma fantastique et d’horreur et leur proposer la réalisation d’un épisode d’une heure. Une fois que la chaîne Showtime eut le courage d’accepter la diffusion de ce programme, les épisodes furent rapidement mis en chantier et ce pour le plus grand bonheur des fans.

L’instigateur de ce projet atypique n’est autre que Mick Garris, réalisateur des adaptations télévisées des romans fleuves de Stephen King. Un jour, réunis chez lui, il proposa à quelques génies du genre de créer une série télévisée mettant à l’honneur le gore, l’horreur, le fantastique. John Carpenter, Joe Dante, John Landis, Don Coscarelli acceptèrent avec enthousiasme ce projet, un peu fou, leur garantissant une totale liberté de ton. Condition suffisante pour ces briscards de la série B connus pour leur indépendance et leur désir de ne pas caresser dans le sens du poil.

Il restait alors à Mick Garris la responsabilité de compléter son équipe, jonglant avec les réalisateurs reconnus et les petits nouveaux prometteurs. Si la longue série télévisuelle Tales from the crypt connut son heure de gloire, elle brillait cependant plus par son humour noir et ses caméos de stars que par la qualité de ses mises en scène. Pour Masters of horror il n’était en aucun cas question de tomber dans la facilité du format téléfilm à petit budget, d’où l’intérêt de prendre des noms reconnus de la profession, où leur savoir-faire et leur intégrité seraient capables de hisser des épisodes au rang de petits bijoux.

Au fil des jours, la liste se précise, et des noms tels que Takashi Miike, John McNaughton, Stuart Gordon, Tobe Hooper, Dario Argento, Larry Cohen, William Malone et Lucky McKee viennent s’ajouter à ceux pré-cités. Mick Garris a ses douze réalisateurs, le cauchemar peut commencer.

Le succès de cette première saison est tel que Garris décide de poursuivre l’expérience. Landis, Hooper, Argento, Carpenter, Garris, Dante, Gordon sont toujours présents, auxquels s’ajoutent Norio Tsuruta, Ernest Dickerson, Brad Anderson, Tom Holland, Peter Medak et Rob Schmidt. Les fans seront sans aucun doute toujours présents au rendez-vous. En attendant la prochaine fournée pour la troisième saison, où des grands noms comme Romero ou Cronenberg se font encore désirer.

Retour sur cette saison 2 !

 

Episode 1 : The Damned thing (Tobe Hooper)

Résumé : 1981, une famille ordinaire (le papa, la maman, le fiston), s’apprête à fêter l’anniversaire du paternel, alors qu’un vent violent rugit dehors. Soudain, le père de famille est pris de folie et abat sa femme, avant de poursuivre son fils à l’extérieur et de se faire étriper par une entité invisible. 24 ans plus tard, le jeune garçon a bien grandi et est devenu shérif de la ville de Cloverdale, dans laquelle il a grandi. Mais il n’a jamais pu oublier cette nuit tragique et lorsque des incidents violents commencent à se produire en ville, le passé resurgit sans crier gare…

Après son épisode corrosif Dance of the dead, où Robert Englund cabotinait en maître de cérémonie pour cadavres ambulants, Tobe Hooper nous revient avec une histoire de malédiction dans un petit bled de campagne.

Depuis longtemps en roue libre, Monsieur Massacre à la tronçonneuse tente de remonter la pente par le biais de scénarios écrits par Richard R. Matheson. Scénarios voulant aborder des drames familiaux violents par le biais du fantastique.

The Damned thing, drame horrifique campagnard, démarre la deuxième saison avec perte et fracas. Fracas tout d’abord pour l’aspect résolument violent de l’histoire. Dès lors que l’entité apparaît, les hommes sont pris de pulsions meurtrières, et Hooper offre quelques belles séquences gores non sans nous rappeler l’énergie de ses premiers films. La scène où un homme se massacre à coup de marteau est particulièrement brutale et savoureuse. Mais on en reste là pour le fracas.

Car c’est bien de perte dont il est plus question tant l’intrigue patine et l’acteur principal sonne faux. Sean Patrick Flannery traîne sa bobine de dix mètres de long dans la peau du shérif maudit et provoque un ennui poli, mais ferme. Heureusement que Ted Raimi dans la peau du curé remonte un peu le niveau. Là où en revanche Hooper loupe royalement le coche, c’est dans sa description de la malédiction. Sachant les ravages qu’elle peut provoquer, le spectateur attend que le village s’embrase et qu’une folie destructrice s’empare de la population. Que nenni. Rien n’apparaîtra à l’écran, Hooper étant trop occupé à suivre son héros mou du genou, tandis que les gens se massacrent en hors champ. Et dans la mesure où nous ne sommes pas ici dans Funny games, et que Hooper n’est pas Haneke, ce procédé d’horreur psychologique mal utilisé ne provoque que la frustration. Et si l’on peut mettre en avant le manque de moyen de Hooper, cela n’excuse en rien son incapacité à extraire une quelconque tension de son récit. Même une scène de folie collective comme celle dans La Guerre des mondes où Tom Cruise et sa famille se font agresser aurait suffi pour donner une impulsion à The Damned Thing.

La seule solution alors pour le réalisateur de terminer son film est d’enfermer tout le monde dans la maison du shérif, maison aux allures de celle de La nuit des morts-vivants, avant de nous livrer en guise de bouquet final le visuel complètement raté du monstre, sorte d’ectoplasme de pétrole sorti tout droit de son dernier long tout aussi laborieux Mortuary.

