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Les 2 Alfred

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Légère et loufoque, une comédie dans le plus pur style de Denis Podalydès.

Il est temps à nouveau. Oh temps à nouveau. De nous jeter à l’eau

Comme le prêche Jean-Louis Aubert dans Temps à nouveau; lorsque le monde implose ; il est temps de trouver un nouveau souffle. Tandis que sa femme (Vanessa Paradis) est partie en mission sous-marine; Alexandre (Denis Podalydès) dispose d’un petit mois pour refaire surface. Il doit prouver sa capacité retrouver un emploi tout en s’occupant de l’éducation de leurs deux progénitures.  Au même titre que dans Liberté Oléron et Comme un avion ,   la métaphore aquatique traduit chez Bruno Podalydès le sentiment de flottement dans lequel l’Homme aime à se complaire. Une forme de paresse qu’un doux rêve de jeunesse pare d’espoir de changement.  Le réalisateur nous offre un portrait tout en rondeur d’un quinquagénaire dont la candeur ne subit pas l’usure du temps. Dépassé par le progrès, Alexandre le bienheureux  croit en sa bonne étoile. Sa détermination à foncer tout droit, même quand un virage est au bout de la route, le conduit à être engagé dans une start-up dernier cri. Lunaire, immature, maladroit, bourré de bonnes intentions, la figure masculine se dédouble pour mieux nous charmer et nous désarmer, Alexandre rencontre son clone, Arcimboldo, (Bruno Podalydès), avec lequel il se lie d’amitié. Aventuriers des temps modernes, ils vont se serrer les coudes pour performer  dans une monde engagé dans une course vaine vers l’efficience. Et nous emportent sans forcer dans leur sillage, l’élégance des deux Podalydès n’ayant d’égal que leur complicité.

 

 

Prendre de la hauteur

Le cadre ainsi posé, les situations rocambolesques, vraies ou vraisemblables, poussent comme des champignons en plein automne. Ce n’est pas tant l’accumulation de gags qui suscitent le rire, d’autant plus que certains présentent un air de déjà vu, notamment dans le récent  Effacer l’historique , avec lequel Les 2 Alfred partage maintes problématiques. Mais contrairement au film de Delépine et Kerven, la satire ne constitue pas l’alpha et l’oméga axiologique du regard de Podalydès. Il ne s’agit pas de s’insurger à tous crins  contre les dérives de l’intelligence artificielle, l’uberisation ou tous autres pseudos-progrès, mais de souligner avec malice et compassion notre légitime désarroi. L’ humour naît plutôt du  décalage de rythme entre deux types protagonistes. D’un côté, les hyperconnectés  muent par l’impérieuse volonté de multiplier les initiatives, les réunions, de parler et prendre des décisions à toute vitesse, de l’autre, les deux compères débonnaires qui continuent leur train-train comme si ce ne rien n’était et débrouillent les situations avec simplement deux bouts de ficelle. Sans intention de rallier ou d’opposer les deux camps en présence, les vintages et les progressistes tanguent ensemble sur une embarcation qui ne sait pas vraiment où elle va. Pour ne pas perdre totalement la boussole, il faut alors regarder plus haut, en direction du ciel, dans lequel il y a toujours un drone prêt à nous venir en aide. Le nouveau monde n’a pas fini de nous infantiliser.

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