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Invasion

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Nouvelle histoire de fantômes.

« Tout a commencé par un léger malaise. » Ces mots d’Etsuko (Kaho), jeune femme inquiète face à l’étrange comportement de son mari, Tatsuo (Shota Sometani), comme soudain étranger à lui-même et au monde, entament le dernier long métrage du Kiyoshi Kurosawa. Un sentiment de malaise et de trouble à l’autre qui se décline et se métamorphose tout au long de l’oeuvre mais circule en une trame métaphysique et inquiète dans ses derniers films, à l’instar de Le Secret de la chambre noire (2017) ou de Creepy (2016), au titre évocateur. De dérangeantes présences fantomatiques semblent planer et séparer les êtres, un couple, un père et sa fille, sujets profondément liés qui soudain ne se reconnaissent plus. D’abord écrit pour une chaîne de télévision japonaise et conçu pour constituer les 5 épisodes d’une série, l’ensemble a finalement été remonté pour être un film d’environ 140 minutes, Invasion, temporalité ample où l’on repère des ressorts dramatiques à même de séquencer l’œuvre, par moments trop étirée, de suspens et de mystère.

 

 

Invasion et concept

Cette étrangeté « dans l’air », qui marque le long métrage, s’incarne progressivement de façon plus claire lorsqu’une série de comportements s’empare de plusieurs individus (le mari de Etsuko, une jeune fille qui ne reconnaît plus son père), qui deviennent privés de certaines de leurs émotions. Et pour cause, des êtres non humains s’apprêtent à arriver sur terre, de potentiels envahisseurs représentés dans le film par un émissaire à la fois séduisant et patibulaire, Makabe (Masahiro Higashide), qui a tout de l’humain d’apparence, mais détient le pouvoir de défausser les hommes de leurs plus fondamentales émotions (la peur, le rire, la tristesse,…) Cette matière philosophique instillée dans le scénario s’avère bien moins travaillée que l’atmosphère ambigüe et trouble que Kiyoshi Kurosawa réussit à créer dans sa mise en scène.

 

 

Emprise invisible

Bien plus qu’un questionnement philosophique, suggéré ici de manière appuyée et assez binaire, sur les caractéristiques de l’humain et la figure de l’Autre venu d’un autre monde, Invasion dérange à travers le phénomène d’emprise invisible qu’il forme et rend perçeptible, de façon plus intuitive que conceptuelle. Comme dans Creepy, c’est un étau impalpable qui se referme sur la raison des êtres, au sein même des environnements qui les sécurisent (avec le lieu par excellence de l’intérieur du foyer) qui se dérobent comme des mirages. Des bruissements continus d’arbres ou de plantes dans les pièces étroites de l’appartement de Etsuko et de Tatsuo, ou à l’extérieur, à travers le mouvement d’un rideau, viennent nourrir cette incertitude qui renverse les équilibres. Moins littérale qu’une représentaton de la menace au cœur de la cellule familiale ou de la peur de l’autre, ce dernier film de Kiyoshi Kurosawa est moins un film « d’envahisseurs » qu’un nouveau récit de fantômes, sans corps ni matière, mais où l’invasion psychique renvoie à la perception instable et cataclysmique du soi.

Titre original : Yochô: Sanpo Suru Shinryakusha

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Durée : 142 mn


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