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Itchkéri Kenti

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Itchkéri Kenti tient plus du reportage de guerre que du documentaire pur. Le film de Florent Marcie fut tourné clandestinement en 1996 et monté en 2006. L´esthétique, de par la clandestinité du projet, est extrêmement fébrile et fragile. Tout comme le combat des Tchétchènes, la réalisation, nerveuse, retranscrit le sentiment de mal-être des habitants et […]

Itchkéri Kenti tient plus du reportage de guerre que du documentaire pur. Le film de Florent Marcie fut tourné clandestinement en 1996 et monté en 2006. L´esthétique, de par la clandestinité du projet, est extrêmement fébrile et fragile. Tout comme le combat des Tchétchènes, la réalisation, nerveuse, retranscrit le sentiment de mal-être des habitants et indépendantistes tchétchènes. L´introspection dans le milieu indépendantiste tchétchène permet de découvrir au plus près les véritables héros de cette guerre. La réalisation à l´aveuglette, en << catimini >>, crée en même temps un sentiment étrange de frustration.

La Tchétchénie, petite terre musulmane de 17 500 km², est un pays qui saigne. Son Histoire regorge d´événements ressemblants à la situation actuelle puisqu´au XVIIIème siècle, l´Itchkérie fut victime de la colonisation du Caucase par les Tsars. L´Histoire se répète donc inlassablement pour ce peuple déporté en Asie centrale par Staline le 23 février 1944. Ce dernier les accusa de collaborer avec les Allemands. La triste et impardonnable répétition de l´Histoire trouve un relais artistique fort grâce à la métaphore du mythe de Prométhée, personnage se faisant tous les jours dévorer le foie par un aigle et condamné à ne jamais trouver le repos. Les bombardements sur les maisons civiles, les scènes quotidiennes de bataille entre les indépendantistes et l´armée russe : l´Histoire Tchétchène est un combat et une souffrance permanents.

Le traitement de l´Histoire est poignant. Il fait à de nombreuses reprises référence, à travers les propos de civils, aux événements de la Seconde Guerre Mondiale, notamment les bombardements allemands contre l´Armée rouge (et non sur les civils de l´époque) pour souligner l´ignominie des gouvernements russes : les forces armées russes ont bombardé les écoles et les bibliothèques tchétchènes ; l´anéantissement de ces symboles institutionnels et patriotiques de la mémoire nationale nie le droit d´un peuple à se souvenir de son passé, faisant tomber son combat dans l´oubli. Les Russes reproduisent, avec une logique glaciale, les schémas d´un pouvoir tyrannique visant à affaiblir moralement le peuple tchétchène.

Itchkéri Kenti, les Fils de l´Itchkérie dépeint donc avec une matière brute, non travaillée, la dignité et la détermination d´hommes pour le gain de leur liberté. L´enjeu esthétique du film réside dans ce choix contraignant destiné à restituer artistiquement la fébrilité et la fragilité de la vie des Tchétchènes. Chaque soubresaut, chaque tir ennemi, chaque explosion d´obus, est ainsi une manifestation implicite de l´omniprésence de la mort. Cependant, le traitement artistique est assez pauvre. Mais les conditions de tournage furent tellement extrêmes que l´on ne peut en tenir grief au réalisateur. La figure de style la plus répandue par le cinéaste est la métaphore, utilisée pour donner de la prégnance à l´oeuvre, comme celle du fronton d´un ancien bâtiment important en Tchétchénie, à la fin du film, siginifiant qu´un mince espoir demeure.

Florent Marcie décida de faire participer les << acteurs >> de son film en leur demandant de peindre sur une toile blanche ce qu´il souhaitait. La peinture, au fur et à mesure que le film progresse, se remplit de traits durs, d´images très composites. L´exorcisation du malheur du peuple tchétchène passe par une création << amateuriste >> et artistique de leur vie. L´ << Art >> sert alors de catharsis et de témoignage. Il révèle ce que les auteurs de ces dessins ne peuvent dire face à la caméra : la souffrance. L´acte de peindre a donc une vertu thérapeutique et en même temps révélatrice. Ce que Marcie ne parvient pas forcément à faire avec une caméra, les combattants caucasiens le réalisent avec un pinceau. Ils confèrent une << densité artistique >> forte à leur combat.

Icthkéri Kenti est un document de guerre sans véritable relief artistique. Cependant, la véritable valeur de ce film ne réside pas dans son traitement esthétique mais dans ce qu´il parvient à nous montrer et à nous faire parvenir. Réel plaidoyer pour un combat et une cause connues mais peu relayées par les media, il en devient une oeuvre essentielle.

Titre original : Itchkéri Kenti

Réalisateur :

Acteurs :

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Genre :

Durée : 145 mn


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