Le maître du kabuki

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Adapté d’un roman, le film propose un voyage au pays du kabuki.

Un carton au Japon

Sorti en salles au Japon au mois de juin, le film a connu un immense succès avec plus de 11 millions de spectateurs. Sur la thématique, on pourrait le comparer à un autre grand succès du cinéma mondial, un film sino-hongkongais, Adieu ma concubine de Chen Kaige, sorti en 1993 et qui racontait aussi dans le détail et avec force décors et costumes magnifiques l’histoire de deux jeunes gens contraints à se travestir pour interpréter des opéras chinois traditionnels. Ici, le film est japonais, l’art sera le kabuki apparu au Japon au XVIIe siècle et dont le shogunat, par peur de la dépravation des mœurs, avait condamné là aussi les hommes à se travestir pour interpréter les rôles féminins. Si l’opéra chinois a un peu perdu de sa splendeur en raison du marxisme et de la révolution culturelle, le kabuki est toujours aussi populaire au Japon et, à Tokyo, un théâtre qui fonctionne tous les jours lui est dédié.

Une histoire d’art et de rivalité

Mais si le film se veut d’une très grande précision sur l’art du kabuki, allant fouiller dans les décors et les maquillages à l’extrême, l’histoire ici n’est pas seulement une histoire d’amour, comme dans Adieu ma concubine, et nullement homosexuelle, mais conte la rivalité entre le fils d’un maître du kabuki et un jeune homme qui s’y adonne depuis son plus jeune âge. Le film se passe en grande partie à Nagasaki dans les années 1960. Donc ainsi, à la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, quatorze ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Durant des décennies, les deux jeunes hommes évoluent côte à côte, de l’école du jeu aux plus belles salles de spectacle, entre scandales et gloire, fraternité et trahisons… L’un des deux deviendra le plus grand maître japonais de l’art du kabuki.

Le réalisateur d’Impitoyable

Ce qui peut expliquer aussi le succès du film au Japon, c’est bien sûr la notoriété du réalisateur. En effet, Sang-il Lee, né en 1974, est un réalisateur japonais d’origine coréenne. Il étudie à l’Institut japonais de l’image animée, école de cinéma fondée par Shōhei Imamura. En 2000, son film de fin d’études, Chong, est très remarqué. Depuis, il a réalisé dix longs métrages, dont en 2013 Unforgiven, présenté au festival du Venise, remake du western Impitoyable de Clint Eastwood. C’est donc une très belle carte de visite mais son nouveau film ne travaille plus les mêmes sujets que ceux auxquels il avait habitué ses spectateurs. Ici, le thème du kabuki est exploité avec grâce, sophistication et précision comme si le récit qui l’enrobe n’était qu’un prétexte à magnifier cet art populaire qu’il doit aussi aimer. Il en raconte la genèse dans le dossier de presse : « Il y a environ quinze ans, j’ai eu l’idée de faire un film sur les onnagata [acteurs qui jouent des rôles féminins] dans les représentations de kabuki. Le maître du kabuki (Kokuho) est né de cette envie. J’ai fait beaucoup de recherches et me suis plongé dans l’univers du kabuki. Je voulais écrire une histoire inspirée d’un acteur ayant réellement existé, mais je ne savais pas comment la développer.

Adaptation littéraire

J’ai ensuite eu l’occasion de parler de mon idée avec le romancier Shūichi Yoshida – dont j’avais adapté auparavant le roman Villain au cinéma – et cela a semblé l’intéresser. Quelques années plus tard, j’ai appris qu’il écrivait un roman sur le kabuki, qui serait publié en feuilleton dans un journal : Kokuho (qui signifie Trésor National). Cela m’a intrigué. J’étais curieux de voir comment Yoshida allait dépeindre ce monde et quelle histoire il allait raconter. Je n’ai pas immédiatement pensé à adapter le roman au cinéma. Puis j’ai vu l’enthousiasme croître autour de ce projet jusqu’à ce qu’il devienne réalité. » Le livre est devenu ce beau film, et le scénario a été écrit en collaboration avec Satoko Okudera à partir du livre. Mais le film ne serait rien sans une distribution prestigieuse, le montage de Tsuyoshi Imai, les images de Sofian El Fani, les costumes de Kumiko Ogawa et les chorégraphies de Hirokazu Taniguchi et Tokuyo Azuma, et la supervision du maître du kabuki, Ganjiro Nakamura.

Titre original : Kokuho

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Durée : 174 mn


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