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Les Nuits rouges du bourreau de jade

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Glamoureuses nuits rouges du bourreau de Sade, ou frustes nuits rouges d´un bourreau crade ? Haletante série B ou simple navet « griffé » ?

C’est l’histoire de deux potes fanas d’une actrice, Laurent Courtiaud et Julien Carbon, critiques et scénaristes. L’icône à la moue boudeuse, c’est Carrie Ng : prédestinée, avec un tel prénom, à devenir une star de l’épouvante, mais surtout plantureuse habituée des sulfureux films hongkongais de Catégorie III – ouh là là ! Carrie interprète donc le rôle de… Carrie. Hommage discret s’il en est, et d’une rare subtilité, n’est-ce pas. Une infinie délicatesse qui a même poussé nos deux réalisateurs à assortir les inspirations les plus hype en matière de haute couture. Feuilletons ensemble leur catalogue…

Frédérique Bel – dite Catherine (Deneuve ?) – la blonde hitchcockienne, porte un mystérieux et élégant trench beige. Gimmick rétro par excellence ! Mi film noir, mi Nouvelle Vague : il se décline en toutes saisons. Idéal pour camoufler les traces de sang sur un chemisier et, pourquoi pas, cacher un silencieux. Une pièce maîtresse dans le dressing d’une héroïne. Carrie porte d’authentiques chaussures Louboutin. Sa signature : les semelles rouges passion… Chaleur torride à Hong Kong ! Les gouttes de sueur perlent sur les tempes de nos femelles. Mesdames : on laissera le soutien-gorge au placard. De quoi émoustiller ces messieurs, fantasmant sur tout ce qui bouge sous nos robes satinées. De préférence les bonnets C.

Avant d’être un défilé de mode, ce film est sensé être un film d’angoisse. Malheureusement, la collection printemps/été de clichés grossièrement référencés nous blase d’entrée de jeu. Impossible de prendre au sérieux ne serait-ce qu’un cheveux de cette intrigue mince comme un fil. Aussi fine qu’une jolie nana éthérée déambulant en chemise de nuit… On ne pense pas tant à Carla Bruni qu’au personnage de Tulip, la caricature de poupée chinoise désincarnée, avec laquelle Carrie va faire mu-muse dans sa chambre pseudo futuriste. Après tout, le scénario de ces Nuits rouges ne vise pas plus haut que celui de n’importe quelle série B : en soi, ce n’est pas un souci. Le fait est que, sous ce parti pris, plus rien ne peut venir masquer le symbolisme au rabais de cette œuvre d’un fétichisme lourdement estampillé Galeries Lafayette.
 

Laurent Courtiaud et Julien Carbon ont du bon matos pourtant, de quoi mystifier à pleins tubes. L’hommage à Princesse Chang Ping, notamment, adapté par John Woo en 1975, narrant l’histoire de deux amants maudits voués à se suicider au poison. Notre implacable tueuse désire justement mettre la main sur un poison, celui du légendaire bourreau de Jade, contenu dans une antiquité dont Catherine s’avère être la malchanceuse détentrice. Pas de bol. Notre blonde énigmatique voulait toucher le jackpot, elle se trouve coincée dans le petit musée SM des horreurs. Les indémodables eros et thanatos ont encore frappé. Le danger de ce bon vieux duo : touiller du poncif en pensant embrasser le trouble mariage du sexe et des ténèbres. Tout y est pourtant : lit de suffocation, latex, bondage… Une tentative louable de vulgarisation culturelle à destination des novices. Rien de plus.

Evidemment, on tremble parfois. Bon sens Pavlovien : nous sommes obligés d’avoir peur d’une meurtrière qui enfile les bagues de Karl Lagerfeld pour labourer sa victime paralysée, et qui plus est les seins à l’air. Maman, ça fait mal ! Quant aux rapports de Carrie avec son protégé masculin : on devine en filigrane qu’ils sont… Chastes ? Impossibles ? Ardents ? Fraternels ? Maternels ? Bref, ils sont. A nous d’y voir ce qu’on veut, la question reste en suspens. On se contentera d’admirer notre archétypale mante religieuse dans ses violents charcutages lesbiens, arrosés de Dry Martini. Le saphisme chic est à rajouter à la longue liste de banalités freudiennes, au même titre que les talons aiguilles, rubrique « obsessions masculines ». Ne pas se fier à cette imagerie faussement venimeuse, prétendument raffinée mais réellement mainstream, dont le verni est garanti essentiellement par la préciosité teintée SF des compositions, et le potentiel sous-exploité d’un Hong Kong photogénique. La sensualité est exclue de ce spectacle frigide, figé dans l’admiration narcissique de ses effets léchés. Des effets usés jusqu’à la corde : comme le chassé-croisé en boîte de nuit, digne des meilleurs épisodes de Derrick, mais sans les strip-teaseuses et la musique disco. Du chic télévisuel remasterisé, en somme.

« C’est le monde que j’ai créé, et personne ne le comprend ! »

Qu’à cela ne tienne, faisons un effort. Amusons-nous à pénétrer les méandres psychanalytiques de ce film… Le résultat s’avère vite confondant. Monsieur Ko ne semble être là que pour se faire trucider, lui et sa bande de mafieux, par une Carrie décidemment insaisissable et prédatrice. Girl power ? On pourrait gloser un dénouement infiniment féministe, du fait de la présence fantomatique et relativement accessoire des mâles dans cette intrigue. Mais quid des profils de nos drôles de dames endimanchées ? On résume : la pute travestie en bourge, la victime consentante, la greluche mal avisée, et la dominatrice insatiable. Une femme forte, c’est une pute destructrice. Et, c’est bien connu, les putes destructrices n’ont pas besoin des hommes qu’elles dévorent ou maternent, comme le favori insignifiant de Carrie. L’équation est simple. Et si on peut, en prime, se payer le luxe de voir cette bande de connes s’entredéchirer en se rinçant l’œil de temps en temps… c’est tout bénef’ ! Notre diagnostic : un plaisir misogyne, masochiste et voyeuriste.

>> Nostalgiques du génie hongkongais, mieux vaut chercher dans le dernier Coin du cinéphile !

Titre original : Les Nuits rouges du bourreau de jade

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Durée : 98 mn


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