Le dernier livre d’Olivier Rajchman retrace le tournage de 20 films dont 19 cultes, qui ont tous marqué les spectateurs autant par l’ingéniosité déployée pour être menée à terme, que par les épreuves et le chaos de leur production. Et le premier attrait de cette œuvre réside dans le temps qu’elle emploie : le présent. Écrit avec précision et sur la base de moult sources scientifiques et érudites, l’auteur restitue les tournages pour ce qu’ils sont sur l’instant : un saut dans l’inconnu vécu au jour le jour, tant pour leurs auteurs et mécènes que pour l’équipe qui les accompagne. Un état de fait qui, pour rester fullerien, illustre le fameux propos d’un certain général prussien : « aucun plan de bataille ne survit au premier contact avec l’ennemi ». L’ennemi, en l’occurrence, n’étant pas une armée, mais la folie inhérente aux milieux, quelle que soit l’époque, qui aboutissent, chacun à leurs manières, à la création d’un film. Et cela, qu’ils soient américains ou européens.
L’aventure des films montre ainsi toute la force de caractère, l’opiniâtreté, nécessaire face à l’épreuve de la création filmique, mais surtout la foi des cinéastes, de leurs producteurs, autant dans leur art, dans leurs capacités individuelles, qu’en leur équipe technique, pour parvenir à bout d’un tournage. Un tournage dont il est clair au travers de ces lignes qu’il est d’abord et avant tout une aventure humaine qui prend souvent des traits romanesques. Ainsi, plus que la confiance et la rationalité, c’est surtout l’envie et le désir qui guident les auteurs au fils des épreuves qu’ils rencontrent et cela, quelles que soient leurs différences ; il s’agit peut-être même de leur seul point commun respectif. Ce désir commun pourrait être ainsi résumé : voir rêves et fantasmes, plus encore que des idées, prendre vie et animations, inspirer, donner à penser, distraire et surtout émouvoir.
Ainsi, et ce sera le second attrait majeur de l’ouvrage, la démarche de l’auteur de ce livre permet de démythifier le tournage de 19 chefs-d’œuvre du septième art aujourd’hui légendaires. Un acte qui, ainsi, ne les met plus hors d’atteinte du quidam moderne, comme de n’importe quel réalisateur en devenir et curieux de connaître la vérité plus que la légende. Ce ne sont ni des Dieux ni des demi-dieux qui ont réalisé ces 19 jalons cinématographiques, juste des hommes, dans le sens le plus humaniste du terme. Des hommes pourvus de qualité et de défauts, de force et de faiblesses. Jamais manichéen, le livre brosse ainsi un ensemble de portraits de personnalités complexes et touchantes à la fois, parfois énervantes, dans un souci de justesse aussi bien que de justice.
Par voie de conséquence, en démythifiant les auteurs, Olivier Rajchman génère une empathie à leurs égards, ce qui renforce l’immersion de son livre. Cette immersion est accrue par une prose fluide, allant droit au but sans emphases inutiles (écueil dans lequel tombent trop souvent les exégètes consacrant leurs livres à leurs cinéastes préférés). L’ouvrage se lit ainsi simplement et constitue, en plus d’une belle démarche de vulgarisation historique, une œuvre efficace d’introduction à l’univers du cinéma et aux qualités requises pour connaître le succès ; à savoir l’esprit d’équipe. Car n’oublions pas que quand un art est collectif, la qualité humaine fait partie du talent du maître d’œuvre. Et c’est d’ailleurs pour l’avoir oublié que certains auteurs, bien qu’allant créer des chefs-d’œuvre, n’allaient pas avoir la carrière escomptée.
C’est peut-être le dernier bon point de cet ouvrage qui donne envie de faire du cinéma : en parlant de la destinée de la carrière des réalisateurs après la réalisation des œuvres étudiées, il indique et souligne avec subtilité les conséquences des risques et pièges dont il faut particulièrement se méfier. Surtout dans la mesure où même les plus grands y ont succombé. Concluons que le livre n’est pas dénué du sens de l’ironie, pour encourager tout à chacun à s’en procurer un exemplaire dès qu’il le pourra.




