LE SILENCE DE SIBEL

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Échappée de l’enfer instauré par Daesh, une adolescente peut-elle reprendre gout à la vie ?

2014, à Sinjar, au nord-ouest de l’Irak, après avoir assisté à l’assassinat de ses parents, Sibel va devenir l’esclave de leurs bourreaux. Violée, battue, comme des milliers de jeunes filles et de femmes, elle est libérée contre rançon par Hana, qui la rapatrie en France. Malgré toute l’affection et l’attention de cette dernière, Sibel se mure dans un silence permanent.

Les visages de l’horreur

De la violence insoutenable qui s’abat sur Sibel et sa famille,  deux éléments suffisent à sa traduction. Un écho sonore : les supplications de la mère écrasées systématiquement  par le hurlement des accusations et des injonctions à la conversion répétées par les djihadistes. Une image : le regard bleu intense de ces bourreaux. En reléguant  hors-champs l’acte de mise à mort, la scène d’ouverture en renforce l’impact. C’est dans l’imagination de Sibel, dans ses cauchemars que la scène va se rejouer indéfiniment dans le nouveau foyer, pourtant apaisant,  où elle est recueillie en France. Comme dans un film d’horreur, le corps de l’enfant  porte les stigmates du Diable, ainsi que sa semence. C’est une source  de douleur : rejet d’un repas frugal, un reflet constant de sa souillure : aucun vêtement, aucun bain ne pourront y remédier. Alors que le seul moyen de s’en sortir serait de regarder devant, Sibel se voit sans cesse rattrapée par son passé, le jour par son propre reflet : dans un miroir ou dans les regards bienveillants de ceux qui connaissent son traumatisme, la nuit dans les images glaçantes de ses cauchemars. Sans prononcer pratiquement aucune parole, grâce à une expression corporelle toute en convulsion maitrisée et un regard qui ne provoque jamais la compassion  Melissa Boros – dont c’est ici le premier rôle -,  exprime avec une puissance sidérante l’étendu des traumatismes subis par son personnage.

Impuissance des mots

Face aux maux et aux silences de Sibel, les adultes, et plus particulièrement Hana pense que la guérison viendra par les mots. Effacer la barrière de la langue par des cours de Français, consulter une psychologue, tenter de rassurer Sibel par la douceur de ses paroles, la mère adoptive multiplie les initiatives et les rencontres. Autant les scènes d’intimité entre l’enfant et Hana dégagent une émotion forte  non feinte, autant les scènes en présence des différents intervenants : médecins, assistante sociale, ex-compagnon pêchent par leur dimension démonstrative. Comme dans un documentaire, trop scénarisé le jeu des comédiens manquent par moments de spontanéité. Si Aly Yeganeh n’arrive pas à éviter cet écueil souvent associé à des films qui veulent creuser la dimension sociale de leur sujet, il parvient cependant à développer avec plein d’à-propos, des problématiques liées à l’adoption. Pour accueillir le mieux possible Sibel, Hana tente de se « mettre à la place » de la jeune fille meurtrie. Mais, l’empathie se heurte forcement à des limites. La première étant le rôle éducatif de l’adoptant. Modestement, à l’image du budget dont il a pu disposer, le Silence de Sibel aborde avec sincère sensibilité et sans pathos non seulement le génocide qui a ravagé une partie de l’Irak, et aussi un problème plus « proche  de nous » ; celui de l’adoption.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Durée : 95 mn


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