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Juillet Août

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Film de vacances estivales à l´image de son titre, Juillet Aout est une chronique familiale indolente et musicale.

On suit une adolescente dans la rue, caméra à l’épaule, elle a le regard rentré et le rythme précipité de celle qui pourrait bien préparer un mauvais coup. Et il arrive, puisque la jeune Laura a la bonne idée de mettre le feu à la boîte aux lettres familiale afin de faire disparaître son (mauvais) bulletin scolaire… Changement de registre après Un Français (2015) pour Diastème qui filme ici les pérégrinations de deux sœurs, Laura et Joséphine, quatorze ans et dix-sept ans, durant leurs vacances d’été partagées entre leur mère (dans le Sud de la France) et leur père (en Bretagne). Cette comédie qui prend les traits d’une chronique estivale oscille entre Le Club des Cinq et Liberté Oléron (Bruno Podalydès, 2001), possède la légèreté et l’insouciance des « grandes vacances », d’aléas sentimentaux qui respirent la crème solaire et les chagrins qui ne durent pas. Les deux sœurs semblent se loger derrière ce titre duel, Juillet Août, à chacune son prénom et son histoire.

Le cinéaste tend à Laura et à Joséphine le miroir de leur âge et des préoccupations qui sont les leurs : à Laura, ado bougonne et mal dans sa peau, de gérer plutôt maladroitement les conflits intérieurs de son âge, qui la débordent et la malmènent, pendant que sa sœur, jolie jeune femme qui s’émancipe et mieux dans son être, s’entiche d’un beau marin faisant partie d’un clan de voleurs très amateurs…Les déboires des deux jeunes filles sont complétés par ceux de leurs parents respectifs : une mère atteinte de baby blues à l’idée d’avoir un nouvel enfant à plus de quarante, ans, un beau-père qui pourrait être leur grand-père, attachant mais débordé par des travaux dans sa maison et éditeur menacé ; enfin un père amoureux compliqué de peur d’être quitté par sa compagne plus jeune que lui. Dans ce joyeux bazar de famille recomposée, à l’image de la maison de Michel (toujours génial Patrick Chesnais) en travaux depuis des mois, ils vont et viennent au rythme des chansons douces d’Alex Beaupain interprétées par Jérémie Kisling. Celles-ci accompagnent le film avec délicatesse, au risque parfois de le remplir, de transformer les effets de transition en scènes musicales qui pallient certains creux inhérents à l’oeuvre.

Un mystérieux vol de bijoux fait la liaison entre les deux parties du film, les deux mois de l’été. Cette intrigue, comme les personnages, ne revêt aucun enjeu particulier, si ce n’est d’accompagner le long-métrage dans son déroulement, par petites vaguelettes venant mouvementer la mer jusque-là plutôt calme des vacances. Le naturel et le charme des interprètes, Luna Lou et Alma Jodowrosky, viennent donner du relief et de la présence à des rôles qui manquent de profondeur. Au fond, rien n’est grave dans Juillet Aout, nonchalance et torpeur occupent le fond de l’air, les infortunes respectives de Laura et Joséphine se soldent par une résolution humaine sereine pleine d’entrain. Diastème livre une oeuvre de détente pour l’été qui vient, d’une famille dont on se prend d’affection durant le temps d’un film et d’une saison, se voyant déjà à la rentrée disant, en cœur avec Jérémie Kiesling : « Dire/ Qu’on a cru/ A l’été » …

Titre original : Juillet Août

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Durée : 96 mn


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