Select Page

Le Caméraman (The Cameraman)

Article écrit par

The Cameraman est l’un des films les plus réussis avec Buster Keaton, même s’il est moins connu que Le Mécano de la générale. L’un des plus représentatifs aussi. L’histoire est celle d’un petit homme maladroit mais gentil, qui rêve de devenir photographe. Il devra faire ses preuves, aidé par la femme dont il est immédiatement […]

The Cameraman est l’un des films les plus réussis avec Buster Keaton, même s’il est moins connu que Le Mécano de la générale. L’un des plus représentatifs aussi.

L’histoire est celle d’un petit homme maladroit mais gentil, qui rêve de devenir photographe. Il devra faire ses preuves, aidé par la femme dont il est immédiatement tombé amoureux. Notre héros, gaffeur né, provoque de nombreuses scènes drôles. Il devra persévérer et croire en lui pour forcer son destin et réaliser ses rêves. Les gags sont très inventifs et jamais répétitifs (voir les séquences de la piscine, de la guerre des clans chinois, du base-ball,…). Les personnages, sympathiques et attachants, sont au service d’une intrigue menée sur un rythme prenant. Bref, voici une très bonne comédie, bel hommage au temps du burlesque muet.

Mais à y regarder de plus près, il y a tout de même quelque chose d’énervant dans The Cameraman, qui transparaît dans bon nombres d’autres films avec Buster Keaton, et sur laquelle jouent pas mal de « blockbusters » hollywoodiens actuels. En effet, comment ne pas voir dans son personnage une forme d’affirmation du rêve américain naïve et simpliste (tout le contraire du cinéma de Chaplin, en quelque sorte) ? Le propos semble clair : il ne faut pas complexer, mais persévérer, foncer, forcer la chance et croire en son étoile. L’échec ? Il ne peut pas se présenter comme issue tant que l’on a courage et la volonté de recommencer. Car la chance sourit surtout aux audacieux. N’importe qui peut donc réussir, tout est donc affaire de méritocratie et non de disposition naturelle. Discours gentillet, qui passe car le film a surtout la prétention de divertir, ce qu’il fait avec une réussite certaine, mais qui, dès lors qu’on y réfléchit bien, est plutôt insupportable.

Lors de « l’happy end », Keaton trouve les deux choses qu’il cherchait : l’amour de sa vie et le job de ses rêves. C’est donc ça le bonheur parfait, et il est somme toute à la portée de chacun. Le héros de Chaplin lutte pour survivre, celui de Keaton pour s’accomplir dans une vision caricaturale et réductrice du bonheur. Quand Chaplin évoque le rêve américain, à ses débuts (sans même évoquer des films comme Monsieur Verdoux ou Un roi à New York), il tend vers l’universel alors que les films avec Keaton sont bornés par une idéalisation (consciente ou non) énervante car définitivement ancrée dans « l’esprit américain ».

On a souvent comparé Chaplin et Keaton. A considérer que The Cameraman est l’un des films les plus réussis avec Keaton, voici peut-être la preuve que si, sur la forme, ces deux types de cinéma se rapprochent, ils s’opposent profondément sur le fond. Les films avec Keaton, de par la nature des aspirations du personnage qu’ils mettent en scène, sont toujours amenés à être répétitifs et naïfs (chercher un job, trouver l’amour, être heureux ; ah, le rêve américain n’est pas une utopie, il attend au coin de la rue ceux qui voudront bien y croire). Ils manquent dès lors de justesse et de force. Chaplin, à l’inverse, touche beaucoup plus d’émotions parce que ses films sont d’une autre moelle, autrement plus profonds, intenses, intemporels et universels.

Titre original : The Cameraman

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 75 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Outrage

Outrage

Les six films d’auteur réalisés par Ida Lupino entre 1949 et 1966 traduisent l’état de « victimisation » dans lequel est maintenue
la femme américaine face aux défis de la reconstruction sociale de l’après-guerre. « Outrage » formalise, à travers l’esthétique du film noir, le trauma existentiel d’une jeune fille sauvagement violée. Poignant en version restaurée.