Les Enfants sont partis

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Ni drame, ni comédie, aparté doux amer sur un couple qui se retrouve face à lui-même quand « Les Enfants sont partis », le film de Daniel Burman auréole de grâce Oscar Martinez et Cecilia Roth dans un quotidien aussi réaliste que fantasmagorique. Une petite réussite d´une grande simplicité.

Ce métrage argentin s’inscrit dans la nuance. La scène d’ouverture nous fait pénétrer d’emblée dans l’univers des personnages. Un restaurant aux lumières tamisées, des convives échangent des réflexions enjouées. Dans une ambiance merveilleusement feutrée et animée, la caméra glisse sur les visages, cernant chaque individualité pour la détacher du groupe et l’y fondre à nouveau, s’attardant sur un regard décoché en coin, saisissant un trouble, une complicité, un agacement. Le clair obscur du repas donne le ton et lance l’intrigue : il s’agira des interrogations d’un couple parvenu à l’âge poivre et sel.

Comme l’indique le titre du film, "Les Enfants sont partis", le cinéaste aborde les choses avec simplicité et évidence, ce qui lui permet ensuite de creuser finement le discours pas à pas. Les ramifications sont multiples, faites d’essentiel et de détails, adroitement reliées entre elles. Sans en avoir l’air, les enchaînements et la beauté des images sont parfaitement maîtrisés.

C’est sans doute au seuil de la vieillesse qu’on goûte à nouveau un peu de jeunesse. La mère reprend ses études et le père s’éprend d’une jeune femme imaginaire. Quand ils sont réalité, Daniel Burman ne fuit pas les clichés, il préfère s’interroger sur toutes les subtilités de leur consistance. Rien d’extraordinaire dans ce film, et le merveilleux n’est que celui qui appartient au quotidien, pourtant le cinéaste emmène ses personnages sans retenue, mais aussi avec une pudeur empreinte d’ineffable magie.

Parce qu’il ne recherche pas l’originalité à tout prix, il atteint à cette profondeur en suspens qui constitue l’essence de la vie. Le fantasme et la réalité viennent alors à se confondre et la porte s’ouvre au poétique. Les retrouvailles des parents avec leur fille tout juste – déjà ! – mariée, sont l’occasion de parcourir l’immensité escarpée des abords de la Mer morte au pays étrange d’Israël. Un homme et une femme dérivent sur l’eau, deux gouttes accolées l’une à l’autre, perdues dans l’océan de ce monde, et qui ont construit à deux.

Un très beau film qui prend de l’ampleur au fil des plans, tissé d’élans et de doutes, qui mêle l’intime au plus vaste, et saisit avec chaleur les relations humaines. S’en dégage une lumière diffuse qui tend vers l’éclat sans jamais nous aveugler.

Titre original : El nido vacío

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Durée : 92 mn


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