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Killer of sheep

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Film culte, classé par la Librairie du Congrès parmi les meilleurs films du monde, et par la Critique américaine comme l´un des 50 les plus importants, récompensé au festival de Berlin en 1981, « Killer of sheep » sort en France (fin septembre 2008) simultanément en salle et en DVD.

Inutile de vous dire qu’il faut vous précipiter pour voir ce chef-d’œuvre, à la photo noir et blanc impeccable, à la musique éclectique et émouvante (mêlant élégamment jazz, country et classique de Clyde Otis à Rachmaninoff, en passant par Anton Dvorák ou Louis Armstrong et son célèbre West End Blues, etc.). En prenant pour axe le regard un peu mélancolique et désabusé de Stan (interprété par le très beau Henry G. Sanders), tueur de moutons dans un abattoir de la banlieue de Los Angeles, ce film ne juge pas mais montre magnifiquement une sorte de tranche de vie dans le ghetto noir de Watts au milieu des années 70. Le vittellonisme des personnages, leur errance entre jeux de hasard et petits coups possiblement foireux, montrent bien leur solitude et leur ennui quasi métaphysique qui, même sans violence, ne va pas rétrospectivement sans évoquer les révoltes qui enflammeront ces quartiers à la fin des années 80.

La caméra de Charles Burnett n’a pas sa pareille pour filmer, notamment, la poésie qui se dégage malgré tout de cette forme de désespérance, notamment dans des scènes simples mais toutefois grandioses, comme la danse à contrejour entre Stan et sa femme (la très belle Kaycee Moore), Stan qui se passe une tasse de café tiède sur la joue pour en éprouver la douceur quasi érotique, ou encore toutes ces belles scènes avec les enfants qui jouent, chahutent ou rêvent dans le désordre des rues du quartier. Forcément sublime ce ghetto entre réminiscence africaine et mélancolie urbaine, avec des séquences un peu burlesques comme celle du moteur tombé du camion, ou de la crevaison sur le chemin du champ de courses.
L’ennui suinte de toute part mais, ce qui est incroyable, la vie aussi est très présente sous la forme de cet amour timide et pudique entre les êtres, cette chaîne sans fin qui fait le miel de la vie. Il n’est pas étonnant que ce film plein d’espoir comme de doute soit devenu l’un des plus beaux films du monde, je ne le connaissais pas et c’est pourquoi je vous le conseille. Il y a des scènes, des personnages, des regards brûlants et des apparitions dignes des grands classiques que vous n’êtes pas prêts d’oublier. Et je pense, entre autres, à la scène finale où Stan, qui déteste (on le comprend !) son travail dans l’abattoir, chasse les brebis qui vont peut-être réussir à s’évader, signe de l’abandon du panurgisme, et de l’apparition d’une révolte poétique qui devrait naître en nous lorsqu’on nous mène en bateau. Sur fond de crise mondiale, de pipolisation du politique et de toutes ces manipulations que nous connaissons aujourd’hui, ce film ne vient-il pas à point nommé pour nous faire réfléchir à la fois sur notre condition précaire, par trop humaine, mais aussi sur l’espoir et le refus de la misère qui donnent sens à notre petite vie qui, même étroite, a soif d’immensité ?

Titre original : Killer of Sheep

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