Bref, un Hooper du pauvre qui ne trouve pas son rythme de croisière. Et un mauvais départ pour cette nouvelle saison.

Episode 2 : Family (John Landis)

Résumé : Harold a une vie parfaite : une jolie maison en banlieue, une femme aimante, une adorable petite fille. Sauf que tous les membres de sa délicieuse famille sont des squelettes de personnes qu’Harold a assassinées ! Lorsqu’un second couple vient s’installer dans la maison voisine, le petit monde d’Harold commence à voler en éclat : il faut absolument que sa jolie voisine Celia entre dans sa famille.

Le réalisateur John Landis ne peut s’empêcher de concilier humour et fantastique dans des canevas à tirer par les cheveux. Pour lui, rien n’est meilleur que lorsque l’on pousse une histoire dans ses derniers retranchements pour en faire exploser le réel. Si son épisode de la première saison, The Deer woman, décevait par une mise en scène trop convenue et une intrigue trop mince, Family en revanche, dynamite les conventions du trop tranquille « American way of life » et se targue d’un humour noir bienvenu.

On peut lire cet épisode selon deux axes. Le premier étant le portait d’un homme psychologiquement très perturbé, et dont le bonheur passe avant tout par la construction d’une famille idéale et interchangeable. Idéologie de la famille recomposée, fantasme de la perfection du cocon familial, Landis nous expose de manière originale la possibilité d’un bonheur assez simple : une maison, une famille, et des repas devant la télévision. La scène dans le salon est à cet égard drôle et terrifiante, où nous voyons notre personnage discuter avec sa femme, dire à sa fille qu’elle est trop près de la télévision, alors que celles-ci ne sont en réalité que des squelettes. La base familiale n’est qu’un leurre au bonheur individuel, et le tragique de cet homme s’inscrit dans une solitude meurtrière. On hésite ainsi à rire de son aveuglement ou à condamner sa folie. Surtout qu’il ressemble au voisin « lambda » prêt à vous filer un coup de main à la moindre occasion. Même s’il est en train de verser de l’acide sur le prochain membre de sa famille…

L’autre lecture du film, c’est l’explosion du vernis d’un monde trop parfait, un peu à la manière du Blue Velvet de Lynch. Le monde des banlieues recèle des pans de vie acceptables à l’intérieur des familles uniquement, et qui ne sauraient être compris par l’extérieur. La scène d’introduction résume d’ailleurs parfaitement cette pensée. Une caméra aérienne passe devant les maisons bien rangées d’une banlieue, où les enfants jouent innocemment, avec une herbe verte et des voitures familiales. Tout en plan-séquence, la caméra se rapproche d’une maison, traverse la porte d’entrée, nous décrit l’intérieur bourgeois bien en ordre, puis descend dans la cave et nous montre l’habitant en train de laver son père. Scène d’amour paternel, si ce n’est que le père est réduit à l’état de squelette. La farce peut alors commencer. Et Landis de jubiler à jouer avec les apparences si trompeuses.

Si le rythme pêche au milieu de l’intrigue, on a compris les agissements du protagoniste et Landis ne peut se permettre d’aller au-delà des paramètres de la banlieue, reste à savoir comment se terminera cette histoire. Le réalisateur nous gratifie alors d’un twist final qui ravira les amateurs de la série Tales from the crypt par son humour à froid et son immoralité somme toute justifiée.

Un bon moment « pop corn fun » et divertissant.

Episode 3 : The V World (Ernest Dickerson)

Résumé : Deux adolescents, Kerry et Justin, décident un soir de se rendre dans une entreprise de pompes funèbres, histoire de voir un vrai cadavre. Malheureusement pour eux, un vampire sévit dans les lieux et ne tardera pas à les pourchasser.

Ernest Dickerson est probablement le réalisateur le moins chevronné parmi tous ceux de la saison 2. N’ayant à son actif qu’un piètre Bones, avec Snoop Doggy Dog, et des épisodes de la série Urgences et The L World, Ernest Dickerson rame dans son histoire de vampire qui, fait étonnant, cherche à contaminer les gens. Quelqu’un devrait lui montrer des films de vampires, cela l’aiderait.

Le problème de The V world ne réside pas tant dans son histoire, mais plus dans son traitement. Souvenez vous du Vampires de Carpenter, incroyable film de genre brassant tour à tour le western, le polar et le film d’horreur, où les dialogues dans la bouche de James Woods étaient dignes d’un Michel Audiard. Carpenter avait su capter l’essence même du mythe vampirique dans sa mise en scène crépusculaire. Cet exemple pour montrer que l’on peut faire du neuf avec du vieux. Quand on en a le talent bien sûr…

Excepté un Michæl Ironside jouant le rôle du maître vampire, rien dans cet épisode n’est à sauver. Les protagonistes sont tous droits sortis d’une série pour ado, le réalisateur se moque bien des effets spéciaux, un ou deux coups de griffe sur le coup et hop c’est emballé, et on passe d’une maison funéraire à la maison des ados en s’interrogeant sans cesse. Pour quelles raisons ? Pour que l’épisode dure assez longtemps bien sûr ! Et l’on se force pour ne pas appuyer sur la touche avance rapide. Inutile de préciser que les vampires brûlent toujours sous les rayons du soleil à la fin des films.

