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Joe Dante, l´enfant terrible des eighties

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C´est à Panic Cinéma que Joe Dante s´est rendu samedi dernier pour une séance de questions/réponses avec le public, entre deux projections de « Small Soldiers » et « Gremlins ». Retour en arrière sur un auteur souvent oublié ou écarté par le système hollywoodien.

« Hollywood est un endroit peuplé de gens capables de prendre en charge des films de commande et d’y insuffler leur propre personnalité et leur vision du monde ». Telles sont les paroles de Joe Dante lorsqu’on lui demande comment il perçoit son statut à Hollywood. En effet, le réalisateur fait sans aucun doute parti des cinéastes les plus incompris et sous-estimés des années 80 et 90.

Metteur en scène cinéphile et cinéphage, passionnant et passionné (on notera entre autres un amour manifeste pour le cinéma fantastique des années 30, 40 et 50, les films de Jacques Tourneur et de Todd Browning faisant partie de ses films de chevet), son cinéma se situe au confluent de plusieurs genres : le film fantastique, la science-fiction, la comédie populaire, le film d’aventures et avant toute chose, la satire. Auteur à part entière (et non pas un « gentil faiseur » comme de nombreux journalistes ont pu le qualifier dans le passé), Joe Dante s’amuse à véhiculer ses thématiques et obsessions fétiches tout au long de sa filmographie. Parmi elles, on peut citer, entre autres, un discours métafilmique (Gremlins 1 et 2, Panique à Florida Beach, The Looney Toons Back in Action,…), anti-militariste (Small Soldiers, l’épisode Vote ou crève de la série Masters of Horror), anti-technologique et consumériste (Gremlins 2, Small Soldiers) et plus globalement un regard critique et particulièrement acerbe posé sur l’« American Way of Life » (thèmatique qui revient quasi systématiquement dans tous ses longs métrages, Les Banlieusards et Gremlins en tête…).

Tout comme Francis Ford Coppola, Martin Scorsese ou encore James Cameron, Joe Dante entama sa carrière chez Roger Corman en signant des films d’horreur à petits budgets, manière selon de lui d’« apprendre à réaliser des films rapidement et avec peu de moyens ». Sa première grosse commande sera Piranhas, série B gore qui lui a permis d’enchaîner avec des projets plus juteux et ambitieux dont Les Hurlements (The Howling, 1981) et surtout de se faire remarquer par Steven Spielberg qui lui confia les rennes de Gremlins et de sa suite, Gremlins 2, The New Batch. Le réalisateur parle d’ailleurs de manière très affectueuse quand il s’agit d’aborder Steven Spielberg, producteur très talentueux et surtout très protecteur à son sens (les deux ont par la suite collaboré sur L’Aventure intérieure, La Quatrième Dimension et Small Soldiers par le biais de Dreamworks). Tout comme Robert Zemeckis et Ron Howard, il intégra rapidement une grande famille hollywoodienne qui prolifère encore aujourd’hui (JJ Abrams et Michael Bay font partie des dernières recrues en date). Dante a souvent été qualifié de « pendant maléfique à Spielberg », assurant les réalisations auxquelles le grand Steven n’osait point toucher. Chose à quoi Dante rétorque : « Steven a toujours ouvertement soutenu les films qu’il produisait mais le problème était qu’il avait tellement de projets sur les bras qu’il ne pouvait pas tout faire lui-même ».

Une autre caractéristique déterminante des films du cinéaste provient de l’aspect très référencé et cinéphile nous renvoyant à de nombreux films permettant de mieux mettre en exergue le propos véhiculé (L’Invasion des profanateurs de sépulture, Blanche Neige, La Vie est belle, Planète interdite, Frankenstein pour n’en citer que quelques-uns…). Ainsi, un film tel que Panique à Florida Beach se présente comme étant à la fois un bel hommage au cinéma qu’il affectionne le plus (le personnage de John Goodman, mélange homogène de William Castle, Roger Corman et Alfred Hitchcock en est la preuve), tout en évoquant la crise des missiles à Cuba et la propagande américaine de l’époque, traitant ainsi en même temps d’un sujet plus politique. Il en est de même pour Small Soldiers (film sur lequel le cinéaste avoue avoir eu le plus de problèmes avec les studios, expliquant en partie le fait qu’il soit si peu présent aujourd’hui), où, le réalisateur dissimule de nombreux sous textes sociopolitiques à la manière d’un Docteur Folamour.

Son segment de La Quatrième Dimension (The Twilight Zone, 1984) s’avère être le plus réussi des trois (celui de Spielberg laissant quelque peu à désirer…) en s’affirmant comme étant le plus inventif et inspiré, et dont les influences proviennent essentiellement de Chuck Jones et de Tex Avery. Le cartoon demeure bel et bien la deuxième influence majeure de Joe Dante aux cotés du film fantastique (on citera de ce fait son dernier gros film de studio en date, The Looney Toons back in Action) s’accordant parfaitement avec sa mise en scène très visuelle et parfois même tape-à-l’œil, bien que toujours très maîtrisée. Lorsqu’on lui demande d’aborder la question du cinéma hollywoodien des années 2000, Dante répond avec désarroi par le constat d’une industrie où l’argent et le marketing prennent une place de plus en plus importante (le réalisateur évoque les « cost cutting » notamment vis-à-vis de certaines étapes de production, dont les doublages à l’étranger pour n’en citer qu’une) et des studios gérés par des jeunes diplômés d’écoles de commerce et non pas par des vrais producteurs consciencieux des réels problèmes liés à la production.

Son dernier film en date, The Hole en est quelque part la preuve : le film n’étant toujours pas sorti en salles aux Etats-Unis ou en France malgré des qualités manifestes (l’utilisation de la 3D, l’ampleur visuelle et « cartoonesque » du récit ou encore la noirceur du propos). Il évoque cependant avec admiration des réalisateurs de la nouvelle génération dont Guillermo Del Toro et Edgar Wright qui tentent de faire la même chose que lui, en termes de ton, de genre et de références (pour info, il détient un site web de bandes annonces de films de genre au nom de www.trailersfromhell.com).

Pour clore cette masterclass, le réalisateur nous a fait part de ses projets à venir dont un film intitulé Monster Love et dont une partie du film pourrait éventuellement être tourné à Paris prochainement. On croise les doigts pour Joe qui, faisant partie intégrante de notre enfance cinéphile, nous manque réellement…


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