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L’Odyssée

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Biopic très aseptisé dont le relief souterrain se découvre seulement à travers le personnage équivoque et assez antipathique de Jacques-Yves Cousteau.

L’Odyssée soigne trop son esthétique de papier glacé pour s’apparenter à une épopée grecque, à laquelle seul le désir d’envergure du cinéaste aurait pu faire écho si celui-ci ne se trouvait en échec. Ce biopic consacré à l’explorateur océanographique Jacques-Yves Cousteau apparait surfait, tant et si bien que les vues marines filmées par Jérôme Salle ne se donnent majoritairement, malgré leur magnificence, que comme des blocs de turquoise ou de bleu sombre figés, un aquarium bien scellé nous interdisant son entrée sensible, à l’image de l’hydravion venant brutalement se fracasser dans l’eau à l’ouverture du long métrage. C’est dans cet univers que le commandant au célèbre bonnet rouge se voit portraiturer. On le découvre en inventeur génial du scaphandre, vivant allégrement dans une belle maison avec femme et enfants sur un bord de mer ensoleillé. Visage sculpté, stature de charme et imposante, Lambert Wilson donne corps à un homme assuré et vif, qui voit aussi loin que les horizons sans fin des paysages océaniques où il habite. Au point de quitter son existence agréable pour réaliser avec sa femme leur rêve de parcourir les océans sur le bateau qu’ils se font construire à grand frais, Le Calypso. C’est à peu près la seule esquisse qui nous sera dessinée de la passion de Cousteau pour les fonds marins – s’il on excepte quelques plans glanés ici et là. Le reste du film s’attachant davantage, et de manière très dilettante, aux conflits et combats, pratiques et personnels, de l’homme et de son entourage afin de faire vivre ses projets.

 

Un film dispersé qui reste en surface

Hélas, l’œuvre est trouée de partout, comme un casier à poissons défectueux, elle lance des pistes dans plusieurs directions sans les approfondir : le départ inaugural du Calypso, l’entrée en scène du fils des Cousteau devenu adulte, Philippe, apprenti cinéaste (quelques brèves séquences rapidement passées à la trappe du film Le Monde du silence – 1956 – de son père et Louis Malle), le développement des créations documentaires de l’explorateur comme moyen de faire connaître ses projets (son voyage à New York), sa renommée ; jusqu’au message écolo final du cinéaste lui-même venant clore L’Odyssée alors que sa mise en scène a plutôt éludé tout du long la question environnementale, pourtant légitime vis-à-vis du sujet que le film aborde. Autant d’éléments disparates sollicités de manière superficielle, le souci d’ampleur de Jérôme Salle échouant face à une succession de scènes à l’échelle d’une vie aussitôt balayées par les suivantes. À l’instar de la musique, pourtant assez professionnelle, d’Alexandre Desplat, qui se fait entendre de manière très surlignée à chaque plan d’animal marin, le sens potentiellement produit par l’image se trouve désamorçé par un manque de vision, d’exigences scénaristiques et esthétiques. De cette entreprise aux oripeaux de film publicitaire ne subsiste que la performance de Lambert Wilson, décalquant progressivement un Jacques-Yves Cousteau égocentrique et antipathique.

 

Le personnage dissonant de Jacques-Yves Cousteau

Entremêlée à une inflexibilité et une persistance communicative, la séduction du personnage de l’explorateur s’engouffre au fur et à mesure dans une ambivalence plus troublante, dépeignant par petites touches – là encore plus ou moins approfondies par le cinéaste –, subtilement rendues par Lambert Wilson, la personnalité autocentrée, et parfois aussi sèche que ses traits taillés à la serpe, de cet être malin. Antipathie mise au jour de façon presque antithétique face à l’artificialité de la mise en scène et révélée encore davantage à travers le fils de Jacques-Yves Cousteau, Philippe, sorte de double refoulé du père (qui focalisera sur l’aviation, domaine dans lequel son patriarche avait échoué plus jeune), aussi brillant et un tantinet impudent que celui-ci. C’est peut-être d’ailleurs du fait de cet écho, rappel de la personnalité du père par le fils, qu’une place particulière est accordée à Philippe, au point de débuter le film sur lui. De cette bascule, véritable cœur du long métrage, amorcée sur l’identité relationnelle de l’explorateur, abîmant sans vergogne toute sa famille sur son passage, restent quelques saillies insidieuses qui viennent contrarier l’aspect lisse de l’œuvre ; cette désobligeance et cet écrasement humains qui sont parfois une caractéristique de tels êtres aventureux et visionnaires ogresques.

Titre original : L'Odyssée

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Durée : 122 mn


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