Sans oublier une séquence d’introduction irregardable expliquant le titre de cet épisode : pendant trois minutes, Dickerson filme des séquences sanglantes du jeu vidéo Doom 3, au rendu logiquement hideux (filmer un jeu vidéo n’est pas un gage d’esthétique, cela aussi quelqu’un devrait lui expliquer) et à l’effet vomitif (proche d’un Vidocq). Selon Dickerson, la réalité n’est pas comme dans les jeux vidéo, et le monde virtuel est inoffensif en comparaison avec les vampires qui se cachent dans les maisons funéraires.

Dans ce cas-là, tout le monde devrait arrêter de jouer aux jeux vidéo !

Episode 4 : Sounds like (Brad Anderson)

Résumé : Durement affecté par la mort récente de son fils, Larry Pierce a perdu le goût de la vie. Sa femme l’ennuie, son travaille l’insupporte. Et surtout, Larry possède un don qui ne va pas tarder à se révéler être une malédiction : il possède une ouïe surdéveloppée. Une capacité qui pourrait bien le pousser à la folie…

Connu du grand public pour son film The Machinist, réflexion sur la culpabilité portée par un stupéfiant Christian Bale, le nouveau venu Brad Anderson réussit avec brio son entrée dans les Masters of Horror de la manière la plus singulière qui soit. Utilisant la bannière du fantastique pour explorer les tréfonds de l’âme humaine, Anderson allie une mise en scène précise voire chirurgicale, et des personnages au fort potentiel empathique pour raconter des histoires bouleversantes. Il sera ici question d’un deuil impossible taraudant le quotidien d’un « monsieur tout le monde » campé par un impressionnant Chris Bauer.

N’acceptant pas la mort de son fils, Larry se coupe peu à peu du monde extérieur, envahi qui plus est par une excroissance sonore développant à l’extrême le moindre son. Il parvient ainsi à entendre le souffle rauque d’un ancien fumeur ou bien encore à détecter la tumeur de son fils. Et Brad Anderson de jouer sur ce « super » pouvoir qui se révèle être un handicap de taille. Le réalisateur transforme une ampoule ou des aiguilles à tricoter en instruments de supplication, et les bruits du quotidien sont rapidement insupportables. Tout n’est que cacophonie saturée pour Larry, et le son de la vie devient pour lui une impuissance à vivre.

Renversement dramatique qu’Anderson met en scène en multipliant les gros plans de l’entourage de Larry. Vivante ou non, toute matérialité de l’existence est une menace potentielle. En suivant le protagoniste d’Anderson dans sa plongée névrotique, on ne saura jamais si tout cela est le fruit de son imagination ou s’il est réellement pourvu d’un développement accru de l’ouïe. Plus s’accentue son handicap, et plus Anderson ressert son cadre pour ausculter le mal qui ronge Larry. Sans pour autant donner d’explication.

Nous sommes spectateurs du calvaire d’un homme qui, ne sachant faire face à la réalité, l’extrapole jusqu’à l’annihiler. Et si le film bascule nécessairement dans la sauvagerie, non pas graphique mais mentale, ce n’est que pour mieux témoigner de l’obsolescence de l’homme à combattre l’inacceptable, la disparition d’un être cher.

Une très belle œuvre, sobre et émouvante.

Episode 5 : Pro-Life (John Carpenter)

Résumé : Lorsque la jeune Angelique (Caitlin Wachs) se jette pratiquement sous les roues de leur voiture, Alex O’Shea (Mark Feuerstein) et sa ravissante collègue Kim (Emmanuelle Vaugier) décident de la ramener dans la clinique d’avortement pour laquelle ils travaillent, afin de vérifier qu’elle n’est pas blessée. Les choses se compliquent très vite lorsqu’ils découvrent qu’elle est la fille d’un de leurs plus virulents opposants, Dwayne Burcell (Ron Perlman), et que celui-ci est bien décidé à la récupérer coûte que coûte. A cela s’ajoute le fait qu’Angelique est enceinte, prétendant que sa grossesse serait d’origine démoniaque.

Il était difficile pour le grand John de faire mieux que son Cigarette burns de la saison 1. Hypnotique, puissant, avec un film dans le film incroyable qui nous ramenait à l’une des ses plus belles œuvres, L’Antre de la folie, son épisode était l’un des tout meilleurs de la première saison. Et même si Pro-life comporte son lot de scènes horrifiques, il reste bien en deçà de ce que Carpenter est capable de faire.

Mélange de genres, entre le thriller et le film d’horreur, Pro-life ne choisit jamais vraiment sa voie et alterne entre fusillades tendues (Assaut n’est pas loin), et bébé hybride avec un corps d’araignée, rappelez vous de The Thing. Choisissant de développer son histoire en huis clos, Carpenter préféra s’attarder sur ses personnages plutôt que sur cette histoire de possession démoniaque. Et s’il s’est montré auparavant très doué dans les descriptions psychologiques de ses personnages, que ce soit dans Prince des ténèbres, The Thing ou L’Antre de la folie, il manque ici son but, la faute à des stéréotypes omniprésents. Ni les docteurs, ni la jeune fille parviennent à se hisser au delà d’une interprétation de téléfilm. Seul Ron Perlman tire son épingle du jeu dans son rôle de père fanatique, clin d’œil direct à tous les tarés des sectes prêts à faire n’importe quoi au nom de je ne sais quel dieu.

