L’arche de Noé

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Portrait tragi-comique d’un centre d’accueil pour jeunes homosexuels.

Des jeunes en béton

Entre documentaire et film de fiction parfaitement écrit et mis en scène, ce premier long-métrage revendiqué comme choral est une belle réussite. Aucun pathos, aucun misérabilisme, L’arche de Noé nous entraîne directement dans une sorte de huis-clos qui se conclura dans un déluge pour mettre en scène le quotidien d’un centre d’accueil pour jeunes homosexuels à la rue qu’il faut aider et réinsérer, dirigé par Noëlle, interprété par une incroyable Valérie Lemercier qui a raté sa propre vie mais ne veut pas « se faire chier avec les émotions ». Le décor est planté et presque tous les personnages, particulièrement bien campés par le biais d’une sorte de Candide, le stagiaire Alex, joué par Finnegan Oldfield, lui aussi en décalage et sans doute blessé lui aussi par la vie, comme tous ces êtres à la fois fragiles et « en béton » – comme le déclare le réalisateur – qui se heurtent aux parois du local et de la vie, dans un « joyeux bordel » qui est là sans doute pour cacher l’horreur de leurs existences souvent fracassées et malmenées. 

Un joyeux bordel

L’arche de Noé, avec ce titre faussement naïf, aurait pu se la jouer larmoyant et bien pensant. Il n’en est rien bien sûr, sinon il serait devenu aussi fade qu’un téléfilm. Non, sa force vient justement de son point de vue qui ne porte aucun jugement et qui semble, grâce au scénario du réalisateur lui-même, donner libre cours aux expressions et aux coups de gueule des pensionnaires du centre. On retrouve d’ailleurs ici (même si le scénario est celui d’une fiction particulièrement bien écrite) l’influence du documentaire qu’avait découvert Bryan Marciano quelque temps avant de faire ce film. Il le confie lui-même dans le dossier de presse du film : « J’avais vu un reportage sur le sujet. Il y avait un jeune gars bien né et une jeune fille lesbienne, qui venait de la rue et jouait du djembé. C’était à la fois bouleversant et très drôle. Décalé. L’idée d’un huis clos où se retrouveraient des gens très différents mais avec la même problématique a trotté dans ma tête pendant un moment. Et puis j’ai voulu les rencontrer, sans vraiment avoir de but, mais avec une envie de récolter des témoignages. » Construit donc à partir d’histoires vraies, le film fonctionne à plein comme s’il créait un genre à mi-chemin entre docu et fiction. Et c’est pour honorer ce choix qu’il a aussi tenu à présenter la travailleuse sociale qui a inspiré le personnage de Noëlle à celle qui allait l’interpréter à l’écran. D’ailleurs, Valérie Lemercier s’en explique dans le même dossier de presse : « Il avait un modèle que j’ai d’ailleurs rencontré. Le monde associatif est un monde que je ne connais pas, composé de gens qui consacrent une large partie de leur temps aux autres sans jamais obtenir un merci. Il y a quelque chose de l’ordre de la foi pourrais-je dire. Foi en la vie ou en autre chose. C’est émouvant de les voir se dire qu’ils peuvent peut-être faire quelque chose pour ces gamins. Essayer d’en sauver au moins un. Ce qui me séduisait dans mon personnage, c’est qu’elle n’a pas les armes pour affronter cela. En faisant la connaissance de mon modèle, j’ai compris que ces gens étaient un peu comme des médecins, obligés pour se protéger de se montrer froids et distants. »

Tu me fais chier avec ton émotion

Bref, une réussite pour un premier long-métrage prometteur, grâce à la lumière de Vincent Van Gelder co-signée par Bryan Marciano, un montage remarquable de Samuel Danesi et des décors qui fonctionnent bien dus à Séverine Baehrel. Et bien sûr quatorze comédiens, dont de nombreux non-professionnels qui arrivent à montrer par des attitudes ou des petits riens la dignité et la souffrance de ces malmenés par les carcans et les a-priori de la vie. 

Titre original : L'arche de Noé

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Durée : 105 mn


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