La Belle et la Meute

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La réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania s’empare d’une histoire de viol pour la détacher de sa banalité, grâce à la fiction. Un long métrage haletant.

Sans le vouloir, la sortie de ce film coïncide avec une actualité, les femmes et les hommes, les silences, les agressions, les non-dits, les prises de paroles en cas de violence physique ou morale. Le film, présenté cette année au Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, n’a pas laissé de marbre ceux que l’avaient vu en mai dernier. On comprend aujourd’hui pourquoi. La réalisatrice habituée aux documentaires tend, dans La Belle et la Meute, à entraîner le public, grâce à l’utilisation de plans séquences habiles, à la suivre dans cette histoire, ce cauchemar éveillé.

Mariam, une étudiante Tunisienne, à la fois enfantine et pulpeuse, s’amuse en soirée. Dans une Tunisie en pleine mutation politique, trépidante, la jeune femme se laisse aller à la vie, aux joies de son âge, à un garçon. Hormis danser, rire et s’amuser avec ses copines, Mariam ne fait rien de choquant pour cette société de l’interdit, du caché. Alors qu’elle repère un beau garçon, la voici prise dans les mailles de la police, agressive, qui la secoue, qui la violente, et dont elle peine à sortir gagnante.
 

Que faire dans une situation où ceux censés vous défendre, vous agressent ?

Le film est puissant, en nous tenant en haleine jusqu’aux dernières minutes. On accompagne Mariam sans la juger, en la comprenant, en ressentant presque sa douleur qui se change en lutte contre un pouvoir infâme. La réalisation, originale et haletante, pousse à se laisser embrigader – sans jeu de mots, dans cet enfer éveillé, cette nuit où tout se passe. Impossible d’enlever de nos esprits l’actualité, le présent. Et c’est bien là l’intérêt du cinéma, dépasser les frontières fictionnelles pour arriver sur un terrain de discussion, interroger aujourd’hui, tout en ayant matière à la réflexion. Pari réussi pour cette réalisatrice ancrée dans son époque qui, malgré des maladresses dans certaines scènes, arrive à pousser les portes de la fiction tout en s’imprégnant du réel. Sans être glauque, dans le jugement ou l’accusation, simplement en étant là, dans nos cinémas.

Titre original : La Belle et la Meute

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Durée : 100 mn


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