En revanche, notre maestro connaît son métier et nous offre quelques belles séquences furieusement violentes. Les crânes explosent en mille morceaux à chaque salve de fusil, et la scène d’avortement sur un homme est horriblement drôle. C’est le genre d’épanchement sadique auquel Big John nous avait rarement convié, excepté les scènes de torture dans Cigarette burns.

Reste enfin le monstre, le père de « l’enfant », prototype par excellence des bestioles de série B qui malheureusement ressemble plus à un déguisement pour enfant qu’à une véritable icône de l’enfer. Mais Carpenter ne semble pas s’en soucier, jouant à fond la carte du divertissement quitte à piller quelques imageries cultes de ce genre de film, lorsque par exemple le monstre sort du sol, où l’on sent le factice à plein nez.

Si l’esprit contestataire du maître est bien présent, et si la critique sur la frange anti-avortement et les illuminés de Dieu est radicale, se positionnant dans la droite lignée de ses pamphlets politiques que sont New York 1997 et Invasion Los Angeles, Pro-life reste un film mineur dans l’œuvre de Carpenter.

Et on attend avec impatience que cette saison 2 s’énerve un peu pour nous offrir des segments dignes des maîtres de l’horreur. ..

Episode 6 : Pelts (Dario Argento)

Résumé : Un vendeur de manteaux de fourrures sans scrupules tombe sur un lot exceptionnel de fourrures de ratons laveurs. Il décide d’en faire une création qui devrait lui apporter gloire et fortune. Malheureusement pour lui, les peaux en question semblent maudites et toutes les personnes participant à la confection du manteau en question meurent progressivement dans des circonstances étranges.

Nous voilà enfin rassurés quant au caractère horrifique qui manquait singulièrement dans cette deuxième saison. D’autant plus que c’est le maître transalpin Dario Argento qui orchestre ici avec mæstria et fureur. Si son épisode de la saison 1, Jenifer, était joliment « barré » (personnage qui valait le coup d’œil), le manque d’explication au début et à la fin du film desservait l’ensemble. Cette fois-ci, Argento prend le taureau par les cornes et peaufine un récit certes simpliste mais qui a le mérite de ne jamais dériver de son sujet, procédure qui lui permet d’enchaîner les morts violentes à l’arme blanche qu’il affectionne tant.

Porté par un Meat Loaf puant la mort et rongé par ses pulsions, cette histoire de manteau hanté résonne comme la décrépitude de l’homme obsédé par le fantasme de la possession. Les actes de cet homme sont dictés non seulement par l’argent, mais aussi par le sexe, comme l’atteste cette splendide séquence dans la boite de striptease, ou notre homme s’enfonce dans ces couloirs rouges sang faisant échos aux incroyables décors de Suspiria ou d’Inferno. Pas de doute, nous sommes bien dans un film d’Argento, où les pulsions sexuelles s’entremêlent avec les pulsions de mort. Sensation renforcée par l’apparition de la stripteaseuse tandis que Meat Loaf est assis sur une chaise éclairée par le haut, position du condamné à mort sur sa chaise électrique.

Suivant une logique de malédiction, Argento va mener son récit jusqu’à la chute de son protagoniste, l’œil constamment rivé sur les poils « vivants » du fameux manteau, fascination causant la mort de tous les personnages du récit. Et si toutes ces morts ne sont que des « détails », c’est pour mieux appuyer le caractère inhumain du fourreur qui n’a que faire de ces hommes et femmes sans grande importance. Une première dans le cinéma d’Argento de travailler sur un homme immoral, mauvais, pour qui l’humanité n’a pas plus d’importance qu’un billet vert. Ou comment montrer la transformation de l’homme par une société consumériste.

Enfin, point capital de cet épisode, les meurtres, extrêmement gores, sont d’une beauté à couper le souffle de par leur caractère intime et autodestructeur. On retiendra l’arrachage d’un visage par un étau, l’Asiatique qui se coud tous les orifices du visage, effets spéciaux parfaits pour cette scène, ainsi que la séquence ultime où Argento nous gratifie d’un arrachage de peau tout bonnement stupéfiant. Le maître ne nous épargne rien et renoue avec la violence caractéristique de ses premières œuvre.

Pelts est un régal pour les amateurs du genre, et permet d’entrevoir le meilleur pour la carrière d’Argento, qui entreprend actuellement la mise en chantier du dernier opus de sa trilogie des Mères.

Episode 7 : The Screwfly solution (Joe Dante)

Résumé : Un mystérieux agent infectieux se répand dans le Sud des Etats-Unis, poussant les hommes à assassiner les femmes qui les entourent. Les meurtriers disent en avoir reçu l’ordre de Dieu lui-même. Une équipe de scientifiques tente de trouver un antidote avant que l’épidémie ne se répande et éradique la race humaine.

Après s’être attaqué à la politique militaire de Bush avec son pamphlet très virulent et ultra jouissif Homecoming, Joe Dante aborde dans cet épisode le fanatisme religieux à travers une épidémie où tous les Adam de la terre détruisent les Eve. Explication.

A croire que Joe Dante fait partie des plus grands terroristes filmiques de notre époque. Donnez-lui un matériau de base, quel qu’il soit, et il le transforme instantanément en brûlot contestataire, détournant les conventions du genre pour asséner de grosses baffes dans la fourmilière du sacro saint establishment. Car s’en prendre aux intégriste religieux à l’heure actuelle tient plus du suicide que de la provocation. Mais Dante n’est ni suicidaire ni provocateur, il partage tout simplement un point de vue sur des procédés et des évènements qui lui semblent aberrants. Ainsi, The Screwfly solution, épisode pour le moins « rentre-dedans », est probablement l’un des plus réfléchis de cette saison 2.

