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Joueuse

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Dans un petit village de Corse, la vie d’Hélène, effacée et discrète, est faite de jours qui s’enchaînent et se ressemblent…

Une belle surprise que ce premier film au pitch étonnant qui montre Sandrine Bonnaire, femme de ménage au quotidien terne voir sa vie transformée lorsqu’elle se découvre une passion pour les échecs. Cette trame sert de déclencheur à plusieurs thèmes passionnants, tout en provoquant une ferveur surprenante tenant plus du film sportif (on s’étonne de ressentir des émotions à la Rocky lors de la dernière partie du film en tournoi) lors de la progression et de la confiance acquise progressivement par l’héroïne.

Le film questionne sur le décalage que peut provoquer l’éveil intellectuel, la naissance d’une passion avec un entourage plus terre à terre. Ainsi Sandrine Bonnaire réellement emportée par quelque chose, pour la première de sa vie, mais a bien du mal à conjuguer cette lubie avec sa vie de famille et son job peu passionnant. Les autres personnages, très bien écrits (notamment un excellent Francis Renaud dans le rôle du mari) expriment d’ailleurs leurs incompréhensions à son égard, et cette opposition confère au film une dimension sociale très réussie. Sans le savoir, se découvrant une passion où elle possède un vrai talent, Hélène s’élève au-dessus de la mêlée bien à ses dépends et se trouve finalement "différente" et "décalée" face à ses fréquentations de tous les jours. Ainsi la dimension stratégique et militaire des échecs est totalement effacée au profit de cet aspect plus social et féministe, notamment l’accentuation sur la figure de la Reine (pion le plus puissant du jeu).

Sandrine Bonnaire livre une prestation époustouflante, son visage si détaché au départ s’illumine au fur et à mesure que le film avance et qu’elle s’affirme dans son art. Caroline Bottaro enfonce le clou en multipliant les astuces visuelles ludiques pour montrer l’invasion des échecs dans son esprit. Parmi les meilleures idées, Sandrine Bonnaire lancée dans des parties imaginaires avec des miettes sur une nappe à carreau pendant un dîner au restaurant, ou encore sur un carrelage à damier pendant un ménage (ce carrelage prenant une couleur uniforme lorsqu’elle se met à douter).

Comme dans tout film "sportif", un mentor est nécessaire, ici génialement campé par Kevin Kline, docteur bourru et solitaire. Une nouvelle fois, Caroline Bottaro traite de leur relation avec justesse et sans pathos, évitant l’histoire d’amour attendue (sans négliger l’attirance mutuelle ressentie en filigrane) ainsi que le pathos facile via la maladie de Kline. La mise en scène des parties d’échecs est fort réussie. Elles suscitent l’intérêt des initiés et des autres (qui auront bien envie de s’y mettre après le film) en alternant les manœuvres sur les plateaux avec les réactions des joueurs, tendues ou amusées. La partie qui conclut le film enfonce le parallèle avec le schéma sportif en usant de tous les artifices narratifs, montrant l’accomplissement de Hélène avec voix off, flash-back et une belle idée de télépathie entre Kevin Kline et Sandrine Bonnaire. A signaler également la présence discrète de Jennifer Beals en élément déclencheur, difficile d’ailleurs de ne pas établir de parallèle avec Flashdance où elle se sortait également de sa condition par son don pour la danse. Belle réussite pour ce premier film, reste maintenant à attendre (avec impatience !) les prochaines œuvres de Caroline Bottaro.

Titre original : Joueuse

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Durée : 100 mn


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