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L’Etrange histoire de Benjamin Button

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Ancien membre de ILM (Industrial Light and Magic, la société à effets spéciaux de Georges Lucas), David Fincher s’est rapidement tourné vers le clip musical ainsi que vers la publicité lors des années 90, terrain d’expérimentation qui lui aura valu le statut de grand gourou d’expertise technique et visuelle. Des techniques et artifices qui lui […]

Ancien membre de ILM (Industrial Light and Magic, la société à effets spéciaux de Georges Lucas), David Fincher s’est rapidement tourné vers le clip musical ainsi que vers la publicité lors des années 90, terrain d’expérimentation qui lui aura valu le statut de grand gourou d’expertise technique et visuelle. Des techniques et artifices qui lui auront par ailleurs servi plus tard dans ses divers longs-métrages. Après le brillant Zodiac sorti il y a  maintenant deux ans, Fincher s’attaque désormais à un sujet et un film assez différents de tout ce qu’il a pu faire jusqu’à présent. Le résultat cependant ne sera pas forcément à la hauteur des attentes de tout le monde…

Adapté d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald (également auteur de Gatsby le magnifique), L’étrange cas de Benjamin Button raconte l’histoire d’un enfant recueilli par un jeune couple doté d’une particularité bien curieuse : il est né vieux. Peu à peu, alors que les années et sa vie avancent, l’enfant/vieillard commence à rajeunir tout en grandissant. Les années passent et le vieillard dénommé Benjamin Button (Brad Pitt) rajeunissant n’a qu’une seule chose en tête : retrouver l’amour de sa vie (Cate Blanchett).

Le synopsis inverse de Jack (un enfant qui vieillit à une vitesse fulgurante), le nouveau film de David Fincher ressemble également et malheureusement à beaucoup d’autres films et c’est là ou réside sa véritable faille. À commencer par le dernier Francis Ford Coppola, L’homme sans âge, dont le discours et les thématiques (l’âge, le temps, le vieillissement…) sont assez semblables mais également et surtout le Forrest Gump de Robert Zemeckis où les similitudes entre la structure des deux scénarios et les rapports qu’entretiennent les personnages entre eux sont particulièrement frappantes (la mère, la femme de sa vie, la figure de mentor…). On citera notamment le Big Fish de Burton pour la narration et l’utilisation du flashback ainsi que quelques clins d’œil avoués à Jean Pierre Jeunet (les images super 8 en Noir et blanc de l’homme qui se fait foudroyer).

Irréprochable en revanche d’un point de vue purement esthétique, on appréciera l’onirisme et la magie se dégageant de la beauté des images du film. Bien qu’étant un chouïa esthétisant par moments, on ne pourra néanmoins qu’admirer l’innovateur technologique qu’est David Fincher (le cinéaste et son équipe a ici mis au point une nouvelle technique par images de synthèse où les traits du personnage sont tantôt vieillis, tantôt rajeunis, allant jusqu’à même greffer le visage de l’acteur sur un autre comédien). De ce fait on pourra évoquer une séquence, très belle et touchante, entre le personnage principal et son père se déroulant sur une jetée au bord de l’eau au coucher du soleil ou encore celle où Cate Blanchett se met à effectuer des pas de danse en robe rouge dans la brume d’un parc devant les yeux émerveillés de Brad Pitt. L’acteur fétiche du réalisateur (Benjamin Button est leur troisième collaboration après Seven et Fight Club), ici contraint de jouer à la fois un enfant, un vieillard et homme de trente ans, se révèle assez surprenant par moments mais sans nous transcender pour autant.
Outre des influences trop présentes, surviennent également des problèmes de rythme. Tout comme pour Zodiac, le but est bien évidemment de nous faire ressentir physiquement le temps qui s’écoule par la durée du film et sa rythmique. Une rythmique qui malheureusement s’avère assez inégale quant à son dosage. Tout comme Zodiac également, Benjamin Button peut être perçu comme le portrait d’une époque (En effet nous pourrions percevoir les deux films comme étant un diptyque dans la carrière du cinéaste) mais qui s’intéresse finalement bien plus au récit principal et à ses personnages.

Une attente semi récompensée donc où tout le monde rempli bien leur cahier des charges (le metteur en scène et ses acteurs en tête) mais qui demeure néanmoins quelque peu insatisfaisant et décevant dans l’ensemble. L’étrange cas de Benjamin Button n’est pas le chef d’oeuvre de Fincher auquel on s’attendait mais demeure néanmoins un film qui donne espoir vis à vis de l’avenir du cinéaste, manifestement désireux de se tourner vers des projets différents.


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