Sur la base d’un virus poussant les hommes à massacrer les femmes, Joe Dante donne à voir l’extrémisme des comportements machistes et nihilistes baignant notre époque. Sans être juge ou moralisateur, position qu’il n’a jamais besoin de prendre, il filme la lente destruction de l’humanité dans la plus grande quiétude qui soit. La scène d’introduction est révélatrice du mal : on y voit un homme dans son jardin, un tuyau d’arrosage à la main, puis, par le regard d’une voisine, on se rend compte qu’il nettoie une énorme tâche de sang. La venue des policiers ne le gêne en aucun cas, même si les cadavres de ses femmes sont entreposés dans le garage. « C’était nécessaire, et même si je viens de commettre ces meurtres, Dieu ma l’a commandé », semble vouloir signifier le réalisateur. Débute alors une lente propagation de cette misogynie meurtrière qui ne semble faire écho à rien de connu, si ce n’est une voie céleste. Et la parabole de l’auto justice et de la folie mystique de s’emballer pour développer une conclusion bien funeste.

Sur un rythme soutenu, on passe du cocon familial des scientifiques aux villes contaminées sans oublier les phénomènes de masse propres à ce genre d’évènements, le tout entrecoupé d’un écran neigeux de télévision symbolisant la fin des médias, donc la fin des moyens de communication, et donc la fin de la vie. Joe Dante construit une allégorie alarmante mais non alarmiste sur l’état du monde. Sa mise en scène ne s’éparpille à aucun moment sur le pathos de la tragédie, et est axée sur la manière dont peut se développer une peur panique de l’Autre. Dépouillement des lieux, intimité des têtes à têtes, aucun besoin d’emphase quand le réel dépasse le sens.

Jouant à la fois sur la peur du virus (tout le monde redoute une guerre bactériologique), sur l’obsession du terrorisme (ces massacres généralisés ne sont pas le fruit du hasard et peut être un homme a-t-il créé l’arme ultime), et sur un aspect écologique assez radical (rien d’étonnant à ce que l’homme disparaisse de la surface de la terre puisqu’il n’en prend pas soin), The Screwfly solution réussit la pari insensé de brasser tous les thèmes les plus bouillants de l’époque, sur l’avenir de l’homme et celui de la Terre. Et si la révélation quant à la nature du virus est grotesque en soi (et gâche un tout petit peu le plaisir), cela ne doit en aucun cas desservir ce nouveau petit chef-d’œuvre de Joe Dante.

Vivement son prochain long métrage !

Episode 8 : Valerie on the stairs (Mick Garris)

Résumé : le jeune Rob Hanisey, désirant devenir écrivain, s’installe dans un immeuble qui a la particularité de n’être habité que par des auteurs en devenir. Tant qu’ils n’ont rien publié, le loyer reste gratuit, mais dès qu’ils concrétisent leur objectif, ils doivent quitter leur appartement. Rob ne tarde pas à s’apercevoir que certaines choses ne tournent pas rond dans cet immeuble, notamment lorsqu’il fait la connaissance d’une mystérieuse jeune fille lui demandant son aide.

On pouvait avoir peur du nouvel épisode du créateur des Masters of Horror. Présupposé aux adaptations des romans de Stephen King pour la télévision, Mick Garris avait livré, dans la saison 1, un épisode fade et bête, n’ayant qui plus est rien de fantastique (Chocolat). Miraculeusement, il est ici bien inspiré par l’adaptation d’une nouvelle de cet autre grand nom de la littérature d’horreur, Clive Barker, auteur tortueux par excellence.

Pour une fois, Mick Garris réussit à dépasser le cadre de la simple adaptation. Certes, il est aisé de procéder ainsi quand l’histoire se veut une exploration de la psyché des écrivains envahis par leur imaginaire. Mais le réalisateur parvient simplement à mettre en images les fantasmes nocturnes en confinant sa mise en scène dans une maison pour auteurs déchus. Dès lors, les plans fixes de couloirs vides et les décadrages dans les escaliers, le tout dans une ambiance désuète où la poussière virevolte à travers les rayons du soleil, s’ouvrent sur des portes interdites où se terrent les plus belles créatures. Et leur Némésis.

On reconnaît sans peine les tourments de l’écrivain Clive Barker dans cette histoire. Son expérience en tant que créateur d’un bestiaire rarement aussi diversifié, les romans Cabal et Hellraiser sont là pour nous le prouver, lui sert à développer l’idée que les personnages d’un roman puissent échapper à leurs créateurs afin de devenir réels, incarnant la chair de l’auteur, une chair de la substance imaginaire. Les mots se sentent prisonniers et leurs idées étouffent. Les créatures souhaitent décider de leur propre sort et s’affranchir de leurs « pères ». Donner chair au verbe, offrir de la corporéité aux mots, nous sommes en plein Festin nu version cinéma, où Cronenberg avait réussi le prodige de transcrire en images l’essence de la création littéraire, ou bien encore dans L’Antre de la folie de Carpenter, où un auteur démoniaque libérait ses monstres pour ravager le monde. De bien belles références pour des cauchemars psychologiques sans fin.

Sans parvenir au niveau de ces réalisateurs, la portée des images de Mick Garris n’allant guère au-delà de l’image elle-même (il ne pense pas ses images), l’épisode se voit avec beaucoup de plaisir, principalement pour l’idée qui y est véhiculée. D’autant que les trognes de Christopher Lloyd (Retour vers le futur, La Famille Adams) et de Tony Todd (Candyman) traînent dans les parages et complètent l’état d’esprit absolument B de cette entreprise. On terminera sur les créatures hantant la maison, une splendide jeune femme et un monstre bien costaud, frère jumeau du diable dans le Legend de Ridley Scott, tous deux délicieusement irréels. Et si la fin n’est pas tout à fait convaincante, le spectateur plonge cependant avec délectation dans cette histoire au traitement proche des films des séances de minuit des années 80.

Un plaisir d’ado en somme.

Episode 9 : Right to die (Rob Schmidt)

Résumé : Suite à une dispute, un couple est victime d’un accident de voiture au cours duquel la femme, Abby, est horriblement brûlée. Son mari Cliff, rongé par la culpabilité (la dispute a éclaté en raison de la liaison extraconjugale qu’il entrenait), est décidé à respecter les vœux de sa femme et à la débrancher pour lui éviter de souffrir. Seulement, il ne tarde pas à s’apercevoir qu’à chaque fois que celle-ci fait un arrêt cardiaque, elle s’échappe de son corps et s’en prend aux personnes responsables de ce qui lui arrive. La seule chance pour Cliff de s’en sortir est de trouver au plus vite un donneur de peau qui pourra assurer la survie de sa femme.

Réalisateur du bien méchant Détour mortel, survival s’inscrivant dans le sillon de Massacre à la tronçonneuse, Rob Schmidt utilise les ficelles du film de fantôme pour nous offrir un épisode sanglant et organique. Enfin !

Au fil d’une intrigue habilement tissée, Schmidt revient sur des détails passés au silence par l’entremise du montage, l’histoire suit les déboires de Cliff (interprété par le sobre Martin Donovan) dont le spectre décharné de sa femme mourante ensanglante tous les espaces aseptisés du film. Parti pris malin pour faire ressortir l’horreur de la silhouette sanguinolente d’Abby, Schmidt utilise des lieux d’une blancheur virginale, que ce soit la maison du couple ou l’hôpital. De cette manière, chaque apparition du corps brûlé rend encore un peu plus oppressante l’idée selon laquelle la vengeance s’opère par delà la mort, et de la manière la plus intime qui soit.

Contrairement à de nombreux épisodes de la saison, on peut aussi remercier Schmidt pour sa générosité en effets gores et violents. En premier lieu, le corps d’Abby fait penser à ceux du film torturé et extra organique Hellraiser, de Clive Barker. Rappelez-vous lorsque le frère revient à la maison sous forme d’ectoplasme sanglant, caché dans le grenier, à attendre ses victimes. Abby est toute aussi réaliste que lui, et toute aussi sanglante. De plus, de nombreuses scènes-chocs parsèment le film et offrent vraiment à cet épisode son statut de film d’horreur. Le passage où Cliff fait l’amour à Abby et qu’elle commence à se décomposer est proprement saisissant et repoussant, tout comme la mise à mort de l’avocat est éprouvante. Sans oublier l’opération consistant à récupérer du tissu humain pour sauver la pauvre Abby, où Schmidt ne lésine ni sur l’hémoglobine ni sur les gros plans du scalpel pénétrant la chair. Le réalisateur connaît ses classiques et fait honneur au genre. On notera enfin l’aspect médical de l’histoire qui aborde de manière frontale le thème de l’euthanasie et du droit à la vie. Dimension prenant ici des allures de revanche dans l’au-delà et qui donne envie de demander au mourant son avis avant de le débrancher.

Un épisode radical, franc, proche de celui d’Argento en terme de gore, se démarquant de la saison en terme « d’efficacité horrifique ». Rob Schmidt n’a vraiment pas à rougir de ses aînés.

Episode 10 : We all scream for ice cream (Tom Holland)

Résumé : Des amis d’enfance, liés par un terrible secret, meurent les uns après les autres dans des circonstances mystérieuses. Le responsable serait un vendeur de crème glacée d’un genre particulier…

Si de nombreux réalisateurs ont répondu à nouveau présent pour cette saison, Dante, Carpenter, Argento, Landis, des vieux briscards du cinéma fantastique nous font le plaisir de participer à l’aventure. C’est le cas de Tom Holland, réalisateur inspiré des années 80, auteur entre autre de Jeu d’enfant, premier Chucky de la série, et des deux volets fantastico-comiques Vampire vous avez dit vampire ?, et qui a malheureusement disparu des esprits des « fantasticophiles ». L’occasion lui est donnée de raviver notre mémoire et notre plaisir si nous ne faisons pas trop les difficiles.

Les non-amateurs de cinéma fantastique trouveront cet épisode probablement trop léger avec cette histoire très peu originale et des plans vus mille fois dans d’autres films américains un peu fauchés. Des rues pavillonnaires dont on ne voit plus rien au bout de quinze mètres, ce qui permet toujours à un croquemitaine de surgir de nulle part, une histoire de vengeance sur des gamins malintentionnés, et un trauma somme toute assez basique. Qui plus est, les personnages sont caricaturaux à l’extrême. Oui mais : le tueur est tout ce qu’il y a de plus sympathique, les meurtres sont amusants, et surtout nous sentons à chaque instant le bonheur qu’à Holland de nous offrir ce petit segment d’horreur, avec humilité et générosité.

La principale trouvaille de We all scream for ice cream tient à la chansonnette répétée inlassablement par le meurtrier. Mélange de comptine et de slogan pour enfants, comme une berceuse de l’ancien temps, elle est le déclencheur de chaque apparition du camion à glace avec son clown plus du tout joyeux et ses glaces meurtrières. Elle est d’autant plus glaçante que chantée sur un ton nasillard et pervers. Les comptines effroyables des films de Dario Argento ne sont pas très loin.

Alors certes, la mise en scène est plate et la photo ressemble à celle que l’on trouve dans le magasine « Modes et Travaux », c’est dire si Holland est loin de ses premières réussites. Et si les unités de lieux et de temps ne sont pas ses préoccupations principales, c’est parce qu’il préfère se focaliser sur l’identité du tueur et sur la paradoxale menace qu’il représente. L’allure de celui-ci ne dénoterait d’ailleurs pas dans Killer clowns from outer space, ovni filmique des frères Chiodo où une bande d’extra-terrestres tueurs se déguisaient en clowns pour décimer une ville. Après tous ces serials killers aux allures de psychopathe, en voir un comme celui-ci offre quelques bouffées d’oxygène.

Restent quelques scènes où les enfants descendent dans la rue en pleine nuit, hypnotisés par la mélodie et attendant leur glace. Avec leurs regards fixes, prêts à tuer inconsciemment leurs parents, la référence au Village des damnés de Wolf Rilla ou de John Carpenter, peu importe, est incontournable.

Du pur cinéma bis comme on l’aime, avec ses gros défauts et ses plaisirs coupables. Comme un parfum de nostalgie en somme.

Episode 11 : The Black cat (Stuart Gordon)

Résumé : le célèbre écrivain Edgar Allan Poe en a assez de n’être reconnu que pour ses histoires macabres. Ce qui l’intéresse, lui, c’est la poésie. Mais comme sa femme est dans un état critique et a besoin de médicaments coûteux, Poe n’a d’autre choix que de tenter d’écrire une nouvelle histoire cauchemardesque. Problème, il est en panne d’inspiration. En en plus de cela, le satané chat noir de sa femme a décidé de lui taper sur les nerfs !

Stuart Gordon adapte une fois de plus un grand nom de la littérature fantastique et choisit, après celles du terrifiant Lovecraft, une nouvelle d’Edgar Allan Poe pour son nouvel épisode des Masters of Horror.

Si une légère crainte était pressentie quant au choix de cette nouvelle, il s’agit du Chat noir, nouvelle maintes fois adaptée à l’écran, on se souviendra entre autre de la version de Lucio Fulci, de Dario Argento et celle de Georges Romero dans Deux yeux maléfiques, autre adaptation de nouvelles de Poe, toute inquiétude disparaît quand on découvre le parti pris de Gordon. Au lieu de reprendre bêtement la trame de l’histoire d’origine, il va au contraire raconter sa genèse à travers cette même histoire.

L’histoire nous montre un Poe désoeuvré, alcoolique, torturé par son incapacité à écrire une nouvelle histoire. C’est d’ailleurs par ce détail que Gordon fait basculer son personnage dans la mythification de la réalité. Tourmenté à l’extrême, notre grand écrivain confond ses peurs imaginaires, l’animal est un monstre potentiel, les fantômes existent, et ses peurs réelles, sa femme qui se meurt, le syndrome de la page blanche, et Gordon insiste sur cette rupture, génitrice selon lui de l’accouchement des plus grandes œuvres. Rares sont d’ailleurs les écrivains de fantastique n’écrivant pas dans la terreur et l’obscurité de la vie.

Sur ce canevas subtil, Gordon harmonise sa mise en scène avec une photo magnifique retranscrivant par un quasi noir et blanc l’ambiance de l’époque. Réglage chromatique lui permettant d’accentuer les yeux du chat et la moindre tache de sang. The Black cat s’offre alors des apparats de peinture expressionniste, tant la grâce de ses images bercent le spectateur d’une volupté mélancolique. Beauté qui n’empêchera pas Gordon de se laisser aller à quelques effets sanglants (c’est tout de même lui le responsable de Re-animator et de From beyond) tels l’énucléation du chat et une hache en pleine tête. Mais contrairement à ses œuvres précitées, il ne tombera jamais dans la surenchère, la violence ne faisant partie que du processus créateur submergeant Poe. Elle doit être alors retranscrite et vécue sans ne jamais prendre le pas sur la réalité. Tout en étant cauchemardesque et kafkaïenne. La dernière scène est à ce titre assez dérangeante.

Enfin, il faut noter la performance de Jeffrey Combs, acteur habitué des films de Gordon, qui semble ravi de jouer ce rôle aux frontières de la démence et du génie. Probablement le meilleur épisode de la série avec celui de Joe Dante, montrant la capacité de Gordon à s’affranchir de ses œuvres gores pour des univers plus subtils.

Episode 12 : The Washingtonians (Peter Medak)

Résumé : Suite au décès de sa grand-mère, un père de famille se rend avec sa femme et sa fille dans la demeure de celle-ci afin de régler les problèmes de succession et de revendre la maison. En inspectant les objets entassés dans la cave, il tombe sur une lettre apparemment écrite par George Washington, l’un des Pères Fondateurs de la Nation américaine. Cette lettre désigne clairement Washington comme un cannibale mangeur d’enfants. La famille ne tarde pas à être la proie d’une étrange secte prête à tout pour récupérer la lettre.

Après Tom Holland, au tour de Peter Medak de faire sa réapparition à travers les Masters of Horror. Réalisateur de La Mutante 2 et de Roméo is bleeding, polar glauque avec Gary Oldman, il est surtout connu pour L’Enfant du diable, film d’épouvante terrifiant des années 80 avec un Georges C. Scott plus angoissé que jamais.

The Washingtonians est un épisode atypique. Plongeant dans une relecture de l’histoire des Etats-Unis, Medak met en scène une tribu de vieillards complètement azimutés prêts à tout pour défendre leur idole cannibale. Bien sûr, une petite famille bien sous tout rapport va être confrontée à cette horde de fous.

Pendant une grande partie du récit, Medak s’emploie à crédibiliser ses personnages, malgré le fait qu’ils soient caricaturaux. Exceptée la description de la famille, nous avons le droit à une peinture bien acidulée de l’Amérique profonde, où des habitants vivent sur des croyances fausses et ancestrales. L’intérêt du film se porte sur le traitement de ces washingtoniens aux dents pourries, bavant littéralement à chaque apparition de la jeune fille. Les scènes du cimetière et du restaurant sont très ambiguës, les vieillards tripotent les joues de la petite fille en lui disant qu’elle est à croquer, et on se demande jusqu’ou ira Medak, pour peu qu’il prenne son histoire très au sérieux.

Les apparitions de la secte (personnages tous vêtus comme au 18ème siècle) font basculer le film dans la farce morbide, et Medak aurait du saisir l’occasion pour nous concocter un film pro-illuminés, avec une barbarie archaïque si peu utilisée au cinéma. Une sorte de 2000 Maniacs version épouvante. D’autant plus que la matière est bien présente, la scène du dîner où les vieillards engloutissent de la viande humaine est à cet égard totalement assumée dans le grand guignol.

Au lieu de cela, Medak préfère opter pour la blague. A partir de la séquence du dîner, il se contrefout royalement de son histoire et se permet des digressions hallucinantes et bancales avec l’apparition du FBI pour liquider tout le monde (sic). Le soufflé retombe aussitôt, et si l’on s’interroge sur cette incohérence, nous sommes encore très loin de l’esprit « non-sensique » de la dernière scène, qui ne fait plus aucun doute sur l’aspect canular de l’ensemble.

Ni raté, ni réussi, The Washingtonians pâtit d’un manque d’entrain à assumer sa folie, et l’on sent Medak bridé dans une histoire qui méritait un engagement absolu, à l’instar d’un Stuart Gordon par exemple. A voir toutefois pour son esprit décalé.

Episode 13 : Dream cruise (Norio Tsuruta)

Résumé : Hanté par la noyade de son jeune frère qu’il n’a pu sauver, Jack Miller a une peur panique de l’eau. Mais lorsque l’un de ses gros clients lui demande de venir à bord de son bateau pour un court voyage, il n’a d’autre choix que d’accepter, surtout qu’il couche avec la femme de celui-ci. En plein milieu de l’Océan, le bateau ne tarde pas à tomber en panne et des incidents mystérieux se produisent.

Nouvelle clôture de cette saison par un réalisateur asiatique. Après le déjanté Takashi Miike qui n’est plus à présenter pour ses excès filmiques, c’est au tour du réalisateur de Ring 0, Norio Tsuruta, de signer l’ultime épisode. Et c’est malheureusement reparti pour une histoire de fantômes aux cheveux longs et noirs !

Si l’on se remémore les frissons procurés par le premier Ring, film sur la peur jouant avec l’idée de spectre et de saturation de l’image, il est d’autant plus difficile de déceler une quelconque originalité à ce Dream cruise. Plombé par une multitude d’avatars photocopiés les uns sur les autres, la série des Ring, leurs remakes américains, les films des frères Pang, le fantôme aux cheveux longs ne fait plus d’effet depuis belle lurette. D’autant plus dommage quand on se rappelle certaines séquences troublantes du bijou d’Hideo Nakata.

Norio Tsuruta ne se sent pas concerné par cette vague fantomatique, et il ose nous resservir sous forme de huis clos aquatique tous les clichés inhérents au genre. Allons-y pour les cheveux noirs, le fantôme qui marche de travers, et bien sûr l’indispensable élément aqueux. Le problème est que Tsuruta n’est pas Nakata, et que sa mise en scène, plombée par des cadrages étriqués et des acteurs en roue libre, est soporifique au possible. C’est bien simple, on a envie de regarder l’épisode en vitesse accélérée, tout en devinant par avance l’issue de l’intrigue.

Une bien mauvaise façon de terminer cette saison, qui aura su tout de même nous offrir quelques joyaux.


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Cinéaste du prolétariat urbain avec sa conscience de classe, Jean Grémillon s’identifie à son public qui lui-même se personnifie dans les acteurs populaires. Le peuple devient le seul acteur porté par un même élan. Son oeuvre est parcourue par l’exercice d’un tragique quotidien où le drame personnel côtoie la grandeur surhumaine des événements. Focus sur la ressortie 4K du “Ciel est à vous”.